Tu peux être professeur, avoir régulièrement  une (grosse) vingtaine d’adolescents face à toi … et parfois te sentir seule … très seule.

Durant son année de stage, la tutrice de LdmJ (qui fut également la mienne l’année suivante), prof de maths depuis près de quarante ans, avait coutume de lui dire :

« Ne parle pas trop : plus tu parles, plus tu dis des conneries. »

Il faut bien se l’avouer : elle avait totalement raison. J’évite de rentrer dans de longs monologues explicatifs devant mes élèves, je préfère le faire par petites touches. En effet, si je me lance dans une longue phrase compliquée, il n’est pas rare qu’à la moitié de mon explication je n’arrive plus à trouver les mots pour la terminer correctement … Attention, je sais ce qu’il faut dire hein, mais quand j’ai commencé ma phrase par « bien que » et qu’en fait il n’y avait aucune négation à apporter, je me retrouve à cours de mots.

Dans ce cas, j’adopte la technique dite « de Joey » :

 

Je marque une pause, fais semblant de réfléchir puis rajoute : « Enfin voilà ». La plupart de mes élèves ne font pas trop attention (ce qui prouve leur attention soutenue à mes propos), et pour ceux dont le regard semble surpris, je reprends mes explications au début en faisant attention de bien choisir mes tournures de phrases pour arriver à la conclusion voulue.

Parfois aussi je fais des fautes au tableau, d’orthographe ou PIRE de mathématiques.

Oui, cela peut sembler fou, mais il semblerait que je sois un être humain qui parfois se trompe (dans le même genre : oui, les profs de maths vont aussi aux toilettes) (dédicace à l’élève qui est resté bloqué dans le rayon hygiène du Carrouf et m’a regardé la bouche ouverte, parce que j’hésitais entre deux paquets de PQ).

Je digresse … Il m’arrive donc (rarement) d’écrire des conneries. Heureusement, en général il y a au moins 2 ou 3 élèves qui s’en rendent compte et m’en font la remarque.

Dans ce cas, j’adopte la stratégie de la vieille excuse bidon que tous mes profs du secondaire employaient … J’affirme en plaisantant :

– C’est pour voir si vous suiviez.

Comme j’ai, dans la grande majorité, des élèves gentils, ils se contentent de sourire poliment devant mon manque d’imagination.

Bien sur, il y a aussi les élèves qui veulent absolument voir des fautes là où il n’y en a pas. Par exemple, dans la propriété de 4ème suivante :

« Si, dans un triangle, une droite passe par le milieu d’un côté ET EST parallèle à un deuxième côté, alors elle passe par le milieu du troisième côté ».

CHAQUE ANNÉE, j’ai au moins un élève qui me dit que j’ai écrit deux fois le mot « ET » dans ma phrase. Et force est de constater que même après ré-explication, certains ne comprennent pas la différence entre les mots ET et EST …


Pour terminer, je vais raconter deux moments où je me suis retrouvée bien stupide devant les gamins.

Le premier est arrivé en fin d’année dernière, tu l’as peut-être lu sur ma page facebook d’ailleurs.

J’écris au tableau, dos à la classe, quand j’entends un bruit sourd à côté de moi. Je me retourne et vois un stylo par terre … Il n’est pas rare que des trucs volent dans une salle de classe (ouais, c’est dingue), mais là visiblement j’étais personnellement visée. Mon sang ne fait qu’un tour (expression 70’s de ma maman), je me mets à aboyer sur mes élèves :

– QUI A LANCÉ CE STYLO ??? QU’IL SE DÉNONCE IMMÉDIATEMENT !

Les gamins se regardent …  interloqués. A ma grande surprise, une élève choupi du premier rang (genre Léonie Gratin) lève timidement le doigt.

– Madame, il vient de tomber de votre bureau.

Tous les regards se braquent sur l’objet du délit.

Ah oui, tiens …  C’est mon stylo rouge …

Devant l’air goguenard de la classe, ce ne fut pas trop évident d’enchaîner.


Et puis il y a eu ce jour …  dont je me souviendrai toute ma vie je pense.

Un élève de 6ème se met brusquement les deux mains devant sa bouche. Il a l’air un peu paniqué et veut me parler mais  je n’entends que des grognements incompréhensibles. Pensant qu’il s’agit, soit d’un petite hémorragie nasale, soit d’un peu de « mouchou » à éponger, je lui tends gentiment un mouchoir en papier. Il le contemple interloqué, je l’encourage du regard à s’en saisir, et là,  à ma grande surprise, il ouvre ses mains et pose un truc dans le mouchoir.

Je regarde ce qu’il a déposé au creux de ma main et là je découvre … une dent (de lait).

J’ai réagi avec beaucoup de classe  devant cette situation ubuesque …

J’ai jeté le mouchoir en l’air et hurlé mon dégoût :

scared animated GIF

Je ne te raconte pas l’état de la classe après mon cri digne d’une (mauvaise) actrice de Scream.   -_-

J’ai eu un peu honte quand même et j’ai même aidé mon élève à rechercher sa dent perdue dans mon lancer de mouchoir … pour qu’il puisse la glisser sous son oreiller le soir même (soooo 6ème).

 

En tout cas, si un jour, je souhaite changer de métier, je ne pourrai jamais me reconvertir en fée des dents 😉

 (nan, mais beurk quoi !)

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