Fils Cadet est dans la phase des « Pourquoi ? ».
Fils Aîné également mais ses questions sont plus élaborées, du genre : « Comment ça marche ? ».
La plupart de leur questions sont innocentes, parfois un peu étranges et puis de temps en temps, sans prévenir, ils balancent un scud : LA question embarrassante, touchante, ou flippante. Celle pour laquelle, il te faut prendre quelques minutes de réflexion.

J’ai écrit dans mon petit carnet rose (oui, je suis bien une fille) les questions ou réflexions qui nous interpellées cette année. Cet article est donc certainement le premier d’une série documentaire 😉 .

 

*** GENERIQUE ***

Phoebe est le dame qui dit la vérité aux enfants:

***

Dans l’imaginaire collectif, LA question délicate pour les parents est la fameuse :

– Comment on fait les bébés ?

Ce n’est vraiment pas une question qui me fait peur, je compte y répondre normalement (pas comme les Nuls dans cet extrait) et j’ai déjà mes phrases toute prête en tête. Par contre je ne vous délivrerai rien aujourd’hui, car ils ne me l’ont pas encore posée. Ceci dit, c’est typiquement le genre d’interrogation qui se prépare des années à l’avance, en répondant à d’autres questions toutes aussi importantes.

 

[Avant-propos : à la maison, un pénis est appelé « pénis ». Je n’ai jamais réussi à utiliser le mot « zizi » avec mes enfants (je trouve ce terme ridicule) et on m’a fait comprendre que zgeg ou teub étaient vulgaires.]

 

Les questions sur le genre masculin/féminin :

Quand tu as au moins un garçon et une fille à la maison et qu’ils prennent leur bain ensemble, ils voient assez rapidement les différences physiques qui existent entre les deux sexes. Ayant deux garçons, il a fallu davantage discuter et expliquer.

Fils Cadet fut, toute cette année, en plein questionnement existentiel sur : « Qu’est-ce qu’une fille ? »

En début d’année scolaire (je rappelle qu’il est en petite section), il a mis dans la case « Fille » tout enfant portant les cheveux longs … Il faut savoir que les enfants de 3 ans (et le mien particulièrement) (vraiment) sont des clichés ambulants. Cette catégorisation des filles lui a donc valu quelques ratés, un peu gênant pour nous ses parents : « Maiiiiis nooon, tu vois bien que c’est un garçon ». Ben non, justement il ne voyait pas. Pas facile à cet âge de détecter les différences extérieures entre les deux sexes. Si les filles portaient des nattes ou des trucs choupis dans les cheveux, c’était donc plus facile (personnellement, j’ai longtemps porté les cheveux courts et même des adultes abrutis me prenaient pour un garçon).

Puis il a pris conscience qu’il existait d’autres différences physiques. En vérité nous leur répétons depuis tout petit qu’ils ont un pénis parce que ce sont des garçons et que, pour les filles, c’est différent. J’ai bien fait attention d’employer des phrases affirmatives.

Et justement pas de phrases négatives, comme « les filles n’ont pas de pénis » ou alors  de manière tempérée : « les filles n’ont pas de pénis, mais elles ont autre chose à la place » (sans trop rentrer dans les détails).

Je pensais avoir tout fait comme il faut. Et puis un jour, alors que nous étions à la piscine sous les douches collectives, il est venu se placer devant moi a regardé mon maillot de bain puis a hurlé :

-MAMAN TOI T’AS PAS DE PENIS !

Les autres nanas présentes étaient hilares et, devant ce public, je ne me voyais pas répondre : « Non, je n’ai pas de pénis mais j’ai une vulve »

Et puis honnêtement le mot « vulve » est très vilain (mais il parait que parler de « la femelle du chat », c’est très vulgaire) (même en verlan abrégé).  Bref j’ai juste dit : « chuuuut » Il s’est alors retourné vers toutes les filles présentes et a dit :

-Elles non plus, elles n’ont pas de pénis.

Tout le monde se marrait sauf moi :  je faisais mon sourire forcé (celui avec mes dents qui grincent) (mon côté coincé sans doute). Depuis ce jour, Fils Cadet est resté sur :

« Les filles n’ont pas de pénis ». 

Cela m’a d’ailleurs valu une honte mémorable à base de pénis manquant chez le médecin il y a quinze jours. Je l’ai évoqué  Ici et  (clique  😉 si tu ne vois pas de quoi je parle). Effectivement, il faut aussi faire attention au genre de certains mots. Pour Fils Cadet : un Docteur (mot de genre masculin) est forcément un homme …  Pour notre pédiatre, c’est plus facile, puisque nous avons toujours dit : LA pédiatre.

 

 Les questions liées à son propre sexe :

Fils Aîné est passé peut-être dans un trou spatio-temporel, mais je ne l’ai jamais entendu prononcé de questions sur son pénis. Lui et ce dernier vivent manifestement en harmonie paisible sans interrogation existentielle.

Fils Cadet, pour sa part, dès ses deux ans, a tenu à nous informer de tout changement quotidien dans l’aspect de son zob ; il en a aussi parlé à ses puéricultrices à la crèche qui trouvaient cela hilarant quand il leur argumentait : « Ze peux pas faire pipi, parce que mon pénis est tout dur ».

Evidemment,  il m’a demandé pourquoi cela lui arrivait : je l’ai envoyé voir son père. Aucune idée de ce que ce dernier lui a raconté, mais il ne m’a plus jamais posé la question.

Par contre, il continue de nous en parler régulièrement. D’ailleurs, hier soir, après son bain :

– Fils Cadet, va mettre un slip !!!

– Oh non, je préfère rester en pénis …

-_- 

Les questions sur l’amour :

Les Mômes sont très pudiques sur la question de l’amour (contrairement au sujet précédent). D’après ce que je sais, Fils Aîné n’a jamais eu d’amoureuse.

Des petites filles viennent pourtant régulièrement me confier des mots doux :

– Fils Aîné, il est trop beau.

Ou encore :

– Tu sais, Fils Aîné il travaille trop bien.

Pendant ce temps, Fils Aîné se renfrogne et ne supporte pas que j’aborde cette conversation. NON, il n’a pas d’amoureuse. De toute façon les filles c’est nul : d’ailleurs sa voisine de table, elle l’empêche de bien travailler parce qu’elle dessine des cœurs sur son ardoise. Et puis à la récréation, les filles elle squattent tous les bancs pour jouer à la maman : les garçons ne peuvent pas s’asseoir. Trop dur sa vie, quoi.

Il a horreur de voir des amoureux dans un dessin animé, il se met à grogner ou se cache. Et quand je suis là, il me fait un sourire ultra gêné. C’est assez étonnant car nous n’abordons jamais lourdement ce sujet avec lui. Nous attendons qu’il pose des questions. Nous attendons encore d’ailleurs.

Cette année tout de même, il en a posé une, un peu décalée. Un de ses copains lui a dit qu’il avait vu deux hommes s’embrasser. Il m’a demandé le soir même :

– Mais c’est pas possible deux hommes qui s’embrassent ? Mon copain m’a raconté une blague.

– C’est possible. Quand deux hommes sont amoureux, ils peuvent s’embrasser. (Oui, je simplifie)

Il secoue la tête visiblement pas convaincu.

– Mais non, ce n’est pas possible. Deux hommes ne peuvent pas être amoureux.

– Et bien si, cela arrive. Et même deux hommes peuvent se marier. C’est moins fréquent, mais c’est possible.

– Non, ce n’est pas possible ! Tu me racontes des blagues …

J’avoue avoir laissé tomber. Le jugeant encore trop petit pour comprendre toutes ces subtilités, je n’ai pas cherché à argumenter davantage. Il m’en reparlera en temps voulu.

 

En ce qui concerne Fils Cadet, je lui ai demandé récemment s’il avait une amoureuse. Il a secoué la tête et m’a affirmé :

– OH NON ! Je préfère mes copains !

Cela promet.

 

Les questions sur les femmes enceintes :

Quand Fils Cadet a su que les femmes avaient parfois des bébés dans le ventre, il en a éprouvé une vive inquiétude. Nous avions fait une erreur de débutant : celle de ne pas lui avoir suffisamment expliqué. Il s’est donc fait des films.

Après un bon repas, il a relevé son tee-shirt puis s’est approché de moi paniqué en montrant son gros bidon  :

-Maman, REGARDE ! Ze crois que z’ai un bébé dans le ventre !!!

Depuis que nous lui avons expliqué que seules les mamans étaient concernées par ce phénomène, il est un peu plus rassuré (les filles deviennent des mamans et les garçons des papas) (simplification et clichés) (toujours) (on rentrera dans les détails plus tard) (si, si).

Mais maintenant, il surveille MON bidon. Dès que la couture de mes tee-shirts est un peu tendue, j’ai droit à des réflexions très agréables :

-Tu n’as pas de bébé dans le ventre, hein ?

(Je crois qu’il n’y tient pas particulièrement).

Fils Aîné n’y tient pas non plus :

– Cela pourrait être une fille, et ce serait embêtant.

LdmJ non plus :

– Cela pourrait être un troisième garçon … et ce serait embêtant.

Bref …

 

Les questions sur la viande.

Mes deux garçons, aiment bien  la viande en général (surtout s’il s’agit de saucisses). Mais ils n’en mangent qu’en quantité très limitée au repas de midi. Longtemps, ce plat a été divisé en deux catégories : le poulet et la viande.

Fils Aîné a compris de lui même que la viande était en fait des animaux morts …  en lisant les étiquettes du boucher. Oui, nous aurions pu lui en parler plus tôt, mais bon, je retardais le moment. Je crois que le fait de manger du cochon ou de la vache ne lui a pas posé de problèmes particuliers.

Puis est venu le cas du lapin … (Nous n’en mangeons jamais en plus).

– Maman, est-ce qu’on mange des lapins méchants ou des lapins gentils ?

– Bah, nous mangeons tout type de lapins, les méchants, et les gentils, les crétins.

– Je préférerais manger des lapins méchants.

Et Fils Cadet de rajouter :

– Et moi,  je veux pas qu’on mange Doudou Lapin …

( je ne suis pas sur qu’il soit très digeste de toute façon).

 

Les questions sur la mort :

Terminons avec un sujet  plus émouvant.

 

Autant j’attends avec sérénité le « Comment on fait des bébés ? », autant, je suis déstabilisée par toutes les questions en rapport avec la mort. LdmJ également.

Aucune personne de leur entourage proche n’est décédé. Cependant, je pensais que nous aborderions le sujet avec Fils Aîné en évoquant son grand-père maternel parti quelques mois avant sa naissance. J’avais très envie de parler de lui, mais j’attendais que nous ayons eu une discussion sur la mort auparavant.

Cependant, Fils Aîné ne se demandait pas où se trouvait mon papa. Il est peu intéressé par la logistique familiale et a d’ailleurs compris fort tard les relations de parenté qui existaient entre les différentes personnes de son entourage proche. Je crois qu’il n’a réellement percuté que vers 5 ans … Il avait clairement d’autres centres d’intérêt (les lettres … les chiffres …).

Je lui montrais des photos de mon père, je lui disais que c’était Papé, le mari de Mamée et mon papa, mais il contentait de hocher la tête et de passer à un autre sujet. Peut-être avait-il compris et ne voulait pas en parler ? Difficile à dire. En attendant, cela me frustrait beaucoup mais je souhaitais vraiment que ces questions viennent de lui.

Et puis finalement, l’été dernier … c’est Fils Cadet, du haut de ses deux ans et demi, qui nous a soufflé. Nous étions à un repas de famille chez ma mère. Lui était très intéressé par les liens de parenté (mais se contrefichait des lettres et des chiffres). Il savait bien que Mamée était ma maman et Tata ma soeur.

Ce jour-là, il s’est planté devant ma mère et lui a dit :

– Tu sais : ma maman, elle n’a pas de papa.

Ou comment un enfant de presque trois ans réussit à faire pleurer sa maman, sa tante et sa Mamée.  Quand il nous a vu nos yeux déborder, il a pleuré à son tour ; je l’ai pris contre moi et je crois que ce fut l’un des moment les plus émouvants de ma vie. Donc, aussi étonnant que cela puisse paraître, j’ai commencé à parler de mon papa à Fils Cadet avant de l’évoquer avec Fils Aîné. Ce dernier était là, il a écouté notre conversation avec son air très réfléchi, mais n’a posé de questions supplémentaires.

Ce n’est que quelques mois plus tard, que tout s’est enchaîné.

En Novembre, Fils Aîné était très difficile à la maison. Il a toujours été sujet à de grosses colères, mais particulièrement en ce début d’année scolaire. Quand son frère l’énerve ou qu’il n’arrive pas à faire quelque chose, il peut monter très vite en pression (cela redescend tout aussi rapidement mais c’est très intense) (et très pénible). Il était donc énervé depuis plusieurs semaines. Souvent ses colères débutaient pour rien (parce qu’il n’arrivait pas à écrire un put… de « w » en attaché, par exemple).

Avec l’école, ils sont allés voir au cinéma  : « Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill » l’histoire d’un petit garçon de 6 ans, Jean, dont la maman est « souvent en voyage ». Il reçoit des cartes postales dans lesquelles elle raconte sa vie aventureuse. Le petit Jean entame alors une enquête : où peut bien se trouver cette maman qui lui manque tant ? Que lui cache-ton ? Qui écrit les cartes postales qu’il reçoit des 4 coins du monde ? C’est un film mélancolique – mais d’après la critique de Télérama – jamais mélo. Il aborde évidemment le sujet de la mort d’un proche.

Ce soir-là, je suis moi-même allée au cinéma voir un film avec Louis Garrel (rien à voir) (^^) LdmJ était donc seul à la maison.

Vers 20h30 Fils Aîné a déboulé en pleurs dans le salon :

« Papa, je serai triste quand ma MAMAN elle va MOURIR, parce que je l’aime beaucoup ma maman. »

Sans prévenir donc.

LdmJ se demandait dans quelle circonstance il aborderait ce thème et quelle serait sa réaction. Finalement, il est resté assez évasif en lui expliquant la vieillesse et le corps qui fonctionne moins bien (comme un appareil ménager) (LdmJ style).

Durant les semaines qui ont suivi, il nous a posé beaucoup de questions. J’ai pu -enfin- lui parler de mon papa. D’ailleurs j’en ai profité pour lui confier à quelle point ma grossesse avait été difficile et combien sa naissance – à terme – avait su me redonner de la force et le sourire. Depuis à chaque fois qu’il évoque le fait que mon papa est mort, il rajoute que j’ai été très triste mais qu’il a su me consoler en venant au monde et il vient systématiquement me faire un gros câlin. Du coup Fils Cadet affirme que lui aussi était déjà dans mon ventre, son frère acquiesce mais tempère :

– Oui, mais tu étais minuscule.

Je ne suis pas rentrée dans les détails, car seulement la moitié de Fils Cadet se trouvait dans mon ventre : je garde cela pour la prochaine salve de question sur :

-Mais alors : comment on fait les bébés ?

*** GENERIQUE de FIN ***

La petite Giedre se pose aussi beaucoup de questions sans réponse :

 

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