shame-of-cones

Nous avons tous vécu de grands moments de ridicule ou de solitude, des moments que nous avons préféré isoler dans un coin de notre mémoire pour tenter de les oublier.

Vainement.

Puis on vieillit.

En repensant à ces souvenirs honteux, on prend conscience qu’ils ne nous embarrassent plus, mais nous font plutôt sourire.

Alors, on se dit qu’il est peut-être temps de les partager.

 


*** GÉNÉRIQUE ***

Comme un goût de boulette …

 

Allez ouais, je me la raconte :


J’ai 4 ans. L’âge de Fils Cadet. Mon premier souvenir honteux se trouve être mon premier souvenir tout court (comme quoi, on se rappelle surtout de ce qu’on voudrait oublier).

Ce jour-là, c’est atelier pâte à modeler dans la classe des Moyens. Je fais un truc bleu informe, je ne suis pas très inspirée … L’objet que je fabrique ressemble à … euh … un boudin bleu avec des yeux. Soudain, le regard de ma Maîtresse se fige devant mon « oeuvre » et s’écrie :

« OHMANDIEU, c’est un spennndiiide dauphin que tu nous as fait là »

Elle brandit mon boudin devant toute la classe :

« Regarrrrrrdez ce qu’a fait Florence, c’est juste magnifiiiiiiiiique !!! »

 

Je n’ai pas le temps d’apprécier à sa juste mesure ce moment d’intense fierté (d’ailleurs : « C’est quoi un dauphin? ») qu’elle rajoute :

« Tu vas aller le montrer aux autres classes d’accord ? »

Et sans comprendre ce qui m’arrive, je me retrouve dans le couloir, mon boudin-dauphin à la main avec pour mission d’aller le faire admirer aux trois autres classes de l’école maternelle, histoire que tout le monde s’extasie devant mon génie naissant. Je n’ai pas vraiment envie de le faire. Je pourrais attendre 10 minutes devant ma salle et revenir ni vu ni connu, mais j’ai 4 ans hein ! Je n’ai pas encore compris qu’on pouvait désobéir à la maîtresse (surtout qu’elle a manifestement fumé des trucs illicites avant de venir en classe). Je dois donc effectuer cette mission coûte que coûte.

Je me vois encore frapper à la porte des Grands.

Je vois encore le regard surpris de Madame F. qui me demande ce que je fais là.

Je me vois encore brandir ce morceau de pâte à modeler bleu et ajouter d’une voix tremblante :

« J’ai fait un … euuuuuuh

… boudin … et ma maîtresse m’a dit de vous le montrer »

Manifestement, la maîtresse des grands ne voit pas de dauphin dans mon oeuvre ; les autres enfants me regardent bizarrement et certains commencent même à pouffer. Je regarde maintenant mes pieds. La maîtresse prend pitié de moi et m’affirme que c’est très joli. Elle me raccompagne dans ma classe, et jusqu’à la fin de l’année scolaire, je ne fabriquerai plus que des escargots moches (que j’aplatirai dans mes mains dès que la maîtresse fera mine de les regarder).


 

J’ai 8 ans, une coupe au bol avec une frange descendante et des lunettes de l’espace. Mon look est déjà une honte à lui tout seul :

Capture

(Tu peux également admirer la superbe blouse et le petit flot harmonisé avec mon pantalon) (on sent l’habillement spécial photo de classe).

Ah ben tiens, elle n’aime plus.

 

 

Ce jour-là, ma voisine de table me demande ce qui dépasse de la jambe droite de mon pantalon patte d’eph orange à fleurs (nan, je déconne, il est juste jaune-caca-d’oie). Bref. Je me penche. Effectivement, je vois un morceau de tissu blanc. A cette lointaine époque, nous utilisons encore des mouchoirs en tissu que nous coinçons dans le haut de nos pantalons. Très classe. Pensant qu’il s’agit de mon mouchoir fugueur, je tire dessus et sors … ma petite culotte de la veille. Mais si, tu sais …  la culotte qui reste coincée dans le fut quand on l’enlève un peu trop vite. Mes voisins manquent de s’étouffer de rire.

Le reste est assez flou, mais mon visage devait être de la couleur du pantalon que je porte sur la photo plus haut.

 


 *** COUPURE PUBLICITAIRE ***

Je crains qu’il ne soit temps de me mettre la colerette de la honte …


 

 

J’ai 12 ans. Nous rentrons d’un voyage scolaire en Italie. Dans le bus qui nous ramène en Easteros, circule un drôle de sondage … Les filles se demandent entre elles qui est désormais une Femme (comprendre : « qui a ses ragnagnas » hein, pas « qui a couché ») (nous n’avions que 12 ans) (hum). Un peu gênée par la question, mais étant de nature cruchotte, je le fais à mon tour.

Il s’avère que sur la vingtaine de filles de 5ème qui peuple ce car, je suis la seule à répondre non. C’est dingue, hein ? Bon, disons plutôt que je suis la seule des filles non réglées à avoir répondu la vérité. Quelle tarte ! Durant tout le reste du trajet et accessoirement tout le reste de l’année scolaire (tant qu’à faire), je me ferai appeler « le bébé » par une petite clique de gamines peu sympathiques. N’ayant pas assez de recul, ni de maturité pour comprendre que leur attitude puérile montre clairement que ce sont elles les bébés (c’est toi qui dit qui est, d’abord), cette histoire me marquera longtemps et restera de nombreuses années la Number One dans le flot de mes souvenirs honteux.

A cet âge, une bêtise de ce genre peut prendre des proportions insensées. Alors que ma seule faute fut de répondre la vérité à une question particulièrement indiscrète. J’en ai déduit qu’avec certaine personnes il valait mieux se taire ou raconter des bobards.

Par la suite, j’ai raconté beaucoup de bobards (à base de petits amis imaginaires rencontrés l’été) (loin).

 


 

J’ai 21 ans et je vis un mini-drame : je n’ai pas de nouvelles de mon petit ami depuis trois jours (pourtant je suis sûre que celui-ci n’est pas imaginaire). Sachant que nos formations sont sur le même campus, et que nous habitons à quelques centaines de mètres l’un de l’autre, c’est troublant que je ne parvienne pas à le croiser. Habituellement, il m’attend à la sortie de mes amphis ou salles de TD, mais pas ces derniers jours. Je suis inquiète. Je n’ai pas de téléphone portable (ha-ha-ha) mais nul doute qu’il aurait essayé de m’appeler si tel avait été le cas. J’ai essayé pourtant de le joindre chaque soir (depuis la cabine téléphonique de ma cité-U), mais je tombe directement sur sa messagerie (enfin pour être précise, sa messagerie s’enclenche après une sonnerie) (je n’y vois rien de bizarre). La veille, je suis passée chez lui, mais il était absent. Certains de mes amis (tous) pensent qu’il ne veut plus me parler, mais je secoue la tête avec obstination. La dernière fois que nous nous sommes vus, tout s’est passé normalement et nous nous sommes séparés sur un bisou. Pourquoi voudrait-il me plaquer ?

Une fille normale aurait lâché l’affaire, vexée. Moi je suis plutôt du genre obstinée (certains diraient cruche) (dont lui). Ce jeudi midi, je l’attends donc devant le bâtiment où ont lieu ses cours. Il sort en déconnant  avec des copains, lève les yeux, me voit et fait la gueule. Je comprends que mes amis ont raison, mais il est trop tard pour reculer. Il refuse d’aller au Resto-U et m’entraîne dans une brasserie sans décrocher un mot, le visage fermé. J’ai envie de faire demi-tour et de rejoindre mon groupe de copains au RU mais je le suis quand même. En grignotant mon sandwich, j’apprends qu’en fait il avait bien une demi-douzaine de raisons de vouloir me larguer … vu qu’il me les énonce lentement et de plus en plus fort. Il termine par un théâtral :

« Franchement, est-on heureux ensemble ? »

Vu que cela fait à peine un mois que nous sortons l’un avec l’autre, cette question me semble un tantinet ridicule et grandiloquente, je réponds donc par un « Bah …C’était pas si mal » très inspiré. Il est fâché, il aurait souhaité de pas avoir à fournir d’explication. Faire le mort lui avait pourtant sembler une bonne technique de rupture (nul doute qu’à l’heure actuel, il romprait par SMS ou Post-it). Devant mon manque de répondant, il termine sa longue tirade par un :

« Allez Ciao, je me casse ».

A ce stade de l’histoire, toute la brasserie a les yeux braqués sur nous, et n’a rien perdu de notre dispute (enfin il s’est surtout énervé tout seul). Je connais certaines des personnes assises non loin de nous, et voir la pitié dans leur regard m’est insupportable. Je termine mon repas en retenant mes larmes de honte. Le mec du bar me demande si ça va.

Non.

Je sors de la brasserie tête baissée.

Jusqu’à la fin de mes études, je ne remettrai plus jamais les pieds dans ce bar.  Passer devant me donnera d’ailleurs des palpitations pendant plusieurs mois. Aujourd’hui, si l’occasion s’en présentait, je crois que j’irais avec plaisir, m’assiérais dans le box que nous avions choisi  ce jour-là et je boirais un verre à la santé de ce connard (cordialement).

carrie-breakup-postit


 

J’ai 25 ans, c’est l’été de la canicule. Tout le monde se plaint de la chaleur, mais LdmJ et moi sommes ravis. Nous profitons à fond de ce premier été de « jeunes profs sans enfants ». Une copine inquiète devant mon désœuvrement à venir, m’a demandé début juillet, si je pensais trouver un autre job pendant mes vacances scolaires. Ha-Ha-Ha. Nous sommes partis en Vendée, il fait un soleil de malade et finalement nous avons prolongé notre séjour d’une semaine.

Ce jour-là, nous profitons de grandes vagues et rions comme des gosses. Il y a peu de monde autour de nous à part une femme assez forte au large. Dans l’eau, tout est plus léger y compris moi, LdmJ me porte donc, et m’entraîne assez loin. Je suis soudain inquiète car je ne vois plus la dame devant nous et je crie à mon amoureux :

– Mais elle est où la grosse madame ?

Wesh « Grosse », j’ai dit ça. J’ai dit « Madame » aussi.

Le visage de LdmJ se fige. Je comprends que j’ai commis une « Grosse » boulette. Je me retourne lentement, et croise le regard de la Madame en question. Qui doit se trouver à un mètre de moi. Voilà, voilà.

La Madame est fâchée.

Je bafouille un « On ben, je ne la vois plus » des plus convaincants puis je cache mon visage rouge de honte dans le cou de mon chauffeur et lui ordonne de me reconduire vers la plage.

Il s’exécute. En riant. Le con.

Une dizaine d’année plus tard, alors je me plaindrai de la circonférence de mes cuissots sur une plage basque, LdmJ me dira très sérieusement  :

« Effectivement ! Espérons que personne ne va t’appeler « Grosse Madame » si tu vas te baigner! »

Le con.

 


 *** COUPURE PUBLICITAIRE ***

Je pense que c’est le moment idéal pour placer le « Ouais Grosse » d’une autre Florence :

 


 

J’ai 27 ans. Nous sommes de tous jeunes mariés et nous passons quelques jours chez un copain à Compiègne . C’est l’automne, la forêt est très jolie et les journées sont encore belles et ensoleillées.

Lors d’une balade, nous sommes surpris par le nombre de 4*4 garés à l’orée du bois, et ne comprenons pas tout de suite les gestes énervés de ce Monsieur habillé en tenue de camouflage. C’est au premier coup de feu que nous réalisons le problème : nous nous trouvons au milieu d’une battue à la galinette cendrée. Nous rebroussons chemin en courant sereinement. [Aparté : c’est chiant les chasseurs en forêt.]

Ce soir-là, notre hôte a invité deux de ses amies pour venir voir avec nous ‘Les Noces Funèbres’ de Tim Burton au cinéma. C’est à ce moment, alors que nous sommes confortablement installés, qu’une odeur type rat mort commence à venir me chatouiller le nez. J’ai du mal à me concentrer sur le film tellement l’odeur me pourrit les narines. Le rat mort devait avoir la gastro, c’est limite insupportable. Je commence mon enquête : j’avais déjà cru sentir cet odeur épouvantable dans la voiture cet après midi. Donc le coupable s’y trouvait, je suis assez loin de notre copain, donc je ne pense pas que cela vienne de lui. LdmJ me surprend alors que je le renifle sous toutes les coutures :

– Euh, tu fais quoi là ?

– Je  respire … ton odeur, tu sais comme je l’adore!

– Te fous pas de ma gueule, moi aussi je sens un truc atroce … et ce n’est pas moi, hein !

– Non, mais je ne néglige aucune piste …

– Ouais ben ton flair te trompe, Rantanplan.

(Il est super vexé).

En sortant, les deux filles qui nous accompagnent nous expliquent qu’elles n’ont pas profiter du film, par la faute de cette odeur insupportable. On se sépare assez rapidement.

C’est en ôtant mes chaussures ce soir là que je découvre avec effroi la source de cette puanteur : durant l’après midi, j’ai marché dans une merde de gibier. Peu importe lequel, mais je nettoie mes chaussures en apnée.

Les garçons sont morts de rire. Je suis morte de honte.

Je fais promettre à Micky de ne jamais révéler à ses copines d’où venait l’odeur insupportable. J’espère qu’il a tenu parole.

LdmJ, par contre, m’en parle encore. D’ailleurs quand il a (pré)lu ce billet, c’est lui qui a insisté pour que je rajoute cette histoire.

« Tu sais le jour où tu pensais que je puais alors qu’en fait c’était toi »

Ouais, ouais. On est quitte.

[Cette histoire me rappelle cette anecdote de honte parentale (telle mère tel fils) ]

 


 

J’ai 28 ans. Après l’Eté de la Canicule, voici venu l’Hiver du Froid Polaire (y’a plus de saison ma pauvre dame !). Je suis devant une classe de sixième reniflante.

Ludivine lève la main :

– Madame ? Vous pourriez me prêter un mouchoir ?

– Je préfère te le donner. Et inutile de me le rendre, hinhinhin.

Je fais toujours cette blague : je suis une prof hi-la-rante (et prévisible).

Je me retourne et cherche les mouchoirs des yeux. D’ordinaire, j’ai toujours une boite complète sur mon bureau, mais le rhume de mes élèves a eu raison d’eux :  il ne m’en reste plus. Je me penche alors dans mon sac à main, et fouille à l’aveuglette pour trouver un paquet.

Digression : Mon sac est une sorte de puits sans fond où se mêlent toutes sortes de choses (ambiance : amphore de Fort Boyard) (pour donner un exemple : depuis quelques jours, nous pouvons y observer une paire de chaussettes -propres, tout de même-, d’ailleurs je n’arrive pas à me rappeler pourquoi elles se trouvent là).

Retour dans la classe. Enfin, ma main serre l’emballage plastique des mouchoirs, je le saisis fermement et le brandis devant mon élève.

Elle me regarde bizarrement.

Sa voisine éclate de rire.

Je regarde ma main.

C’est un emballage de serviette hygiénique.

(Ouais, ouais, je suis une Femme maintenant).

(Je remercie Léonie qui m’a permis de me rappeler de cette anecdote honteuse, car il lui est arrivé à peu près le même genre de mésaventure ^^) (oui, je balance).

 


 

J’ai 37 ans.

Je viens de déposer Fils Aîné à son école. Je marche dans la rue assez rapidement, car mes cours commencent dans 15 minutes. Je passe devant l’école maternelle, et machinalement mon regard est attiré par le tableau interactif de la classe des grands. Défaut professionnel, je regarde ce qui est projeté. Quand soudain :

BOOOOOM.

Je viens de me prendre à une vitesse assez importante le poteau avertisseur de stop. A pied.

Digression : Comme me fera remarquer une amie plus tard : « Heureusement que tu te l’es pris à pied ce poteau !  LdmJ préfére sans doute que tu aies abîmé ton front plutôt que ses pare-chocs, non ? ») (elle blaguait évidemment, mais j’ai quand même un doute : c’est surement vrai 😉 )

Retour sur le trottoir. Pendant quelques secondes, je ne comprends pas vraiment ce qui m’arrive, ni où je suis.

Un Monsieur serviable m’attrape par le coude en me demandant si cela va. Je vois double mais sinon tout est okay. Il a neigé les jours précédents, je ramasse un  morceau de neige gelée en bord de route et me le colle sur la joue , puis je commence un voyage légèrement planant vers le collège. Au bout d’une centaine de mètres je prends conscience que le morceau de neige que j’ai placé machinalement sur mon front est dégueulasse (en même temps je l’ai pris dans le caniveau). Je le jette, vaguement nauséeuse, et en choisis un nouveau dans la pelouse d’une maison particulière. Ouais la nana légèrement hallucinée qui piétine tes plates-bandes un lundi matin, c’est moi. En tout cas, la neige me permet de ne pas avoir la joue tuméfiée ce jour là.

Par contre, au réveil le lendemain, c’est très, très laid. J’ai un œil au beurre noir, et un bleu qui part du menton et qui remonte jusqu’au front. Je ferai cours durant une semaine avec cette tête là. Merci le maquillage et la mèche de cheveu, qui me permettront d’éviter les remarques des élèves. Pas celles des collègues par contre (et je rappelle que ce sont aussi les collègues de LdmJ qui passe maintenant pour un Mr Grey tortionnaire).

 

Le vendredi soir, Fils Cadet regarde me longuement dans les yeux. Je n’ai aucun maquillage, et je lui demande s’il trouve ça moche. Il me répond :

« Oh non, tu ressembles à une chef indienne ! »

Hugh !  Je lui ai donc fait un gros hug.


 

Si tu as toi-même quelques hontes à partager, n’hésite pas. A mon tour de sourire 😉

 

*** GÉNÉRIQUE de FIN ***

Tant que je n’ai pas mangé tout le chocolat …

 

***

Rendez-vous sur Hellocoton !
21 Comments