En matière d’éducation, entre l’avis de ton conjoint, les conseils de tes propres parents, de tes amis, les lectures inspirées (‘Il n’y a pas de parent parfait’) ou pas (‘Tout se joue avant 6 ans’), l’écoute de psychologues qui paradent à la télé (Ruffo), tu te demandes où est la vérité.

LdmJ (et Mulder) ont bien une idée :

truth-is-out-there

En attendant, tu tâtonnes et tu te plantes (souvent). Tu te dis que tes enfants doivent percevoir toutes tes contradictions et que, s’ils croisaient Ruffo, ils pourraient avoir quelques dossiers à lui transmettre.

 

 


 

*** GÉNÉRIQUE ***


1. Fais ce que je dis mais pas ce que je fais.

Bon okay, que celui qui n’a jamais hurlé sur son enfant : « ARRÊTE DE CRIER !!! » me lance son premier sonotone (T’en as pas encore ? T’as des enfants ? T’inquiète, ça va venir).

Oui, je sais, crier qu’il ne faut pas crier, c’est un peu comme regarder tous les jours ‘Les Anges Marseillais chez les Ch’tis’ (ou pire PBLV) tout en proclamant que c’est de la merde.

Le message est brouillé.

Le Môme a (bien) entendu « ARRETE de CRIER !!! », mais n’a pas compris, vu que sa mère qui prétend qu’on ne doit pas crier vient de se bousiller les cordes vocales pour le lui dire.

Ton enfant a en effet un peu de mal à comprendre que certaines choses sont tolérées quand elles sont faites par les adultes, mais proscrites à leur âge. Cela ressemble COMME MÊME à une grosse arnaque.

Par exemple :  dire des gros mots. A Winterfell, j’ai tenté le : « Ta maman a le droit de dire quelques gros mots quand elle est énervée parce que c’est une adulte et qu’elle n’arrive pas à s’en empêcher. Mais ce n’est pas joli-joli quand même. Toi par contre, tu n’as pas intérêt ! »

L’efficacité est moyenne. En même temps, il faut le reconnaître, on critique beaucoup l’école en affirmant que c’est là-bas qu’ils apprennent un vocabulaire de charretier (pense à nous, pauvres profs de collège, qui, dès le lundi matin à 7h51 dans la cour, entendons les premiers ‘ferme ta gueule’ de la semaine). Cependant, je peux confier que les seuls gros mots que mes enfants disent, ils les ont entendus … à la maison. Probablement dans ma bouche. Notamment mon classique : P.U.T.A.I.N . Je n’arrive pas à me défaire de cette sale habitude. Pour finir, j’ai coupé la poire en deux : s’ils veulent dire des gros mots, ils vont aux toilettes (merci à l’une de mes collègue de français de m’avoir donné cette idée). Parfois, cela donne des conversations surréalistes, du genre :

« Oh maman, je suis vraiment fâché après Fils Cadet, je vais aller aux toilettes pour dire des gros mots. »

(Pauvre Trône de fer, je n’ose imaginer ce qu’il doit entendre).

Par contre, en ce moment ils sont dans une phase : « Fesses, caca, pipi, hinhinhin » ; et je peux t’assurer que cela ne vient pas de moi.

2. « Le message est brouillé » bis

Entendu à la piscine entre deux bassins :

« Allez dépèche-toi un peu MAIS SANS COURIR !!! »

Dire à un gosse de se magner le train sans courir, c’est comme dire à ma tante d’accélérer sans passer la cinquième. Ah oups, mauvais exemple : ma tante le fait. 🙄

En rhétorique, on appelle cela une oxymore (t’as vu). En langage parental, c’est juste un gros foutage de gueule. Comme lorsque je dis à Fils Cadet :

« Okay, tu peux jouer à la ‘mouillasse’ (c’est un terme que mes mômes ont inventé) (ça fait envie, hein !) (comprendre ‘jouer avec de l’eau et de la terre’) mais tu ne t’en mets pas partout ! » 😐

Dans cette phrase, il y a toute l’essence de la contradiction parentale. Pourtant, la solution est très simple : si tu as envie qu’il s’amuse tout seul pendant une heure dans la terre mouillée (et être ainsi peinarde) t’as qu’à le changer et lui mettre des vêtements spécial ‘gadoue’. Problème résolu. Sauf que convaincre un Môme d’aller se changer, alors qu’il a déjà les mains et la figure pleines de boue, n’est pas si évidemment que cela en a l’air. Déjà qu’il a pas envie de rentrer, alors enlever ses vêtements et en enfiler d’autres relève de l’exploit sportif.


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Ben oui, faut juste lui mettre des bottes de caoutchouc.

 


3. Vouloir tout et son contraire.

Moi, je ne veux pas le beurre, l’argent du beurre ni le uc’ du crémier. Nan : je veux manger le beurre et avoir le même uc’ qu’Angelina Jolie.

Parait que c’est pas possible.

Avec les enfants, c’est pareil : je suis ravie que Fils Aîné soit si sage en classe (ma grosse frayeur, en tant qu’enseignante, serait d’avoir des enfants hyper pénibles en collectivité), mais d’après ses maîtresses successives, il y a quand même un souci : il est … TROP … sage. Il est très timide et a beaucoup de mal à s’exprimer devant un public. Du coup, je me suis beaucoup inquiétée alors qu’en même temps, à bien y réfléchir, son père et moi étions très timides lorsque nous étions enfants. Il ne peut donc pas lutter contre certains atavismes (on lui a transmis d’autres trucs supers handicapants) (genre, apprécier les maths).

A l’école, j’aimerais qu’il soit épanoui et qu’il ait beaucoup d’amis, mais SANS être imbu de sa personne ou méchant avec d’autres élèves ou – PIRE ! – bavard en classe 😉 .

Bon, en même temps, on peut être épanoui dans sa vie d’adulte sans jamais avoir été populaire à l’école. Coucou Leonard, Howard et Sheldon :

“The Contractual Obligation Implementation" -- Leonard (Johnny Galecki, right), Sheldon (Jim Parsons, far right) and Wolowitz (Simon Helberg, center) speak to junior high girls about careers in science, on THE BIG BANG THEORY, Thursday, March 7 (8:00 – 8:31 PM, ET/PT) on the CBS Television Network. Photo: Michael Yarish/Warner Bros. ©2013 Warner Bros. Television. All Rights Reserved.

Photo: Michael Yarish/Warner Bros

Qui sait, il sera peut-être « astronaute » ?

Quand à Fils Cadet, nous avons toujours pensé qu’il était à l’aise avec les autres et ses premières années avaient tendance à nous le prouver. En petite section, il avait même acquis une certaine « popularité » : en sortant de l’école, bon nombre de gamins plus âgés disaient à leur parents : « Ohhh c’est Fils Cadet », et les filles de la classe de son frère venaient lui faire des bisous. Il était très exubérant en classe, ce qui me faisait craindre qu’il ne devienne un peu pénible à l’école (ouais, toujours la même angoisse) (ouais, faudrait que je consulte). A chaque fois, qu’on me faisait des reproches (enfin, des reproches à lui) (que je prenais pour moi) du genre : « il a été très pénible à la cantine », je passais en mode vigilance extrême et lui faisais une morale d’enfer. Puis, récemment, la maîtresse m’a confié qu’il était de moins en moins exubérant et devenait très raisonnable, voir même un peu … timide. Et devine quoi ? OUIIII, je me suis inquiétée immédiatement. Mince, mon petit Cadet toujours si malicieux et rigoleur s’éteindrait en classe ?

Bref, je ne sais toujours pas s’il s’agit d’une bonne ou d’une mauvaise nouvelle. 🙄

Cela me fait penser à cette maman d’élève que j’ai un jour reçue en rendez-vous individuel. Quand je lui ai dit que son fils était très bavard, je l’ai vu sourire franchement et déclarer :

– OHHHHH, que je suis contente !!!

Devant mon air étonné, elle m’a expliqué que jusqu’à présent, on reprochait à son enfant d’être éteint en classe, ce qui l’inquiétait. On a plaisanté 5 minutes sur le sujet puis je lui ai dit que puisqu’il avait trouvé l’interrupteur, ce serait bien qu’il découvre également le variateur de lumière parce que là, manifestement, il avait placé le curseur un peu trop loin. En rhétorique, on appelle cela une métaphore (t’as vu).

4. Vouloir responsabiliser son enfant vs tout faire tout à sa place.

J’aimerais qu’ils deviennent plus autonomes. Vraiment. Et pourtant, je préfère tout faire moi-même. Parce que c’est plus facile et surtout parce que ça va plus vite.

Prenons un cas concret. Le matin avant l’école, alors que nous sommes déjà en retard de 5 minutes, Fils Cadet tient à enfiler ses chaussures seul. Observons : il prend sa chaussure droite, telle Cendrillon : il la regarde avec intérêt puis essaie de l’enfiler. Il tire délicatement sur la languette, place son pied, fronce des sourcils, retire le pied, ouvre plus grand ses scratchs, remets le pied, fronce les sourcils, retire la languette plus haut, enfile jusqu’au bout, fronce les sourcils, secoue le bazar puis déclare : « Ah, non, je me suis trompé de pied », (facepalm parental) et c’est reparti de l’autre côté. En gros, il lui faut 5 minutes pour mettre sa paire de godasses. Si c’est moi qui lui enfile, j’en ai pour 20 s. Tu comprends quelle option a ma préférence. Ensuite, je peux me désoler avec la maîtresse, en parfaite mauvaise foi, sur sa lenteur pour se rhabiller le soir.

De même, j’avoue que mes enfants font très peu de taches ménagères. Ils débarrassent leur table, donnent à manger au chat et rangent – difficilement – leur chambre (sous la menace). Pour la chambre, j’avoue que je préfère bien souvent ranger moi-même : je n’en ai pas pour longtemps et puis je mets les playmobils avec les playmobils (mon esprit cartésien a du mal avec le mélange des jouets). Ce qui ne m’empêche pas de me désoler que ce soit si difficile de leur faire effectuer cette tâche. En même temps, si j’arrêterais de leur ranger deux fois par semaine, ils se bougeraient certainement plus le train pour le faire eux-mêmes (ou peut-être apprécieraient-ils de vivre chez Crapouille).

Il y a quelques semaines, LdmJ a reçu les parents d’une élève de 3ème dont il est professeur principal. Ils étaient devant une impasse concernant son orientation. La gamine n’a aucune motivation pour quoi que ce soit, pas d’activités extra-scolaires sportives ou culturelles … Bref, en désespoir de cause et afin de trouver un point d’accroche, LdmJ demande si elle aime cuisiner, si elle participe à certaines tâches ménagères, si – comme de nombreux collégiens – elle s’occupe des petits frères/soeurs/cousin(e)s … ou autres. Là, sa mère lui dit :

– C’est encore une enfant, je veux qu’elle vive sa vie d’enfant et je ne lui demande rien de particulier à la maison.

Gloups. Quand tu vois le résultat, c’est un peu effrayant même si, intrinsèquement, je peux comprendre ce genre de discours (comme le dit, de temps à autre, un ami : « Qu’est ce que c’est chiant cette vie d’adulte ! »).

En rentrant ce soir-là, LdmJ m’a dit qu’il serait temps de responsabiliser un peu plus nos Mômes à la maison (je crois qu’il était en plein trauma). Et c’est vrai qu’à leur âge, nous avons découvert qu’ils aimaient bien nous aider. Aller jeter des détritus dans le composteur du jardin, c’est marrant ; chercher le lait ou leur jus de fruit dans la réserve en bas à la cave, c’est fun ; mettre la table, c’est sympa … bon, par contre, ranger sa chambre (et le salon plein de légos, de crayons, de feuilles, de livres et de VHS par terre) (et le couloir plein de voitures, majokits …) c’est toujours aussi nul.

J’en ai discuté avec des collègues et certaines m’ont assurée que leurs enfants chargeaient le lave-vaisselle depuis l’âge de 6 ans. De quoi réfléchir. J’ai donc commencé des recherches sur le net et je suis tombée sur ce tableau bien flippant :

charte-tache-montessori-flanders-family

Bon okay, mes Mômes ne font rien de tout cela.

J’ai partagé ce tableau sur Facebook, histoire d’avoir un avis autre que le mien et des amies qui ont la tête sur les épaules m’ont expliqué que c’était :

– vraiment too much (genre, tu laisserais ton gamin de 9 ans passer la tondeuse toi ?) (Tu trouves qu’il a trop d’orteils ?)

– très bête de vouloir mettre les gamins dans des cases.

Evidemment, elles avaient raison. En poussant les recherches plus loin (pas très loin d’ailleurs, puisque c’est écrit dessus), une copine (Amé pour ne pas la citer) m’a envoyé le lien du blog initial. Ce tableau a été réalisé par une maman (flandersfamily.com) …texane … qui a douze enfants. En gros, déléguer certaines taches ménagères à ses enfants est une question de survie. Amé m’a également fait remarquer que pour cette maman :  les laisser eux-même changer les ampoules était peut-être une sorte de sélection naturelle (j’avoue que cette remarque m’a fait étouffer de rire).

Bref, j’ai bien trouvé l’interrupteur pour faire participer davantage les Mômes dans les tâches quotidiennes, mais je ne vais pas pousser le variateur trop vers la droite. Même si mon gamin de trois ans a la taille idéale pour épousseter les plinthes 😉 (de toute façon, je n’ai jamais épousseté les plinthes) (ni désinfecté les clenches des portes).

Sinon, j’ai trouvé un autre tableau plus positif, si on tient vraiment à instaurer des règles dans la maison 🙂

sticker-les-regles-de-la-maison

5. Et tout le reste.

Etre parent, c’est donc accepter d’être pétris de contradictions.

Vouloir le meilleur pour son enfant, sans vraiment savoir ce que serait le meilleur pour lui. En fait.

Et surtout se remettre en question.

On a le droit de se tromper … mais on a aussi le droit de ne pas culpabiliser (et c’est plus facile à écrire qu’à faire ! )


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*** GÉNÉRIQUES de FIN ***

(au pluriel ! )

Les enfants, si vous lisez cet épisode plus tard, sachez que mes maladresses ont été commises pour votre bien …

Mais bon, en attendant, vous faites ce que je vous dis !

***

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