Pendant longtemps, pour moi professeur,  les parents d’élèves ont représenté un monde à part. Un monde lointain, sans être trop éloigné. Des interlocuteurs importants, des alliés ou parfois, plus rarement, des personnes incompréhensibles avec lesquelles il est très difficile de discuter.

Bien souvent, nous ne retenons que les parents d’élèves incompréhensibles.

Rarement, nous évoquons ceux qui nous soutiennent. Alors, oui, c’est vrai nous pestons souvent après untel qui ne vient à aucun des rendez-vous fixé (par crainte souvent) ou untel qui appelle le collège dès que son enfant à un mot dans son carnet, parce que bon quand même le mot n’était pas très gentil, gentil et que cela pourrait perturber gravement son gamin (gamin qui arrive dans ton cour, tout sourire, le lendemain). Nous nous demandons si il est si compliqué de vérifier régulièrement le carnet de correspondance de son gosse (surtout quand ce dernier est coutumier des remarques) ou de lui demander de faire ses devoirs plutôt que de jouer à la console jusqu’à 23 h chaque soir (véridique) (et ce n’est pas un cas isolé).

Puis un jour, nous avons des enfants. Les années passent (aussi vite que dans Interstellar) (j’y reviendrai prochainement) (pas sur Interstellar, sur le temps qui passe) et nous devenons ces fameux parents d’élèves … Désormais aux yeux d’un(e) collègue, nous sommes de l’autre côté du miroir. Une impression étrange …

Et nous comprenons que notre vision en noir et blanc doit peut-être s’ajuster à la lumière de ces nouveaux éléments.


***GÉNÉRIQUE***


 

La première année, j’étais toute fière de mon nouveau statut. J’ai donc rencontré la maîtresse de PS de Fils Aîné en tant que parent d’élève. Puis, elle m’a prise à part pour me demander si je travaillais bien dans le collège X. Sa fille, alors âgée de 12 ans, était élève dans la classe de cinquième dont j’étais professeur principal. Hahaha, la bonne blague. Nous étions le parent d’élève de l’autre ! Quand l’ATSEM est venu me dire que sa fille était dans une de mes classes de quatrième, je ne rigolais plus du tout. J’étais effectivement passée de l’autre côté du miroir, mais c’était un miroir réfléchissant … Lose.

Cela s’est régulièrement reproduit par la suite. LdmJ avait eu en classe la fille de la maîtresse de GS et j’étais prof principale du fils de la directrice de l’école maternelle l’année dernière. Du coup, nous avions des conversations parfois surréalistes.

– Allo madame la directrice ? Aujourd’hui, Fils Cadet ne viendra pas à l’école, il a une gastro, je dois le garder.

– Entendu, madame Batmax, cela signifiera donc que N. n’aura pas maths aujourd’hui ?

– Ah ben oui, je le crains (à moins que vous veniez éponger le vomi à ma place) (on peut s’arranger).

Bref, les joies d’habiter dans une petite ville.

 

Le fait de devenir parent d’élève m’a permis d’accepter certaines attitudes qui, jusque là, me semblaient complètement incompréhensibles :

– Oui, on peut oublier de signer un papier pour son gamin ou rendre l’autorisation de sortie en temps et en heure. Cela ne fait pas de nous des monstres de négligence.

– Les devoirs c’est bien, mais point trop n’en faut. Les gamins ont aussi une vie le soir (même si je n’ai pas changé d’avis sur la console de jeux).

– Oui, on croit notre gamin plutôt que celui du voisin. Parce que bon, quand même, on le connait un peu son Môme (surtout Fils Aîné, qui ne sait pas mentir) (je sais, je sais, cela viendra ^^)

– On a le droit de critiquer le prof (mais juste un peu) (et juste entre adultes, hein ! ).

– Cela peut arriver d’oublier que son gamin avait une sortie de prévue, et qu’ « il devait mettre des bottes, Madame Batmax ! ».

 

Bref, les parents d’élèves ont droit à l’erreur ! (mais pas trop quand même :p )

 

Le soir venu, en attendant les Mômes, j’ai le loisir d’observer les autres parents. Il est vrai que je n’ai pas spécialement lié connaissance avec eux. Quelques mots échangés de ci de là avec la mère sympathique d’une ancienne élève ou avec une amie.

Mais, bien souvent, je me contente de rester en retrait, et j’observe :

1) Les bandes de mamans (wesh)

Elle arrivent toujours un peu tôt (genre vers 16h15) pour pouvoir papoter à leur aise. Impossible de s’incruster, elles forment un cercle fermé. En même temps, je ne m’y risquerais pas. Elles se distribuent les invit’ pour les anniversaires des enfants des unes et des autres entre elles. Elles te donnent l’impression d’avoir 14 ans, des boutons d’acné et d’être la copine que personne n’invite (ce n’était évidemment pas du tout mon cas) (je n’avais pas de boutons sur la tronche).

2) La sauvage

Celle qui reste à l’écart et se complaît dans l’étude fort intéressante des notifs de son smartphone.

« Alors voyons … Facebook : rien ; Page FB : rien ; Twitter : ah tiens ? Un MP ? Ah non, c’est un message en chaîne, donc rien. Bon, pas de mail sur mes trois comptes de messagerie. »

Elle relève la tête, AH OUF, les portes s’ouvrent.

(Toute ressemblance gnagnagna …)

 3) Le parent pressé.

Celui qui est le nez sur la vitre de la classe de son Môme (en maternelle) et qui peste parce que cela fait au moins 3 MINUTES qu’il poireaute (B…azar!). Il  n’hésite pas à sonner à la porte de l’école dès qu’il voit 16h25 à sa montre (même si la tienne n’indique que 16h23) (a priori la sienne est synchronisée avec l’horloge universelle du méridien de Winterfell).

Le parent pressé te prend à parti  :

– Vous aussi, vous devez être pressée ! Vous devez aller chercher le grand à l’école primaire.

(oui, le parent pressé connait ta vie).

– Euh, oui. Enfin, vous savez, si je ne suis pas là, il m’attend à la grille hein ^^’, c’est pas si grave.

– OUI MAIS QUAND MÊME !!! Vous préféreriez être là quand il sort !

Comme il fout limite la trouille, et qu’il sait mieux que toi ce qui se passe dans TA tête, tu préfères ne pas trop trop le contrarier, et acquiescer brièvement (puis te barrer).

 4) Le parent vindicatif.

Son enfant à peine sorti, il le détaille de pied en cap et trouve immédiatement LE détail qui va de travers. (Attention True stories)

1er cas  : 

Une petite fille sort en reniflant. Sa mère se met à hurler :

– Mais,  c’est pas vrai !

Tu te retournes inquiète, pensant voir une bosse sur le front de la fillette …

– Non, mais regardez ce travail !

Elle te montre sa fille, le »travail » donc. Elle a l’air tout à fait normal. Tu regardes la maman perplexe.

– ILS AURAIENT QUAND MÊME PU LA MOUCHER ! NON ?

En regardant mieux, effectivement, il y a un peu de « mouchou » collé sous sa narine droite, tu tentes l’humour :

– Le mien, tout son mouchou a attéri sur ses manches, vous voyez ? (preuves dégueu à l’appui).

– Et vous trouvez cela normal ?

– Euhhhh non, je lui dis bien de ne pas se moucher dans son pull, hein …  (punaise, v’là qu’elle s’en prend à toi)

– NON ! Vous trouvez normal qu’ « ils » (comprendre la maîtresse + l’ATSEM) ne les mouchent pas ?

Personnellement, je pense qu’ils ont autre chose à foutre effectivement. Et qu’en plus, ils le font quand même … pour les 25 gamins …

Sinon, quand sa gamine a le nez qui coule, elle peut toujours la garder (ben quoi ?)

2ème cas :

C’est la cas n°1 appliqué au pantalon mal remis après le pipi de l’après-midi :

« Vous vous rendez compte : il a passé tout l’après midi avec la culotte coincée dans les fesses! C’est inadmissible ! »

(Ne pas rire, ne pas rire, ne pas rire).

3ème cas : (arrivé ce matin même)

La maman du petit caïd de la classe revient en furie vers la maîtresse.

– Bon, tous les jours, il me dit que Léona l’embête ! Cela commence à bien faire, c’est qui cette Léona ?

La maîtresse lui désigne une petite blonde toute mignonne. Tous les autres parents regardent alternativement le garçon (assez terrible) et la petite blonde. Ils se mordent la joue.

Le gamin finit par lâcher :

– Elle arrête pas de me dire qu’elle m’aime ! Et moi je veux pas !

(bon là,tout le monde rit franchement) (Eet je crois que la maman vindicative est calmée pour un moment 😉 )

 5) Le parent méfiant

Entendu devant la grille de l’école primaire :

– C’est qui ta maîtresse ? C’est elle, là-bas ? Elle a pas l’air commode… Elle est gentille ?

– Ben …  des fois, elle punit … Quand je bavarde, elle me gronde.

(ouais :  super étonnant, une maîtresse qui gronde … des fois)

– Ah, cela m’étonne pas, elle a l’air méchante (sic).

Après cela, si la maîtresse arrive à instaurer un climat de confiance avec la gamine, elle sera très forte.

 6) Le parent exigeant

Entendu dans un parc de jeux :

– Ah je suis bien contente qu’elle ait changé de classe, je ne supportais plus sa maîtresse de PS.

– Ah oui ?

– Elle me faisait constamment des reproches sur l’attitude de Jacynthe. Alors je lui ai expliqué qu’elle s’ennuyait en classe ! Nan, mais c’est vrai, cela fait longtemps qu’elle sait compter jusqu’à 5 !!! Je lui ai demandé quel était EXACTEMENT le programme de PS, tu vois ! Et tu sais ce qu’elle m’a répondu ???

– Ben non …

– Qu’à cet âge, il s’agissait surtout d’apprendre les règles de la vie en  collectivité ! Et les apprentissages alors ? Hein !!! C’est dingue !

Pour ce dernier cas, je plains juste les futurs instits de sa fille 😉

7) Les autres !

Les sympas …  la grande majorité, mais comme ils ne sont pas spécialement drôles, je n’en parlerai pas 😉

 


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Et si nous repassions de l’autre côté du miroir ? Version prof ?


En tant que prof de maths, j’ai aussi le loisir d’observer les parents d’élèves, notamment en réunion parents/profs.

A Winterfell, la plupart des parents rencontrés durant ma carrière se sont révélés agréables et respectueux.

Et puis, il y les autres 😉

 

1) Le parent centre du monde.

Celui qui ne veut pas venir à la réunion parent-prof (trop de monde, trop d’attente) (alors que la principale adjointe édite des planning personnalisé pour chaque parent après lui avoir demandé par écrit ses disponibilités par plages-horaire !) (gros boulot) mais qui aimerait te rencontrer toi, le professeur principal, en tête à tête un autre jour, afin de lui faire un topo personnalisé de toutes les matières. Certes.

Ce parent existe aussi en version 2.0 : il a trouvé ton e-mail (peut-être, est-ce même toi, qui lui a confié dans un moment d’égarement) et te relance tous les 15 jours pour savoir si tu peux faire un bilan auprès  de tes collègues pour connaître l’évolution de son Môme (et avec la vie scolaire aussi) (t’en que tu y es).

2) Le parent énervé.

Il n’est pas content. Et tu le comprends dès les premières minutes de l’entretien. Pourquoi son Môme n’a-t-il pas eu les félicitations au dernier trimestre ?

Tu lui réponds que l’équipe pédagogique le trouve trop bavard. Là, le parent énervé explose : son enfant n’a que très peu de mots dans son carnet, si ses professeurs sont si mécontents de lui, pourquoi ne le punissent-ils pas ?

Le parent énervé aime bien te rappeler qu’il pourrait lui aussi faire ton travail. Que lui saurait mater ces petits garnements.

C’est tout de même pas si compliqué.

3) Le parent dragueur.

Lui, c’est sûr, avec une prof de maths aussi jolie, il aurait ENFIN aimé cette matière, hein !

(Accessoirement, son fils qui l’accompagne, ne sait plus où se mettre) (toi non plus d’ailleurs).

Next.

4) Le parent qui balance.

C’est lui qui fait les Devoirs à la Maison de géométrie de sa fille, parce qu’il aime bien et que franchement elle a deux mains gauches et n’y arrive pas.

Et qui te sort le surréaliste :

« Je suis content, j’ai eu 20 la dernière fois » ( True Story)

5) Le parent bizarre

Il parle, mais tu ne comprends pas ce qu’il te dit. Il ressemble à Carrie Mathison, quand elle prend les mauvaises pilules.

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Tu penses que, lui aussi, a pris des substances pour se donner le courage de venir jusqu’ici.

Trop … visiblement.

Tu le raccompagnes gentiment jusqu’à la porte afin qu’il ne tombe pas (ou ne te vomisse pas dessus).

6) Le parent bavard

5 minutes,  ce n’est pas assez. Il sait que c’est la règle, mais tant pis pour la quinzaine de personnes qui attend devant ta porte. Il te raconte TOUT : ses soucis d’éducation, ses problèmes avec son ex-conjoint, ses soucis avec le nouveau. Il dérive vers ses autres enfants. Au bout de quinze minutes tu tentes subtilement de mettre fin à l’entretien : tu te mets debout, il ne comprend pas le message et continue de te parler … assis.

Quand il sort, tu as envie de lui demander 100€ pour la séance de psychanalyse (mais bon, comme tu as donné des conseils tous pourris, tu ne te permets pas 😉 )

 

Et je termine par le meilleur :

7) Le parent attachant

Celui qui te fait tellement de compliments sur ton enseignement que tu l’adopterais bien, s’il n’avait pas déjà une famille et des enfants 😉

 

N’hésite pas à rajouter en commentaires d’autres anecdotes parentales, que je puisse en sourire également 😉


 

*** GÉNÉRIQUE DE FIN ***

Eminem vide son sac …

 

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