Rentrée 2016 …

*** GÉNÉRIQUE ***

Voici venu le dernier épisode de la saison 7 ! Je vais bientôt me retirer quelques semaines en vue de mon hibernation estivale, mais auparavant je voulais parler d’un sujet qui me tient à cœur.

Si tu me lis depuis quelques temps (années peut-être), tu sais que mes enfants sont scolarisés dans une école classée REP (elle s’est transformé en REP +, il y trois ans). Tu sais également, j’en ai parlé ICI, que les garçons vont quitter cette école à la rentrée, et que nous en sommes soulagés. Une lectrice m’a fait remarquer qu’ayant lu tous mes billets récemment (bravo à elle pour le courage 😉 ), elle a vu mon opinion sur la REP évoluer. Pour elle (en raccourcissant un peu, elle le précise) je suis passée de « Oui, mes enfants vont en REP et je le vis bien, les autres parents sont snobs » à « Ouf, ils quittent l’enseignement prioritaire ».

Elle me l’a dit en toute bienveillance, mais j’avoue que cela m’a interpellé.

Je ne crois pas avoir utilisé le mot « snob » pour qualifier les parents qui ont refusé de mettre leurs enfants dans l’école du voisinage, mais c’est vrai que je ne peux pas nier leur en avoir voulu. La carte scolaire de mon quartier aurait dû permettre une mixité et cela était encore le cas il y a une dizaine d’années. Mais petit à petit, beaucoup de mes voisins ont placé leurs enfants dans les écoles du centre ville. Quand mes enfants sont arrivés dans le cursus, c’était déjà trop tard. Il n’y avait plus aucune mixité sociale ou culturelle. Je ne cherche à démontrer que nous avons été plus courageux en souhaitant qu’il fasse leur scolarité dans l’école du quartier, mais nous croyions en une certaine forme d’égalité des chances, et nous pensions que retirer nos enfants serait un désengagement vis à vis de l’école publique.

Mais nous n’avons pas été courageux. On se contentait de laisser nos enfants à la grille de l’école le matin avec le sentiment d’être altruiste et l’impression de ne pas participer à la ghettoïsation toujours plus importante de cette école. Eh oui, quelque part, on s’en glorifiait (sans le reconnaître).

Mais nous n’avons pas été courageux. C’est eux qui étaient courageux. Quand je dis « eux », je veux parler de tous ces gamins qui souhaiteraient apprendre dans des bonnes conditions, qui sont trop gentils pour bouffer les autres dans la cour de récréation, qui croient encore à ce que leur disent les adultes et qui pensent que la justice et l’égalité ne sont pas que des mots compliqués.

Ce sont les enfants scolarisés dans ces écoles qui sont courageux.

Ce sont les enseignants qui jour après jour tente de démontrer qu’il peuvent aider leurs élèves à s’en sortir, sans s’y perdre eux-même, qui sont courageux.

Mais certainement pas nous …


Avoir eu des enfants scolarisés en REP + , c’est :

  • Se retrouver à 5 ou 6 parents aux réunions de rentrée.
  • Devoir expliquer à son gamin de quatre ans que « Non, le petit garçon devant toi qui te hurle des insultes (« Espèce de connard, Fils Cadet ! ») ne doit pas le faire ! «  Et lui expliquer que sa maman qui marche devant lui comme si cela ne la concernait pas, devrait se retourner pour le gronder.
  • Accepter à contre-cœur que son enfant (né en fin d’année) saute sa classe de CE1 parce que « Vous comprenez les autres enfants ont un niveau de milieu de CP, on ne peut pas le laisser stagner ».
  • Comprendre que son petit rêvasse une partie du cours .. « En même temps, c’est normal qu’il s’échappe, il y a tellement de bruit autour de lui » me dira la maîtresse surnuméraire affectée sur les CP cette année.
  • Apprendre que son grand a passé la moitié de sa demi-journée de découverte de la 6ème à côté d’un enfant qui lui assénait des « Va te faire enculer » et autres.
  • Culpabiliser quand la maîtresse t’explique que tu aurais dû essayer de placer ton enfant dans une école du centre. Et être effroyablement triste en l’entendant rajouter « C’est trop tard pour nous ici … »

Cela n’aurait pas dû être trop tard …

Alors OUI,  j’en veux aux parents qui, il y a plusieurs années de cela, n’ont pas essayé de jouer le jeu de la diversité ! Juste parce qu’il était impensable que leur enfants côtoient les classes populaires ou issues de l’immigration. L’école dans laquelle vont nos garçons est une école d’application qui a toujours eu une bonne réputation … jusque dans les années 2010. Des enseignants impliqués, une diversité stimulante, des innovations pédagogiques (les enfants travaillaient très peu les après midi). Puis petit à petit : la paupérisation des familles du quartier, les demandes de dérogations, la semaine de quatre jours qui n’a plus permis d’innover …

Mais OUI, je comprends maintenant les parents qui ACTUELLEMENT n’essaient même plus. Ce ne sera pas nous qui changerons les choses, mais c’est nos enfants qui en subissent les conséquences. A notre tour d’être égoïstes.

Fils Cadet a été accepté en Classe à Horaire Aménagé Musique. C’était mûrement réfléchi de notre part. J’avais la gorge nouée en découvrant la petite école dans laquelle il terminera ses années de primaire. Les salles un peu vieillottes mais réconfortantes, la petite cour abritée, les photos de classe avec des enfants souriants qui tiennent tous un instrument dans les mains.

Fils Aîné va rejoindre notre collège, pas très loin de celui de son secteur dans lequel il était hors de question qu’il se rende. Il ressemble de plus en plus à une antichambre de l’enfer pour les collègues qui y travaillent. Il était prévu qu’il ferme ses portes il y a déjà de nombreuses années vu le ghetto qu’il était devenu. Puis la ville a changé d’avis, et ce n’est plus à l’ordre du jour …

Mais je ne veux pas donner qu’une note pessimiste et négative à ces années. Ce ne serait pas rendre justice aux enfants et adultes qui y travaillent. Nos garçons en garderont aussi de bons souvenirs. Ils auraient pu être mis à l’écart du fait de leur différence (la majorité des enfants est issue de l’immigration), mais ils ont toujours été bien accueillis. D’ailleurs, les gamins qui les ont emmerdés (pour n’être pas polie) portaient plutôt des prénoms à consonance anglaise …

Fils Aîné et Fils Cadet y laissent des amis proches.

LdmJ se rappellera de ces enfants qui venaient spontanément jouer au foot sur le stade du quartier avec lui et Fils Aîné. Et qui lui ont serré la main très solennellement sur le quai de la gare au départ de leur voyage à Paris « Eh B’jour Monsieur ! » Je me souviendrai de notre petite voisine qui à chaque absence de Fils Aîné venait sonner chez nous le soir même pour lui apporter les cours recopiés par ses soins.

Ce serait te mentir que te dire que nous n’avons pas les boules de laisser ces gentils gamins aller dans le collège du quartier. On a envie de les descendre avec nous au centre.

Mais encore une fois, on ne changera rien. C’est terriblement déprimant.

On se souviendra surtout que, malgré des conditions de travail pas toujours facile, nos deux garçons auront su nous montrer qu’il peuvent être des modèles de patience et de sagesse ( et c’est l’inverse total de la maison) (si, si, ils sont terribles ici :  je ne pratique pas la fausse modestie).

Je te jure que j’ai été à deux doigts de faire ma MILK (Mother I Like to Kill)  et de publier la dernière appréciation de Fils Aîné écrite par son maître de Cm2, tellement elle est chouette ! Tellement elle fait du bien au cœur et au moral. Son comportement à l’école n’aura pas changé en sept années de REP. Il a su s’attirer la sympathie de ses professeurs et de ses camarades, en dépit de son jeune âge et de ses différences.

C’est un nouveau départ pour eux et pour nous aussi. Te dire que nous ne sommes pas effrayés serait faux également.

Fils Aîné entre au collège à 9 ans. J’ai toujours cette impression que la REP lui aura volé une année de son enfance (oui, je reste persuadée que dans une école classique, il serait resté dans son niveau de classe).

Quant à Fils Cadet, il va se retrouver avec des enfants d’un tout autre niveau scolaire. Il lui faudra s’accrocher, bosser un instrument 1/2 heure par jour en plus de ses devoirs habituels. Comme il est encore loin de lire de façon fluide, il aura droit à ses deux pages de lecture chaque jour des vacances (merci « La Cabane Magique » 😀 ), on ne lâchera rien.

Les garçons ne pourront plus aller à l’école avec des tenues dépenaillées comme (je dois l’avouer) nous avions l’habitude de faire. Ils vont se frotter à des enfants dont les parents partent en vacances aux Seychelles au mois de juin (parce que c’est moins cher), et qui bavassent sur les marques de vêtements. C’est vrai que cet aspect des choses ne nous a pas manqué. Je vais devoir côtoyer des parents « parfaits », cela risque de provoquer des épisodes rigolos (ou pas).

Croisons les doigts pour que tout se passe au mieux.

Avant de tourner définitivement la page de la saison 7, j’adresse encore un énorme remerciement à tous les professeurs qui ont accompagné nos enfants jusque là.

On n’offrira pas de cadeaux personnalisés mais comme d’hab des cookies faits par les enfants (ouais okay surtout par moi), et nous leur dirons une dernière fois tout le bien que nous avons pensé de leur travail, parce que nous savons combien c’est important pour garder la foi.

Un grand respect à eux.

Et un bel été à vous tous.

On se retrouve à la rentrée pour la saison 8.

Bises !


*** GÉNÉRIQUE ***

Rien à voir, mais ce fut notre occupation de mercredi après-midi.
L’histoire, la mise en scène et les dialogues sont de Fils Cadet.
J’ai pris les photos (oui, c’est flou) et fait le montage avec lui (mais il a choisi les textes et les transitions) (oui, personne ne comprend ce qu’il a voulu dire par « sculpture » mais il n’a pas voulu changer de mot) (on ne contrarie pas Fils cadet quand il crée alors j’ai écrit ce qu’il me dictait)
Bon okay, le choix pour les musiques, c’est moi ^^ (la BO de la série The Leftovers)

Quand au générique de fin pompeux : il y tenait 😀


 

Rendez-vous sur Hellocoton !
17 Comments