Pas besoin d’aller sur Internet pour entendre des jugements sur notre façon d’élever les Mômes : il suffit d’écouter Tata Gertrude découvrant l’antre de nos enfants (cet endroit communément appelé chambre, mais qui ressemble plutôt à cette pièce de Fort Boyard où il fallait retrouver une clé dans un monticule d’objets divers et variés).

Et que dit Tata Gertrude en entrant dans leur sanctuaire ?

« OH mais c’est quoi ce bordel ? » (NON, ta tante est polie, elle se contente de le penser).

Par contre elle t’assène un très sympathique :

« Bah dis donc, ils sont pourris gâtés tes Mômes ! »

Et tu as beau tenter un pitoyable : « Bof, on a presque tout acheté en vide-grenier ces dix dernières années… » Tu sens le poids du jugement tombé lourdement sur tes frêles épaules.

Alors quand j’ai lu ce billet énormément partagé, intitulé (pas du tout mélodramatiquement) : « La silencieuse tragédie affectant les enfants d’aujourd’hui (Et quoi faire)« , je dois avouer que cela m’a franchement gonflé.

Tu l’auras sans doute compris (ou peut-être as-tu lu ce billet), il est question de l’éducation des enfants aujourd’hui. Sache que tout part en sucette par la faute d’une éducation défaillante, mais qu’heureusement, grâce à cet article tu vas pouvoir changer les choses.


*** GÉNÉRIQUE ***

Du coup comme je suis énervée, je place une chanson classée 9 sur l’échelle de la véneritude. J’ai choisi Rage Against The Machine «Killing In The Name» dont il conviendra de hurler jusqu’à s’en décrocher les cordes vocales le célèbre « Fuck you ! I won’t do what you tell me » (sans oublier de rajouter un petit Mother Fucker du meilleur effet) (de rien).


Le billet dont je vais te parler a été écrit par une célèbre thérapeute canadienne nommée Victoria. Dans sa bio, elle est tour à tour éducatrice de renommée internationale, fondatrice d’une clinique multidisciplinaire (?), et célèbre blogueuse sur l’éducation.

Et elle est jeune et belle évidemment.

Cet article commence par un constat pas du tout du tout alarmant :

Il existe une silencieuse tragédie qui est en train de se développer, chez nous, et elle concerne nos bijoux les plus précieux … – nos enfants.

Alors je ne sais pas pour toi, mais quand je lis « nos bijoux les plus précieux » je ne pense pas à mes enfants, mais plus à ce qui a servi pour les fabriquer. La traduction de l’anglais est tout de même pas terrible … Hahem (ou alors j’ai vraiment l’esprit mal tourné, comme ici).

Poursuivons :

[Gnagnagna] … j’ai pu assister à cette tragédie sous mes yeux. Nos enfants sont dans un état émotionnel dévastateur !

[Gnagnagna] Parlez-en aux enseignants et aux professionnels travaillant dans ce domaine depuis 15 ans. Vous entendrez certainement des inquiétudes semblables aux miennes.

Alors cela tombe bien , je suis enseignante depuis EXACTEMENT 15 ans TA-DAMMMMMMM !

Et en plus je suis une mère, si c’est pas merveilleux !

Bref je suis l’interlocutrice idéale … (Et la modestie incarnée).

Voyons donc ce que sont/seraient les difficultés de nos enfants :

• 1 enfant sur 5 a des problèmes de santé mentale.

• Augmentation de 43% du TDAH (Trouble Déficit de l’Attention / Hyperactivité)

• Augmentation de 37% de la dépression chez les adolescents.

• Augmentation de 200% du taux de suicide chez les enfants de 10 à 14 ans.

J’avoue ne pas avoir pris le temps de vérifier tous ces chiffres, mais comme dirait Tonton Gaston : « C’est bon, les chiffres on leur fait dire ce qu’on veut ». Et comme je suis aussi « prof de chiffres » et « prof de développement d’esprit critique », je te livre mon interprétation de ces données statistiques.

Je pense sincèrement qu’une grande partie de l’augmentation statistiques des troubles est due à un meilleur dépistage, tout simplement. C’est vrai que nous voyons plus d’élèves « DYS », mais je pense qu’avant ces dernières décennies, ces élèves était juste catalogués « difficile » voir « cancre ». Maintenant on pose un nom sur leurs problèmes de compréhension et on essaie de les aider.

Concernant le fait que les adolescents soient déprimés, je peux effectivement constater dans mon quotidien de prof que de nombreux enfants sont mal dans leur baskets. Eh oui, l’adolescence est souvent un passage difficile. Je peux en témoigner : mes années collèges ont ressemblé à une loooooongue fête à laquelle je n’étais pas invitée, mais que j’étais condamnée à regarder (de loin). C’était nul et c’est toujours nul pour beaucoup.

MAIS je vois aussi pléthore d’enfants super épanouis, débrouillards et heureux tout simplement. Chacun traverse son adolescence comme il peut.

Là où il y a un véritable problème – qui n’existait pas il y a 15 ans, et pour cause ! – c’est la forme de harcèlement continu via l’utilisation des réseaux sociaux, qui peut affecter énormément d’adolescents. Il est évident que les problèmes liés à l’utilisation de ces médias sont en constante augmentation (comme les vols de portables à l’arrachée … problème qui n’existait pas il y a 25 ans … car il n’y avait pas de portables ! ). Fatalement. Je t’assure avoir lu des SMS ou commentaires effarants (quand les élèves osent nous en parler …)

Nous ne sommes pas pressés d’offrir un smartphone à Fils Aîné …

Revenons à ce billet tragique. Qui est le responsable des problèmes accrus de nos enfants, selon Victoria ?

Il est scientifiquement prouvé que le cerveau a la capacité de se relier à l’environnement. Malheureusement, avec l’environnement et les nouveaux styles parentaux que nous fournissons à nos enfants, nous dirigeons leurs cerveaux dans une mauvaise direction et contribuons à leurs problèmes dans la vie quotidienne.

Ce serait donc la faute aux nouveaux styles parentaux. Le genre de commentaire qui me hérisse les poils. Tu sens le jugement douceâtre avec un léger relent Manif Pour Tous. Bon comme elle est américaine, on va dire un relent à la Tea Party. Attention, je ne dis pas que nous ne sommes pas responsables des problèmes de nos enfants! Evidemment que notre éducation les construit. Et je connais et vois aussi les dégâts d’une parentalité défaillante (moi-même ne suis pas irréprochable, loin de là), mais de là à dire, de façon péremptoire, que nous allons tous dans le mur, il y a un pas que je ne franchirai pas (à l’instant où j’écris ces mots, Fils Cadet vient de franchir ce pas et s’est écrabouillé la tête dans le radiateur à côté de moi) (le karma).

Reprenons (Fils Cadet va bien, il a juste une bosse):

Les enfants d’aujourd’hui sont privés de fondements d’une enfance saine…

[Gnagnagna]

Au lieu de cela, les enfants ont :

  • Des parents distraits numériquement parlant.
  • Un style parental indulgent, qui laissent les enfants « diriger le monde ».
  • D’un sens du droit plutôt que de la responsabilité.
  • D’un sommeil inadéquat et d’une alimentation déséquilibrée.
  • D’un mode de vie sédentaire, à l’intérieur.
  • D’une stimulation sans fin, de baby-sitters technologiques, d’une gratification instantanée et d’une absence de moments calmes.

Tu es parent d’un enfant d’aujourd’hui ? Un parent 2.0 ? Pas de chance, parce que tu crains manifestement !

Fallait être parent dans les années 90 quand le summum de la distraction technologique consistait à recevoir un message sur ton tam-tam ou que ton minitel refusait de se connecter. Ou mieux, il fallait faire tes enfants dans les années 50, quand les mères étaient encore à la maison et préparaient des bons petits plats équilibrés.

Mais c’est ballot, nous sommes tous parents d’un enfant d’aujourd’hui, alors ….

Heureusement Victoria va pouvoir t’aider 😀

D’ailleurs elle l’affirme très clairement :

Même si vous n’êtes pas d’accord avec mon point de vue, veuillez suivre mes recommandations à la fin de l’article. Une fois que vous verrez les changements positifs dans la vie de votre enfant, vous comprendrez pourquoi je dis ça !

O-KAY. Donc même si tu n’es pas d’accord avec elle, il faut faire ce qu’elle te demande de faire (elle emploie tout de même l’impératif).

Quelles sont donc ces recommandations obligatoires à la fin de l’article qui transformeront nos enfants ?

  • Fournir des repas équilibrés et limiter les collations.
  • Avoir tous les jours un dîner de famille sans technologie.

Je prépare des repas équilibrés mais concernant les légumes j’ai souvent quelques difficultés à ce que la nourriture atterrisse effectivement au fond de leurs gosiers récalcitrants. Il faudrait que je tente ce que nous pourrons appeler désormais la méthode-Victoria : « Même si vous n’êtes pas d’accord quand je vous assure que les carottes c’est super bon, veuillez les manger quand même. Quand vous verrez les effets positifs sur votre teint, vous comprendrez pourquoi je vous ai dit ça ! »

Le dîner sans technologie me semble une évidence (allo?). Par contre, il arrive souvent le soir que les Mômes mangent avant nous, le truc qui ferait bondir Super Nanny Victoria. Mais c’est tellement bon d’avoir un repas à deux dans le calme et le silence (et sans technologie ! On est des méga-ouf : on parle ensemble) (ouais malgré cette époque épouvantable, on arrive encore à bouger nos lèvres pour en sortir des mots sans regarder un écran).

  • Passez au moins une heure par jour dans un espace vert : faire du vélo, de la randonnée, de la pêche, regarder des oiseaux/insectes

HA-HA-HA. Bien sûr tous les soirs, en sortant du travail, on va aller se peler le jonc en famille. Je rappelle que j’habite en Easteros, où il fait nuit vers 16h l’hiver, et que la température extérieure avoisine les 0° la moitié de l’année. Bon … Si on considère que la cour de l’école est un espace vert (et gris),  ils passent déjà 2 fois 1/2 heure dehors (et ils doivent bien se bouger un peu vu les jeans déchirés qu’ils nous ramènent).

Par contre, l’été, nos enfants randonnent avec nous presque chaque jour, mais je ne constate pas vraiment de changement positif sur leur humeur (remember).

  • Jouez à un jeu de société par jour. (Liste des jeux de famille)

Victoria te donne même un lien vers des vrais jeux, au cas où tu ne connaîtrais que Candy Crush, vil parent 2.0 !

Par contre, ici, les parties de jeux se terminant invariablement par les cris de désespoir du perdant (ou des perdants si on joue coopérativement), je ne vois pas non plus quels pourraient être les bénéfices de jouer plus souvent …

  • Impliquez votre enfant dans une corvée par jour (plier la lessive, nettoyer les jouets, ranger les vêtements, déballer les courses, mettre la table, etc.)

Putain, la révélation!

Heureusement que tes enfants t’aident un minimum à gérer le quotidien. D’ailleurs je soupçonne mes parents de nous avoir mis au monde uniquement pour équeuter les 2 quintaux de haricots (par jour!) que leur fournissait leur jardin l’été.

  • Mettre en œuvre une routine de sommeil cohérente pour vous assurer que votre enfant ait assez de sommeil dans une chambre sans technologie.

Sérieux?

La routine du sommeil est essentielle pour tout parent, je rappelle qu’en enfant qui dort est un enfant qui n’interrompt pas ta soirée devant ta série préférée. Je ne connais pas un seul parent qui ne souhaite pas voir son enfant dormir à 20h30. CQFD.

Mais parfois l’enfant est récalcitrant, et refuse tout endormissement (peur du noir, de la mort, des monstres) (ici, ils nous ont tout fait), et à moins de finir par l’assommer, difficile de lui faire respecter les 10 heures de sommeil OBLIGATOIRES. Ou alors tu ne l’emmènes pas à l’école le lendemain et tu te fais porter pâle au travail. Pour le bien de ton enfant.

  • Ne rangez pas le sac à dos de votre enfant, ne portez pas son sac à dos, n’amenez pas son déjeuner/agenda oublié à l’école et n’épluchez pas une banane pour un enfant de 5 ans.

J’avoue tout ! Le cartable de Fils Cadet étant bien lourd cette année (il alterne des cours au conservatoire et dans son école, donc il trimballe pas mal de cahiers/livres) j’essaie de le soulager le soir. Han les vilains parents d’aujourd’hui qui se renseignent sur les dommages que subissent le dos de leurs enfants ! Par contre, c’est lui qui porte son trombone (qui est beaucoup plus lourd que son sac), je n’ai pas le droit d’y toucher (« Mon Précieux!!! »).

Et je supervise le sac de Fils Aîné, parce qu’au début de sixième (et c’est la prof qui te parle) t’as intérêt de surveiller comment ils le font (mes sixièmes oublient systématiquement le cahier d’exercices de maths 🙄 ). Mais c’est vrai : le sac des collégiens est bien trop lourd, et à part garder les livres dans ma salle, je n’ai pas de solutions miracle …

  • N’utilisez pas la technologie comme une méthode contre l’ennui.
  • Évitez d’utiliser la technologie pendant les repas, en voiture, aux restaurants, dans les centres commerciaux. Utilisez ces moments comme des opportunités pour former leur cerveau à fonctionner sous « ennui »

La encore je ricane. Nous avons la chance d’avoir des enfants calmes en voiture (parce que Fils Aîné regarde les marques et les modèles de chaque quatre-roues croisé) mais je comprends tellement ceux qui optent pour le petit film sur tablette. Je me rappelle de voyages en voiture tellement bruyants que je m’étonne encore que nous n’ayons jamais eu d’accident. Le remède contre l’ennui était de se sauter dessus entre frère et sœur, c’était chouette parce que de mon temps, à l’époque glorieuse où les enfants étaient épanouis, il n’y avait aucune ceinture à l’arrière (bon il y a eu quelques pertes) (mais les enfants survivants étaient plus heureux).

Chère Victoria, je vais te dire comment le cerveau de mes enfants fonctionnent « sous ennui », et peu importe l’endroit où ils se trouvent : ils commencent par se parler très fort entre eux, puis ils chahutent ensemble et cela se finit souvent par des cris. N’ayant ni tablette à la maison (nous sommes des résistants mutants), ni smartphone à leur passer (c’est MON précieux) j’expérimente depuis toujours l’attente sans technologie et je dois dire que ce n’est franchement pas une partie de plaisir.

  • Aidez-les à créer une «trousse de premiers soins contre l’ennui» avec des idées d’activités pour les moments de «Je m’ennuie».

Peut-être la seule idée vaguement intéressante du billet. J’ai un Aîné qui ne supporte pas de s’ennuyer et qui n’est pas un grand lecteur (à mon grand désespoir) (la lecture est MON remède contre l’ennui), mais cela aurait été sympa de donner quelques idées d’activités. C’est sur que dresser des listes de jeux de société c’était plus facile 😆

  • Devenez l’entraîneur émotionnel de votre enfant. Enseignez-leur à reconnaître et à faire face à la frustration et à la colère.

Et … aucune explication pour y parvenir, alors qu’évidemment c’est tellement facile à obtenir un enfant qui sait faire face à ses colères. Appliquons la Méthode-Victoria : « Oui, je sais que tu es en colère parce que tu ne veux plus randonner, mais lève-toi et marche ! Une fois que tu auras vu qu’en avançant on retrouve plus vite la voiture, tu comprendras pourquoi je dis cela ! » Mise en pratique ce samedi (eh oui, il est prévu du beau temps donc c’est promenade en famille) avec analyse critique sur les méthodes ayant ou pas fonctionné (oui, comme à l’IUFM) (enfin l’ESPE).

Et dernière recommandation :

  • Connectez-vous émotionnellement – Souriez, câlinez, embrassez, chatouillez, lisez, dansez, sautez ou rampez avec votre enfant.

Ah ben c’est malin, je croyais qu’il ne fallait pas être trop « connectés » 👿

Les parents d’aujourd’hui ne sauraient donc plus sourire ou câliner ? Sérieusement ? Bon ceci dit, je ne suis vraiment pas sûre d’avoir envie de faire cela :

Sorry …

Et enfin le constat final très rassurant :

Nous devons faire certains changements dans la vie de nos enfants avant que cette génération entière devienne sous médicaments ! Il n’est pas encore trop tard, mais bientôt ça le sera…

Bidoo, bidoo !

 

J’avoue ne pas avoir compris pourquoi cet article a été autant partagé, le constat est dramatiquement exagéré (cela en est presque comique), et les solutions proposées sont évidentes ou incomplètes. Sans compter qu’il est écrit avec les pieds (mais je vais être gentille et supposer que c’est juste la traduction qui craint).

Il faut effectivement rire avec ses enfants, être proche d’eux, les écouter. Mes enfants ne sont pas des enfants rois : ils n’ont pas accès à tout ce qui veulent (puisque je te dis que nous avons trouvé leurs jouets en vide-grenier 😛 ), ils respectent les règles de la maison … et pourtant, oui, ce sont de mini-tyrans avec nous, mais je crois que ce sont tout simplement des enfants.

Et qu’ils en profitent parce que « C’est chiant cette vie d’adulte » surtout que les parents 3.0 seront encore plus connectés, donc encore plus pitoyables 😕


*** GÉNÉRIQUE de FIN ***

Une autre Tragédie pas du tout silencieuse qui a affecté les enfants du début des années 2000 …

Il faudrait demander à Victoria si ce groupe est une des raisons qui font que cette génération – n’ayant pas d’affectation sur APB – est perdue !

On n’en parle assez … 😥

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