[ La BANDE-ANNONCE VIDEO de cet épisode dont le son est la reprise par LdmJ d’un morceau de Led Zeppelin  est accessible en cliquant sur ce texte ]

 

C’est en fouillant dans une vieille armoire chez sa Mamée à la recherche de trésors perdus, que Fils Cadet (qui souhaite désormais devenir archéologue) poussa un cri extasié. Parmi les vieilleries dénichées, une avait particulièrement attiré son attention.

Il s’agissait d’une vieille valise en  carton rouge toute racornie :

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Je compris bien vite ce qui avait tant plu à mon Cadet : à l’intérieur de cette valise se trouvait le plus fabuleux de mes trésors de petite fille …

(Quel teasing mes amis 😛 )


*** GENERIQUE ***

Je vais te raconter l’histoire d’une valise … en carton. (Pardon)

 


 

J’ai déjà eu l’occasion de te raconter mes Dimanches après-midis d’enfance (ici) , nous rendions généralement visite à Mémère, ma Grand-mère maternelle  (oui, on l’appelait ainsi 😥 ) . Elle habitait à une trentaine de kilomètres en Haute-Saône (nous on disait « en Haute-Patate ») (aucune idée d’où provenait cette expression vu que c’est surtout des haricots et des cerises qui poussaient là-bas, mais bon) (heureusement wiki est mon ami). Aux beaux jours (quand les fayots n’envahissaient pas encore son jardin) nous allions nous promener sur les sentiers qui longeaient sa maison. Ce n’était pas désagréable, je te l’accorde.

Mais les après-midis hivernaux étaient tragiques …. Ma grand-mère n’avait pas … de téléviseur ! Enfin si on excepte un vieux « poste » en noir et blanc de 36 cm qui captait vaguement Michel Drucker quand on tournait l’antenne 3° nord ouest et qu’on se plaçait dans l’angle droit de la pièce derrière la fenêtre (à cloche pied).

BREF.

Ces dimanches après-midi à ne rien faire représentaient l’enfer pour une fillette de 8 ans.

Pendant ce temps, Mamie ma grand mère paternelle (qui habitait la maison à côté de la nôtre) rendait visite à ses copines afin de jouer aux cartes ou au scrabble.

En hiver, elle me proposait souvent de l’accompagner (tu remarqueras le tacle de Mamie, qui volontairement me proposait des activités afin que je n’aille pas passer l’après-midi chez sa rivale 😛 ) (elle aurait pu s’appeler Lady Violet Grantham).

Certes, passer l’après-midi à jouer à la belote avec deux vieilles dames qui s’extasiaient sur la moustache de Victor Newman (à chaque âge ses fantasmes) m’enthousiasmaient moyennement, mais au moins j’étais chouchoutée et je buvais le thé dans une petite tasse en porcelaine, ce qui me donnait l’impression d’être une grande fille.

Mamie avait une amie qui s’appelait Georgette. Oui, c’était son vrai prénom. D’ailleurs quasiment toutes les femmes de mon entourage proche possèdait un prénom avec la terminaison -Ette. Même Mamie qui était dotée du joli prénom de Jeanne, se faisait appeler Jeannette : c’était plus hype, tu comprends.

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Maman (qui fait également partie de la tribu des « Ette ») m’a affirmé récemment que ces prénoms allaient bientôt revenir à la mode, et que mes Mômes appeleraient peut-être leurs filles ainsi …

Visiblement, ma future petite-fille Bernadette n’est pas d’accord :

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Remarque, si les prénoms-en-ette reviennent, ils seront peut-être plus fun, genre Tartiflette ou Courgette (#RendsUnPrenomVegan). Hein ? Non.

Je lui ai répondu que dans ce cas, les appelations telles que Mémère risquaient aussi de revenir à la mode, elle m’a assuré que ça, c’était impossible. Haha.


 

Revenons-en à Georgette.

Elle habitait la ville voisine, et invitait parfois ma grand-mère (et par extension ses petites-filles) à venir passer le Dimanche après-midi chez elle. J’attendais toujours ces invitations avec grande impatience … Contrairement à mon père, qui devait emmener sa mère chez Georgette ; aller la rechercher et entre temps faire l’allez-retour avec le reste de sa famille en Haute-Patate.

Georgette avait des cheveux très blancs et toujours parfaitement mis en plis, des petites lunettes en métal rondes, et un air incroyablement gentil. Elle habitait un appartement coquet dans une grande tour (comprendre un immeuble de 4 étages : fille de la campagne, tout me semblait démesuré dans une grande ville) (de 8 000 habitants).

Son logement est rempli de bibelots fragiles et de napperons accrochés sur les accoudoirs.

Un gros chat pépère et très calin  était toujours lové sur un des fauteuils, un peu comme ici :

 

« Ohhhh, Mamée elle a un nouveau chat ! » « Euhhhhh c’est un coussin Fils Cadet … » 😮

Une photo publiée par Game of Mômes (@gameofmomes) le

Sauf que sur cette photo c’est un coussin (sacré Fils Cadet !)

Les murs étaient couverts de photos en noir et blancs, où Georgette posait avec des amies à 20 ans, son mari à 25, puis avec sa fille à 30. J’adorais les regarder et m’imaginer comment était sa vie avant.


Aparté

Encore aujourd’hui, j’éprouve énormément de plaisir à compulser les photos datant d’une cinquantaine d’années, à regarder ces visages en noir et blancs, à avoir du sépia plein les doigts …

 

Des visages souriants, qui cachent un destin parfois tragique.

Le mois dernier, j’ai feuilleté l’album de jeunesse de ma mère avec elle. Nous regardions une photo où elle était en ville (enfin « en village ») avec sa soeur et une amie. Elles étaient super bien habillées, petits chapeaux à voilette, sourires rayonnants. Je l’ai interrogé sur la copine, très jolie dans un tailleur cintrée follement vintage (oui, je sais dans les annéees soixante avoir un tailleur vintage était un peu la base 😉 )

– C’était ma cousine … Colette !  (of course) La fille de Tante Bidule-en-ette, tu sais ?

Ma mère avait 360 tantes : j’ai hoché la tête comme si je cernais très bien de laquelle elle me parlait.

– Elle est belle, son visage est très doux ! 

– Et gentille si tu savais …

Le ton peiné de sa voix m’a fait redouter la suite …

Que lui est-il arrivé ?

– Elle s’est « mal marié » …  Elle a eu trois enfants, mais ne supportait plus sa vie. Son mari, tu sais … Elle s’est jetée dans un étang le jour de ses 30 ans …

La jeune fille de 20 ans dans son si joli tailleur, a continué imperturbablement de nous sourire sur un fond  noir et blanc mais nous avons refermé l’album des souvenirs le coeur lourd … Et c’est précisément à ce moment que Fils cadet a découvert la valise rouge.

Fin de l’aparté …


Les photos accrochées sur les murs du couloir de Georgette étaient moins empreintes de tristesse, heureusement. Sur la table de sa cuisine trônait la promesse d’un goûter fantastique. En effet, pour agrémenter notre thé bergamotte servi avec une tranche de citron, Georgette passait toujours à la patisserie acheter un gâteau.

Le LUXE  !

Pour moi le dessert du Dimanche rimait avec Gâteau au Yaourt. Le tout simple, sans fioriture. 52 fois par an.

Je nous vois encore touiller dans le saladier en y ajoutant  :  1 yaourt, 1/2 pot de yaourt d’huile, 2 pots de sucre, 3 pots de farine et 3 oeufs (ne me remercie pour la recette, appelle-moi Marmiton). Je peux encore en sentir la saveur rien qu’un fermant les yeux (enfin la bouche plutôt). Et pourtant, j’ai complètement arrêté le gateau au yaourt  il y a une dizaine d’années … et je n’ai JAMAIS replongé.

Le goûter était la cerise sur le gâteau (de patissier) de cet après-midi parfait. Car chez Georgette, je n’étais pas obligée de jouer à la belote avec les deux mamies. Non …  Georgette, elle avait des trésors dans ses armoires. Des trésors qu’elles partageaient avec les petits-enfants de ses amies, à défaut de pouvoir les partager avec les siens (j’avais cru comprendre qu’elle n’en avait pas).

Son trésor merveilleux était une valise rouge en carton. Une valise remplie de merveilles :

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Une dinette vintage complète, certainement celle dans laquelle Sophie de Réan préparait son thé aux cailloux. Je me la jouais petite fille modèle tout l’après-midi. J’étais aux anges. Les mamies me regardaient  jouer avec leurs petits sourires ravis.

Le temps a passé, j’ai grandi. Les visites chez Georgette se sont faites plus rares. Une des dernières fois où j’y suis allée, Georgette m’a prise à part : elle avait préparé la valise rouge et un ou deux autres jeux. Je n’y jouais plus vraiment, je ne m’attendais pas à ce qu’elle me la confie :

« Rapporte la chez toi, cela me fera plaisir ».

Je ne me rappelle plus ce que j’ai ressenti. Sans doute de l’étonnement, peut-être étais-je ravie, peut-être un peu ennuyée (à près tout je n’y jouais plus). Mais aujourd’hui, en regardant mon Cadet ressortir avec émerveillement chaque pièce trouvée, je me dis que c’est un magnifique présent que j’ai reçu ce jour-là. Et j’espère l’avoir remerciée à la hauteur du cadeau qu’elle m’a fait. C’est pourquoi je lui consacre ce billet.


 

*** GENERIQUE de FIN ***

C’était bien chez Georgette …

 

 

***

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