Le jour de la rentrée scolaire, passait sur Arte un documentaire intitulé « L’urgence de ralentir ». Ralentir notamment la course aux profits immédiats, ce modèle de croissance qui épuise les ressources naturelles limitées de la planète. Dans ce reportage, nous suivons des citoyens qui décident de vivre à contre courant. Paf-le-paf en parle beaucoup mieux que moi dans cet article.

Il est certain que si nous désirons nous-même ralentir, ne serait-ce que dans notre quotidien, il suffirait de se calquer sur le rythme de nos Mômes, qui ont cette faculté de pouvoir vivre à contre-temps. Jamais pressés, il pourraient nous donner une belle leçon de vie, si cela nous agaçait pas autant …


 *** GENERIQUE ***

 


 

Je suis tout le temps pressée. En fait, dire que « j’ai toujours 1000 choses à faire » serait plus juste. Pour pouvoir tout réaliser, je me lève (en semaine) à 5h30. Oui, tu as bien lu. Tu penses que je suis dingue ? Tu n’as pas tort. En même temps, si je ne me levais pas à cette heure-là, tu ne pourrais pas lire cet article. A l’heure où je t’écris, il est 6h21. Le seul point de lumière de la maison est mon écran d’ordinateur, et une mouche vient d’y élire domicile. C’est super pénible d’ailleurs …

A partir de 7 heures du matin, je deviens mère jusqu’à 08h30, puis prof jusque 16h30 ; le reste de l’après midi se partage entre les cris de mes enfants, des copies à corriger et facebook. La soirée débute à 20h00 quand nous couchons les Mômes, et là je me consacre à LdmJ (comprendre : on regarde une série, en mangeant notre repas du soir sur le canapé) (Hey, what did you expect ?)

Inutile de te dire que mon timing est serré et que je n’ai pas vraiment le temps de prendre 5 minutes pour me poser et révasser. Dans ma tête, il y a constamment une liste de choses à faire, que j’essaie de barrer mentalement au fur et à mesure de la journée. Vers 23h je tente de lire deux ou trois pages d’un livre puis je m’écroule.

A de nombreux moments de la journée, je houspille les Mômes pour qu’ils se dépêchent. J’aimerais qu’ils se mettent au diapason du tempo que JE m’impose, mais heureusement pour eux, ils savent me faire ralentir (à mon corps hurlant défendant).

En y pensant à tête reposée, je sais bien qu’il faudrait que je sois plus à l’écoute de leurs besoins. Mais dans la réalité, je préfère râler et les brusquer. J’ai lu, il y a quelques mois, un article très intéressant sur l’importance de les laisser vivre à leur rythme d’enfant et je viens de passer perdre un quart d’heure sur le net à rechercher cet article … en vain. En tout cas, il m’a fait beaucoup réfléchir et j’ai essayé d’appliquer deux ou trois conseils mais, malheureusement et de manière assez prévisible, mes vieilles habitudes sont revenues …

Je vais donner deux exemples, où leur rythme « coolos » peut me rendre timbrée légèrement m’agacer …

Le matin, avant l’école.

Le timing pour conduire les enfants à l’école est très serré. A 8h15, l’école maternelle ouvre ses portes, et à 8h30 l’école élémentaire ferme les siennes. Maintenant tu rajoutes à ces données qu’il y a 200 mètres de marche entre les deux (en montée). Tu comprendras que je suis OBLIGEE de les presser le matin. Si nous partons à 8h10, nous sommes laaaaaaaaaarge. A 8h15, nous sommes en retard. Non, je n’exagère pas.

Et nous n’arrivons JAMAIS à partir à 8h10 …

Lundi matin ordinaire. 7h20

Fils Cadet ronfle comme un bienheureux, alors qu’il s’est réveillé respectivement à 6h13 et 6h27, samedi et dimanche   -_-  . Et c’est ainsi CHAQUE lundi.

Je vais le réveiller, il râle.     oÔ

On dirait sa mère le samedi matin. Il se cache sous la couette tel l’ado qu’il sera bientôt.

7h25 : J’abdique, je préfère essayer une autre technique pour le réveiller. La méthode dite « du chat » : je retourne à la cuisine et j’ouvre le pot de confiture et, dans les cinq secondes, il rapplique  (mais reste super grognon)

« Z’AI FAIM ! »

7h40 : Les Mômes ont terminé leur petit-déjeuner. Je me plains, je me plains mais ce sont des mangeurs express … heureusement d’ailleurs. Pas besoin de m’énerver pour qu’ils terminent leurs tartines.

7h50 : Ils sont plus ou moins habillés. Le petit a mis son pull ET son pantalon à l’envers et le grand se débat avec ses chaussettes, mais ça va, on est presque dans les temps. J’ai réussi à me maquiller  (deux traits de mascara, et de l’anti-cernes) et à leur expédier une brosse à dents dans la bouche.

7h55 : Fils Cadet veut écouter un livre-disque de Disney qui dure 20 minutes. Je lui explique que cela va être chaud niveau timing et je suggère un autre disque : une histoire racontée par Marlène Jobert qui dure moins d’un quart d’heure. Il refuse et se met à pleurer. Fils Aîné lui crie qu’il doit arrêter de crier. C’est complètement inefficace (étonnant, non ?) : Fils Cadet crie encore plus fort. Du coup, je crie sur tout le monde … pour rester dans le ton.

8h00 : Finalement il accepte le disque que je suggérais, sauf que MAINTENANT il est trop tard pour celui-ci aussi. Il se remet à pleurer. Fils Aîné commence à bricoler sur sa maquette de ville qui trône sur un de nos canapés au salon. Je lui signale qu’il reste 10 minutes avant le départ.

8h05 : Je mets les chaussures au Cadet pendant qu’il se calme en écoutant le générique de « Jayce et les Conquérants de la Lumière » (3 minutes) (yes), quand Fils Aîné fait tomber tout un pan de sa ville par terre. Il se met à pleurer.

8h08 : Je convie tout le monde dans l’entrée (comprendre : je hurle qu’il reste 2 minutes avant le départ et qu’ils doivent s’habiller). Personne ne vient. Fils Aîné veut absolument terminer de réparer les dégâts qu’il a créé 2 minutes auparavant sur sa maquette. Je le menace d’oublier son goûter s’il ne ramène pas sa fraise IMMEDIATEMENT. Il arrive dans la seconde. Fils Cadet quand à lui, s’est enroulé dans le rideau devant la porte d’entrée et rigole comme un bossu. Impossible de lui mettre son manteau, il n’a plus de bras.

8h11 : Par je ne sais quel miracle, nous sommes tous dehors. C’est sans doute dû à ce mois de Septembre particulièrement doux, qui nous évite d’avoir à chercher gant(s) ou autre bonnet (il faudrait rajouter 5 minutes à notre timing cet hiver). Pour ma part, je suis en nage et j’ai l’impression d’avoir couru un marathon. J’aurais pu me passer du manteau mais bon, je ne vais pas rouvrir la porte maintenant qu’elle est vérouillée …

« Maman !!! J’ai oublié mon livre pour l’école !!! »

Ah ben si je vais rouvrir la porte      -_-

8h13 : Fils Cadet revient avec son bouquin, mais se mange un sac dans l’entrée en voulant se dépêcher (il est possible que je lui hurlais dessus pour l’exhorter à accélérer le mouvement).

8h16 : A mi-chemin de l’école, je prends conscience que Fils Aîné n’a pris que son sac de goûter et pas son sac d’école. L’essentiel quoi  -_- … Je me souviens brutalement du sac sur lequel Fils Cadet s’est vautré quelques minutes plus tôt. J’aurais pu réaliser à ce moment là qu’il s’agissait d’un sac de classe, mais mes neurones se connectent décidément mal le matin (quasiment 3 heures après mon réveil, ceci-dit).

Nous devons donc rebrousser chemin pour le rechercher. Impossible de retourner à la maison en laissant le petit sous la surveillance de son frère au milieu de la rue. Il est encore trop spontané, je retourne à la maison en courant et en traînant un Fils Cadet pleurnichant. Fils Aîné, manifestement peu intéressé par cette agitation (qu’il a engendré) nous attend tranquillou bilou. Vivement qu’il sache ouvrir et fermer la porte d’entrée correctement, que je lui laisse réparer ses bêtises.

8h22 : Nous arrivons suants devant la salle de classe de Fils Cadet. Je le déshabille et lui mets les chaussons, l’ATSEM me suggère de le laisser faire seul. Haha. Oui, il peut le faire seul, mais dans ce cas je l’abandonne dans le couloir, hein ^^. La maîtresse veut me parler d’une prise de rendez vous avec le médecin scolaire, je lâche à regret ma seule demi-journée de libre (le vendredi matin) de toute façon je n’ai pas le temps de réfléchir à une autre possibilité… Je catapulte Fils Cadet à son instit. Je m’apprête à repartir mais Fils Aîné veut rester pour voir si son frère trouve son étiquette de prénom seul. Là, j’ai juste envie de bouffer le montant de la porte de la la salle de classe. Fils Cadet prend son temps pour choisir …  l’étiquette de Mohamed (cela commence pareil hein …). Fils Aîné se moque (c’était donc pour pouvoir se moquer qu’il a voulu attendre). Une longue minute plus tard, Fils Cadet trouve la sienne (j’ai envie de hurler ma joie) (rarement une mère n’aura été aussi enthousiaste pour la découverte d’une étiquette de prénom) et nous lui envoyons un bisou de loin.

8h26 :  Nous sortons de l’école maternelle. Il reste 4 minutes pour rejoindre l’école de Fils Aîné. Ce dernier réalise ENFIN que cela va être juste. Il se met à courir. Je le suis comme je peux (200 mètres de course rapide en montée, j’aime bien … de bon matin) (poke LdmJ). Nous arrivons à la grille au moment de la sonnerie, mes poumons sont en feu. Fils Aîné ne se retourne même pas pour voir si je l’ai bien suivi. Il aurait pu me perdre, et ils s’en fout .. Quelle ingratitude … Bon ben … « Bonne journéee, hein ! »

En descendant – à pieds – au collège, je ne peux m’empêcher de me faire des reproches d’avoir autant crié, je pense que je ferai mieux le lendemain. Mais en fait, non.


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La balade en forêt

Voilà un endroit qui semble parfait pour se calquer sur le rythme de son enfant. Le laisser aller à son tempo et simplement l’accompagner.

Dans la réalité, cela ne se passe pas tout à fait ainsi. Quand je me balade en forêt, j’ai aussi envie de passer un bon moment. Pour en profiter, il est donc nécessaire que je marche plus de 500 mètres et à un rythme qui n’est pas celui d’un escargot neurasthénique. Fils Cadet est très lent en forêt, très, trèèèèèèèèèèès lent. Autant son frère est dynamique, autant lui est nonchalant.

Quand j’accompagne Fils Cadet, j’essaie de ne pas trop le brusquer, j’essaie vraiment. Mais quand après 10 minutes de « marche », nous avons parcouru seulement 100 mètres et que la première partie de notre famille est hors de vue depuis 5 minutes, j’ai tendance à m’agacer LÉGÈREMENT.

Si je comparais notre balade en forêt avec un voyage en train, voilà ce que cela pourrait donner :

Départ. Le train se coupe quasiment immédiatement en deux parties : le premier wagon (LdmJ et Fils Aîné) prend une avance considérable dès le premier virage tandis que le deuxième wagon effectue un trajet semé d’embûches ponctué de plusieurs arrêts nécessaires mais pas obligatoires :

Arrêt « Recherche de bâton » (5 minutes)007

 

Attention, plusieurs types de bâtons peuvent être recherchés :

  • Le bâton « de randonneur », pour soi-disant l’aider à marcher. Il se révélera plutôt un handicap, vu qu’il est toujours trop grand et qu’il le fait trébucher. Accessoirement, il se retrouve régulièrement dans MES jambes aussi.
  • Le bâton « baguette magique », plus petit et qui a la particularité de me transformer en une limace ou un éléphant (jamais en princesse, tu noteras) dès que Fils Cadet l’utilise sur moi. « Ze te transforme en … sorcière ». Ce bâton permet donc un petit jeu marrant, mais un peu lassant tout de même au bout d’une minute douze ,  car devoir imiter un nouvel animal tous les deux mètres ne nous aide pas à rejoindre les plus grands.
  • Le bâton « pistolet », qui nous fait découvrir un autre jeu très sain : Fils Cadet me dit « Haut les Mains », je m’exécute, puis il me tire dessus « Pan » (il n’a pas compris le concept qu’on ne tire pas que quelqu’un de désarmé et qui a ses mains en l’air). Je dois ensuite jouer la morte en tirant la langue et tout et tout. Après 5 simulations mortelles, ce jeu devient très rébarbatif.

Arrêt « flaque d’eau » (15 minutes …  si je laisse faire).

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Je veux bien rester là à l’attendre, mais le regarder jouer avec son bâton dans la flaque d’eau maronnasse est un peu au-dessus de mes forces. Je le houspille assez vite pour le sortir de là (en le menaçant de lui tenir la main, par exemple). Il chigne mais me suit en traînant des pieds. Jusqu’à la prochaine flaque (note à moi-même : éviter de faire des balades en forêt les quelques jours qui suivent un épisode pluvieux) (mais comme ici, il pleut souvent … note à moi-même : éviter de faire des balades en forêt).

Arrêt « Insecte à observer » (10 minutes).

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De la minuscule fourmi au gros scarabée, n’importe quelle bestiole fera l’affaire pourvu qu’elle lui permette de faire une pause. Pour ma part, mes jambes me démangent, j’aimerais juste … quoi déjà ? … Ah oui : MARCHER !

Arrêt « Pipi » (Hey, what did you expect ?)

Arrêt « Découverte de trésors » (5 minutes).

Cailloux, glands, noisettes, feuilles, cocottes de pins … « Tout » devient un trésor dans ses yeux et « tout » atterrit dans mon sac à main. Etant donné que mon sac devient plus lourd au fur et à mesure de notre progression, je perds sans doute 10 calories ainsi (il ne faut pas que j’espère perdre des calories en marchant de toute façon).

 

Enfin, au détour d’un virage, nous apercevons Ldmj et Fils Aîné qui nous attendent (sans doute depuis un quart d’heure, vu la bouille réjouie de l’Aîné …). Evidemment, c’est ce moment que choisit mon petit  pour refuser d’avancer : « Ils sont trop loin !!! ». C’est vrai qu’étant donnée la taille de ses jambes, 50 mètres pour lui doivent correspondre à (calcul savant dans ma tête) (#FunWithMaths) … 100 mètres pour nous.

Bref, une distance énorme   😐

Pour le faire bouger, je ramasse le bâton qu’il a posé à terre. Et je pars avec pour rejoindre l’autre partie de la famille. Fils Cadet se lève d’un bond et essaie de rattraper le bâton que je tiens devant lui à une distance raisonnable. A ma grande surprise cela fonctionne à merveille, il avance en râlant, bras tendus en espérant récupérer son bout de bois … LdmJ et moi échangeons un regard complice : il est si rigolo à froncer les sourcils ainsi, tendu vers son objectif. Je lui rend son bien et il sourit de façon lumineuse. Pour Fils Cadet, l’expression : « la carotte et le bâton » fonctionne à l’envers : le bâton le fait avancer là où la carotte le ralentirait (il s’arrêterait pour croquer dedans).

Pour la deuxième partie de la balade, nous inversons les rôles : je pars dans le peloton de tête, tandis que LdmJ reste à l’arrière, pour profiter de Fils Cadet. ^^

Là encore, dans mon débriefing post-balade personnel (oui je me fais des débriefings de tout et n’importe quoi) je me dis que j’aurais pu éviter de m’énerver à chaque arrêt forcé et moins le brusquer. Mais difficile quand on mène une vie aussi speed que la nôtre de lâcher prise et de savoir juste profiter de l’instant. S’accorder cinq minutes pour observer un papillon est difficile pour moi, alors que finalement, il n’y a rien de plus naturel.

Comme je le disais en introduction de cet épisode, nous vivons dans une société où nous ne supportons plus d’attendre, nous voulons tout, tout de suite. Le geek veut avoir le dernier i-pomme le jour de sa sortie (huhu) (quelle connerie ce truc). La blogueuse veut que sa page fan facebook atteigne 1000 likes en trois jours, le parent voudrait que son fils sache lire au CP avant la Toussaint … Note bien que je m’inclus dans ces constatations, hein.

Les enfants eux savent perdre prendre leur temps, notamment le temps d’apprendre à aimer la vie.

Essayons de profiter de leur exemple. Essayons de profiter d’eux.

Enfin sauf le matin. Le matin, c’est juste pas possible …

Au fait, j’ai retrouvé l’article dont je parlais au début de l’épisode, certains parmi vous l’ont peut-être déjà lu et si ce n’est pas le cas, je vous le conseille fortement : Le jour où j’ai cessé de dire « Dépêche-toi »

A méditer.


 

*** GENERIQUE de FIN ***

Slow down …

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