Gamine, mes goûts musicaux étaient à l’opposé de ceux de mes amies.

Chantal Goya me foutait franchement les jetons : j’étais incapable de regarder un de ses spectacles retransmis à la télévision (sérieusement, ces gros lapins en peluche qui lui tournaient autour avec un air complètement shooté, c’était flippant non ?).

Et je détestais les comptines. C’était toujours chanté par une chorale de gamins à voix aiguës qui me donnait la chair de poule. Les solistes chantaient faux (ou dans une dièse inconnue).

Je déteste toujours ces chansons bébêtes et moralisatrices, mais maintenant j’ai des enfants.

Des enfants qui adorent les comptines que nous avons eu le malheur de leur mettre entre les oreilles (une sombre histoire de CD pas chers trouvés en vide-grenier).

Je dois bien le reconnaître : celles qu’ils préfèrent sont les pires, ce billet est donc un exutoire pour me défouler. Je sens que cela va me faire un bien fou 😀


*** GÉNÉRIQUE ***

Cette chanson est un mix de mes peurs enfantines : le lapin et le chasseur de Chantal Goya dans une comptine.

 


 

Celles dont la morale est douteuse.

Sur l’pont du Nord. (à chanter avec l’accent Ch’ti)

Adèle souhaite sortir danser un samedi soir (super original), ceci dit la fête a lieu sur un pont (c’est déjà plus swag). Sa mère n’est pas d’accord et fait sa grincheuse (les mères sont toujours chiantes dans les comptines).

La jeune fille demande de l’aide à son frère aîné qui est trop cool (il a un bateau doré).

Celui-ci accepte de l’accompagner mais lui recommande de bien se fringuer (déjà qu’il doit se coltiner sa petite sœur, si en plus elle est habillée comme un sac, bonjour le cadeau). Il est d’ailleurs un poil dictatorial : « Mets ta robe blanche et ta ceinture dorée ! » (manifestement, il est un peu bling-bling le frérot).

 

Les gros rebelles font donc le mur et arrivent à le fiesta en bateau. La grande classe quoi.

Adèle a le temps d’effectuer, tel Kyo, une dernière danse, avant que le pont ne s’effondre sous le poids de la foule (la ceinture dorée devait peser une blinde).

La mère, entendant le glas de l’église, demande pour qui il sonne (on dirait ma voisine, toujours à faire sa curieuse : « Mais c’est qui-qu’est-mort ? ») d’ailleurs de sympathiques voisins s’empressent de lui répondre : « C’est pour ta fille et ton fils Aîné ». Oups.

Le pont s’est donc effondré sous le poids d’une centaine de personnes, mais le glas ne sonne que pour deux d’entre eux. Les autres, on s’en tape un peu ! Adèle et son frère devaient être des sportifs de haut niveau ou des stars de la télé-réalité. En fait.

La comptine se termine sur un très joyeux : « Voilà le sort des enfants obstinés »

Sous-texte : Si tu n’écoutes pas ta maman, et bien …

 

Oui, c’est TRÈS agaçant comme morale finale…

… c’est vrai que ‘faire le mur’ méritait bien de périr noyée (et c’est pas si pire, elle aurait pu rencontrer des types louches sous le pont parce qu’elle avait mis sa ceinture dorée qui était clairement un appel au viol, hein 😐 )

Moi j’y vois une autre morale : si tu interdis trop de choses à tes enfants, ils périront noyés. Voilà.

 

La Mère Michel.

La mère Michel a donc perdu son chat et s’en inquiète auprès de ses voisins. A son époque il n’existait pas de Pet Alert sur Facebook. Donc plutôt que d’ouvrir une nouvelle fenêtre de son navigateur, elle ouvre sa fenêtre IRL et demande à ses voisins s’ils n’ont pas aperçu la bête.

Surgit le Père Lustucru (que petite, j’imaginais habillé de bleu et de blanc avec un chapeau en forme de macaroni) (ayant des copains aliens verts). Ce dernier a clairement kidnappé le chat de la mère Michel et lui réclame même une rançon : « Pour une récompense, votre chat vous sera rendu »  ET PERSONNE NE S’EN ÉMEUT !  Mais merde quoi ! Gamine, j’ai été traumatisée par ce voleur de matous !

La mère Michel lui offre son corps (enfin un bisou), mais l’autre con en rajoute en l’humiliant publiquement : il ne veut pas de ses baisers et s’en va vendre le chat contre un lapin.

J’ai encore du mal à comprendre où est la morale de cette histoire.

Comme je ne pense qu’à ça, il semblerait que le chat de la mère Michel soit sûrement une métaphore pour parler de sa virginité (le matou est en fait une chatte) (subtil 😐 ).


 

Et d’ailleurs, justement :

Celles qui ont un message caché (et souvent d’ordre sexuel)

Ces dernières ne traumatisent pas les enfants, vu qu’ils les écoutent innocemment. Mais, devenu adulte, elles prennent un tout autre sens …

 

Il court, il court le furet.

Une jolie contrepèterie !  Je suis nulle en jeux de mots [ le seul que je maîtrise est la contrepèterie belge : « Il fait beau et chaud » 😉 ], mais celle-ci n’est pas difficile. On mélange un peu les lettres et HOP (si je puis m’exprimer ainsi) : « Il fourre, il fourre le curé »

Classe. Mais cela avait le mérite de mettre en garde les enfants de chœur les plus malins 😐

 

Au Clair de la Lune.

Parce que tu crois vraiment que l’ami de Pierrot, qui veut « rallumer le feu » de « sa chandelle morte », a besoin d’une allumette ? Tu ne t’es jamais demandé ce qu’elle fabriquait dans sa cuisine la voisine … à « battre le briquet » ? Gamine, je l’imaginais en train de taper sur le coin de sa cheminée avec un truc pour allumer du feu. C’était assez vague. J’ai appris récemment que « battre le briquet » était une expression pouvant signifier « faire l’amour ».

Voilà, voilà.

Maintenant, tu peux relire les vers de cette chanson à « la lueur » de ces derniers éléments :

Source : http://www.mondedespetits.fr/

Donc l’ami Arlequin vient demander des conseils à Pierrot pour rallumer le feu de sa chandelle morte. Celui-ci lui conseille de s’adresser à sa voisine (qui est clairement décrite comme une prostipute). Arlequin invoque alors le Dieu de l’amour (hum) pour entrer chez la demoiselle et la porte se referme sur leurs ébats.

Du coup, le Lune du titre ne me semble plus être celle que l’on croit !


 

Celle dont tu te dis que c’est vraiment affreux, mais qui est encore pire ensuite.

Il était une bergère.

Cette dernière est la seule de la liste que n’ont jamais écouté les garçons. Donc, je triche un peu, mais les paroles m’ont traumatisées gamine.

Tout commence gentiment, une bergère fait du fromage avec le lait ses moutons. Cela ronronne (et ron et ron petit patapon), le chat a l’air fripon, c’est tout mignon.

Puis soudain, plus de rime en « on » … et là (prendre la voix d’un commentaire en voix off de n’importe quelle téléréalité débilitante, mais de préférence celle de L’Ile de la Tentation) c’est le drame : le chat fout son museau dans le pot de crème.

[Ceci dit, d’après mon expérience personnelle, il faut être un peu inconscient pour laisser une jatte de lait devant le nez d’un chat. Expérience basée sur l’observation de plusieurs chats ayant déjà mangé sur la table de ma cuisine (ou de celle de mes parents) : du beurre, la moitié de la préparation de gâteau, 3 tranches de saucissons, les dés de roquefort dans une salade et … un bifteck complet.]

La bergère avait bien prévenu son chat : « Si tu y mets la patte, tu auras du bâton » (Petit Patapon avait compris sa maîtresse) (il avait étudié le ‘vieux français’ dès la cinquième au collège félin). Evidemment ce n’est pas la patte qu’il trempa dedans, mais son menton. La bergère, se transformant alors en monstre vengeur de fromage, appliqua l’échelle des sanctions : un coup de bâton pour une patte = un assassinat pour un coup de menton, et s’il avait plongé la tête dans son fromage, elle aurait directement appelé le Père Lustucru !

« La bergère en colère tua son p’tit chaton, ron, ron
Tua son p’tit chaton »

Ron, Ron ?

10

Ne te fie pas à son regard innocent !

Tu te dis que tu as atteint les tréfonds du glauque. Et non ♪♫♪ ! Car la bergère décide d’aller confesser son crime auprès du curé de son village. Ce dernier, profitant de la faiblesse de sa paroissienne, lui demande comme pénitence de l’embrasser 😐  … J’imagine que si elle avait tué un homme, elle aurait du rouler dans le foin avec Pervers Pépère pour se faire pardonner (c’est l’échelle de la pénitence à con-fesse).

Bref, cette comptine réunit la violence, le sexe et les curés pervers (qui fourrent, qui fourrent dans le Bois Joli). Je propose donc de mettre directement les enfants devant Game of Thrones, plutôt que de la leur faire écouter.


 

*** COUPURE PUBLICITAIRE ***

Une envie pressante ?

Un peu de douceur dans ce monde de brutes avec la Famille Tortue :


 

Celles qui donnent une jolie image de la femme.

La plupart des comptines étant des chants populaires écrits au XVIIIème siècle, la vision de la femme y est assez archaïque. De quoi donner de bonnes bases de sexisme à nos garçons.

A la Claire Fontaine.

J’aimais bien celle-ci, d’autant que Nana Mouskouri la chantait sur un de mes 33T préférés. Juste qu’au jour où j’ai décodé les paroles …

On est bien d’accord que « son ami Pierre ne veut plus l’aimer pour un bouton de rose qu’elle lui aurait refusé ? » est clairement une allusion sexuelle ?

Cela me rappelle quelqu’un, d’ailleurs …

Pierre avait bien envie d’approfondir (hum) leur relation amoureuse, mais sa chérie ne semblait pas prête. Il l’a donc misérablement lourdée.

Je ne te jette pas la pierre, Pierre, mais tu sembles être un GROS CONNARD. Ton nom de famille n’est pas Lustucru, par hasard ?

La comptine : What The Fuck ?

Ne pleure pas Jeannette.

L’année dernière, les Mômes ont reçu en cadeau un DVD de comptines illustrées par des petits dessins animés. Quand les garçons l’ont visionné pour la première fois, je corrigeais des copies auprès d’eux. J’avais donc en fond sonore : « Et la cane a ri : HI » ou l’histoire du « Petit ver tout nu » … Des comptines inoffensives (mais pénibles à l’oreille) jusqu’à l’avant-dernière chanson, quand j’ai réalisé avec effroi que c’étaient les premières mesures de « Ne pleure pas Jeannette » qui résonnaient dans la pièce.

Tu te souviens de  Jeanneton ? Celle qui a un gros chagrin. Son amoureux Pierre – encore un Pierre ! – est en prison et va être pendu … enfin pendouillé (le résultat est identique) (c’est juste plus long). Pour faire cesser les jérémiades de la demoiselle, on lui propose de remplacer dans son cœur Pierre par un Prince (oh ça va, ça commence pareil) ou par un baron … mais Jeannette est difficile :

« Je ne veux pas d’un prince encore moins d’un baron, encore moins d’un baron ». Ben oui, on ne refuse pas de devenir Princesse pour se contenter d’un baronnet ! Franchement.

Elle tente le bluff : « Si vous pendouillez Pierre, pendouillez-moi avec, pendouillez-moi avec »

Pauvre Jeannette, je ne lui conseille pas de jouer au Poker Menteur car elle est franchement nulle en négociation. Les proches de la jeune fille, sans doute las de ses chouineries,  accèdent immédiatement à sa demande : ils la pendouillent avec son mec. Fin de l’histoire.

Il existe donc des personnes qui ont jugé utile de créer une animation pour enfants afin d’illustrer cette comptine …

Les Mômes étaient captivés, puis est venu le moment redouté : « Et l’on pendouilla Pierre …. »  et j’ai retenu mon souffle : sur l’écran s’est dessiné Jeannette et son Pierre affublés d’ailes d’ange et montant doucement au ciel. Moyen glauque, mais glauque quand même. Je respirais à nouveau quand s’est élevée la voix de Fils Cadet :

« Maman, ça veut dire quoi ‘pendouiller’ ? »

Fuck.

Remarque, après cela, tu peux introduire le Jeu du Pendu en toute sérénité.


 

Celles qui sont inoffensives (mais dont les paroles sont très cons).

Bonjour ma cousine.

Attention ! La mélodie de cette dernière peut rester en tête toute la journée et c’est juste atroce ♥. Fils Cadet l’adore (évidemment).

Les paroles sont déroutantes de conneries, et semblent avoir été écrites par (ou pour) Christine Boutin (si tu ne comprends pas de quoi je  parle, tu peux lire cet article)  :

Bonjour, ma cousine.
Bonjour, mon cousin germain.
On m’a dit que vous m’aimiez,
Est-ce bien la vérité ?
Je n’m’en soucie guère.
Je n’m’en soucie guère.
Passez par ici et vous par là,
Au revoir cousine, et puis voilà !

Et enfin comment ne pas conclure par la charmante :

Lundi matin.

Ou autrement appelé l’histoire sans fin. L’Empereur, sa femme et le Petit Prince (qui d’ailleurs ne peut pas être le fils de l’empereur étant donné son titre) passent tous les jours chez toi pour essayer de te serrer la pince. ‘Comme ils sont très cons’ (à chanter sur le même air), ils viennent toujours à la même heure, quand tu es au travail, histoire d’être sûrs de bien te rater.

L’histoire ne dit pas quelle est leur religion, mais il est possible qu’ils soient Témoins de Jéhovah (ben quoi ?).


 

*** GÉNÉRIQUE de FIN ***

Allez, une dernière (sans fin, elle aussi) pour la route, parce que celle-là je l’aimais bien !

Il semblerait que je l’ai beaucoup chanté petite fille.

 

Les chansons de Comptines.TV étant produites par l’ami d’un ami (que je ne connais pas, mais par transitivité, il doit être sympa), tu peux les faire regarder à tes enfants, elles sont garanties sans pleurs de Jeanneton.

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