Bad Teacher #5 ~ Les profs de maths se ramassent à la pelle.

J’ai la chance de pouvoir me rendre à pied sur mon lieu de travail. C’est agréable (sauf par temps de pluie) (il pleut souvent à Winterfell).

Le seul détail que j’apprécie moins quand j’arrive vers 8h50, c’est de devoir me faufiler sur une placette parmi tous les élèves qui prennent leurs cours à 9h.

Je dois donc me glisser au milieu d’une cinquantaine d’ados et il n’est pas toujours facile de trouver l’attitude adéquate à adopter.

Si je marche en regardant mes chaussures (ce que je serais tentée de faire à la base), je donne l’impression d’être une personne avec peu d’assurance. Et faire preuve de faiblesse devant les élèves n’est absolument pas une attitude à conseiller.

Si j’arrive avec des écouteurs sur les oreilles :  je suis la vieille qui essaie de faire comme les jeunes (je te rappelle qu’à leurs yeux, j’ai 50 ans) , et je m’expose à des remarques du style : « Eh M’dame, vous écoutez quoi le matin ? » Parler musique avec mes élèves ne m’amuse absolument pas (contrairement à LdmJ). Principalement parce que je n’ai pas grand chose à dire.

Si je marche la tête haute en les regardant bien dans les yeux, je m’expose à voir certains me tourner la tête. Genre : bonjour le vent, quoi ! Quelques-uns aimeraient bien me dire bonjour, je le vois à leur regard, mais ils sont avec des copains et ce n’est pas toujours très bien vu de saluer un prof. Heureusement, d’autres le font quand même. J’ai l’air un peu moins seule.

La plupart du temps, j’adopte un compromis. Je marche tête haute, mais j’évite de les regarder. J’évite aussi de penser que je suis la cible de bon nombre de regards, et que j’ai horreur de cela. Je réponds aux quelques bonjours adressés en ajoutant un sourire, et je marche très vite.

Jeudi dernier, j’ai décidé d’innover dans ma façon de faire mon entrée parmi eux.

Il pleuvait.

Normal.

Fidèle à mon habitude, je ne regardais pas mes pieds mais loin devant (objectif : le collège). Je marchais vite. Beaucoup trop vite.

La petite place était jonchée de feuilles mortes. C’était joli. Glissant surtout.

Je n’ai pas senti la catastrophe arriver.

J’ai juste eu cette désagréable impression de me rapprocher du sol. Vite. Beaucoup trop vite.

Pendant quelques secondes, les conversations autour de moi ont cessé, j’ai relevé les yeux, et vu leur regards goguenards. Certains rires ont commencé à fuser, ainsi que quelques applaudissements.

Flash Back : je suis en seconde, mon plateau de cantine vient de m’échapper des mains, et toute la salle se met à applaudir. Je deviens rouge écarlate et j’ai l’impression que tout le monde se moque pendant que je ramasse les débris de mon repas.

Aujourd’hui, je suis une adulte, j’adopte une attitude plus digne. Hum.

J’accepte la main secourable d’un gamin de troisième pour me relever, je souris aux autres et me permets même (un moment d’égarement) une petite révérence. La plupart sourient (d’autres me trouvent juste pathétique) (mais je m’en fous) (ou presque) et je rejoins le collège … lentement en boitant.

Depuis, je fais bien attention de ne pas trop me précipiter en arrivant parmi eux.

Je garde la tête haute, je regarde où je marche et j’essaie d’ignorer les remarques :

« Attention Madame, ça glisse ! »

Sales jeunes 😉

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14 thoughts on “Bad Teacher #5 ~ Les profs de maths se ramassent à la pelle.

  1. L’année dernière je me suis étalée sur un sol lisse et humide (enfin me chaussures étaient humides) juste devant le rang de mes élèves. Les « petits » c’est tout de même mieux car j’attendais des moqueries, mais même pas. Une moitié s’en fichait et l’autre a eu peur pour moi, j’ai du les rassurer…
    Ce matin j’ouvre la porte d’entrée après la récré et je me la cogne dans le visage, mais je continue d’avancer comme si de rien n’était. Mais j’entends une voix « Maitresse, tu n’as pas trop mal, tu t’es cognée dans la porte quand même! ». Ils sont mignons. Et moi vraiment pas douée.
    Dire qu’ils deviendront des collégiens.

  2. Le genre d’accident où tu peux te faire très mal. Comme Mathilde, j’ai des « petits » cette année. Ils te disent que tu es belle, juste parce que tu as fait un petit effort pour la photo de classe, et viennent (presque) tous te dire bonjour le matin avec le sourire quand ils arrivent !

    1. Ah, j’ai encore quelques compliments (rarement) et ils viennent uniquement des filles : « J’aime bien votre jupe / coupe de cheveux / pull » L’année dernière, je m’étais maquillée un peu plus que d’ordinaire, et j’ai eu des réactions enthousiastes de mes cinquièmes (filles toujours 😉 ).
      Le bonjour et le sourire avant d’entrer dans la classe, les ados font encore 😉 mais dans les couloirs et à l’extérieur, c’est juste pas possible !

  3. Mais, tu es moi?
    Je compatis, je me pose le même genre de questions débiles … et je suis tout à fait apte à ce genre de chutes ridicules . Je suis celle qui, croyant sortit un paquet de mouchoirs à la cantine avait sorti une serviette H. J’en rougis encore de honte. J’étais au collège.

    1. Oserais-je l’avouer ? Oui … en commentaire, ce ne sera peut-être pas trop lu. Il m’est arrivé la même mésaventure que toi, sauf que je voulais donner un mouchoir à une de mes élèves de 6ème. J’avais complètement oublié cette anecdote, enfin je pense que mon cerveau l’avait refoulé loin, très loin, au pays des grosses-hontes-qui-tuent.

    1. Arrête, d’ailleurs je pense que je n’avais confié cette méga-boulette à personne, pas même à mon chéri, tellement cela me faisait honte 😉
      Sinon, oui, en cherchant bien je dois avoir d’autres anecdotes de boulet-attitude. Facile !

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