Nos amis nous trouvent trop raisonnables. Comme j’entends régulièrement ce (gentil) reproche, j’ai décidé de me pencher sérieusement sur la question.

J’ai décrypté les paroles de Mickey 3D sur le morceau justement intitulé « Les Gens Raisonnables » (il s’agit du titre joué sur la bande-annonce de cet épisode) et j’en ai fait une analyse comparée avec notre cas.

Enquête :

*** GÉNÉRIQUE***

***

 

 

Les gens raisonnables se lèvent toujours à l’heure,

Ouais : il suffit pour cela de disposer d’un réveil. Je ne vois en quoi c’est si raisonnable de ne pas vouloir être en retard à l’école et au travail. De plus, nous ne nous levons pas à l’heure mais EN AVANCE sur l’heure : 5h30 en semaine. Honnêtement je crains que cet horaire de malade ne soit considéré comme le top de la « rebellitude » dans beaucoup de foyers ! Même moi : si on m’avait dit que je me lèverais à cet horaire il y a 10 ans, j’aurais trouvé cela trop dé-ment, quoi …

Et POURQUOI cet horaire de guedin ?

LdmJ va faire un footing (c’est bon pour le corps) et moi j’écris pour le blog (c’est bon pour l’esprit). A cette heure-là, mes neurones se connectent le mieux. Etant donné que nos Mômes se lèvent très tôt également (vers 7h), c’est vrai, nous sommes rarement en retard le matin (il ne manquerait plus que cela).

 

Ils n’oublient jamais leur cartable, font bien gaffe de rien abîmer.

Nan, bon ok, c’est vrai je n’oublie jamais mon cartable, mais en même temps si je l’oublie, je suis morte : il y a ma vie dans ce cartable. Enfin mes cours (mais bon, c’est presque pareil).

Effectivement, LdmJ n’abîme jamais rien (il a encore sa calculatrice de lycée ) (hinhinhin). Moi par contre, je casse mes équerres comme une collégienne : c’est rebelle ça, non ? (l’histoire ne dira pas que je chouine comme un Môme de 4 ans quand je m’en rends compte).

Fils Aîné, par contre (mon futur Lorenzo Lamas) a déjà oublié son cartable pour aller à l’école. Le rebeeeeeeeeeeelllllllllllle (ouais enfin disons plutôt qu’il est tête en l’air).

Je n’ai moi-même réalisé le problème que lorsque je l’ai vu franchir la grille de son école le dos … nu. Que crois-tu que je fis ? Mon timing du matin est très serré, je devais me rendre à mon travail ! Tant pis pour lui. J’ai tourné le dos à l’école, pris le chemin du boulot … mais … rhaaaaa : c’était trop perturbant. J’ai finalement couru jusqu’à la maison (Phoebe Style) et j’ai ramené le cartable oublié jusque dans la salle de classe (en m’excusant 36 000 fois d’avoir osé rentrer dans l’école, sans y avoir été invité) puis j’ai couru jusqu’à mon travail.

Je suis arrivée un peu transpirante mais à l’heure (quoi ?).

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Ouais voilà. Un peu comme ça.

 

Ils mettent toujours une ou deux pièces de plus dans les horodateurs.

Je proteste.

Premièrement, nous essayons toujours de trouver des places gratuites (c’est plus raisonnable). Pourquoi payer, quand on peut marcher un peu ?

Quand je suis obligée de me garer sur une place payante (genre pour me rendre chez le médecin avec les enfants), je mets peut-être effectivement un peu plus (mais on ne sait jamais combien de temps va durer l’attente  …)

Alors ça énerve les autres qui les traitent souvent de pédés.

Je ne suis pas sure que mettre trop d’argent dans les horodateurs énervent les autres, d’autant plus que je refile parfois mon ticket excédentaire.

En ce qui concerne l’insulte contenue dans la phrase issue de la chanson : mes élèves l’emploient régulièrement entre eux … ou  l’utilisent juste comme interpellation (classe) ; si je l’entends au vol, je ne peux m’empêcher de faire un laïus moralisateur, même si je ne connais pas les élèves en question.

Oh Wait, c’est vrai que je suis énervante …

De part notre métier, nous emmerdons copieusement une centaine d’adolescents chaque année. Nous sommes passés directement de la case « étudiant » à « vieux con », c’est brutal.

Mais nous énervons aussi une autre catégorie de personnes :  LdmJ a longtemps agacé bon nombre d’automobilistes winterfellois. Dans notre ville, nous avons « la côte de la zone » (c’est un pseudo), côte limitée à 30 km/h (pour des raisons à ce jour inexpliquées). C’est une large voie, rien ne justifie vraiment cette limitation, surtout quand tu la descends (quand tu la montes derrière un bus, c’est tout de suite plus facile d’être raisonnable).  Personne ne la respecte, personne (même moi) ! Sauf LdmJ. Et si par hasard, nous suivons un automobiliste tout aussi raisonnable que lui, je ne peux m’empêcher de lui faire remarquer :

– Oh t’as vu :  un copain !

(pour la peine, c’est LdmJ qui est énervé par ma remarque).

Quand Fils Cadet allait à la crèche, celui qui l’emmenait devait prendre la « côte de la zone » pour redescendre au travail, nous avions une collègue qui empruntait le même chemin. Quand elle se retrouvait derrière LdmJ, elle prenait -volontairement- une autre route.  Moi je trouvais plutôt marrant quand elle venait se plaindre à moi quelques heures plus tard :

– Oh je me suis encore retrouvée derrière ton homme ce matin, j’ai failli bouffer mon volant.

Ouais, c’est vrai être raisonnable sur la route, peut agacer les autres. Je tiens à préciser que LdmJ a décidé de se montrer plus rebelle : depuis quelques mois, il emprunte cette voie à 50 km/h. « Parce que bon, quand même c’est un peu n’importe quoi. » ( Si c’est lui qui le dit 😉 )

 

 Les gens raisonnables n’ont pas la belle vie, ils regardent les gens pas raisonnables et bien souvent ils les envient.

Je ne peux pas dire que je n’ai pas la belle vie (et je ne regarde pas « plus belle la vie » non plus).Mais c’est vrai que parfois, j’aimerais qu’un petit vent de folie souffle dans nos têtes. Dire que j’envie les « gens pas raisonnables » est complètement faux aussi. Je dirais plutôt qu’ils m’effraient. Je me contente donc de le regarder avec des yeux ronds en ayant peur pour eux. Pour ma part, je me complais dans ma routine rassurante. Chacun ses choix.

Les gens raisonnables ne font jamais comme bon leur semble

Je dois reconnaître que « raisonnable » correspond fatalement à « complaisant ». Je l’ai déjà évoqué ici, mais je cherche régulièrement à ménager la chèvre, le chou et … la salade (qui pourrait éventuellement mal le prendre) (on ne sait jamais) (dans le doute). J’aime arrondir les angles, faire en sorte que tout le monde se sente bien. Evidemment, en faisant cela, je dépense énormément d’énergie et finalement je n’en retire que peu de bénéfices. Parfois mon propre bien-être passe après celui des autres. Une amie, qui se reconnaîtra, me dirait que c’est mon « côté catho ». Ouais, il y a sans doute un peu de cela 😉

En attendant, à essayer de ménager tout le monde, on finit toujours pas en mécontenter certains donc c’est peu efficace. Quand j’étais jeune prof, je voulais que tous mes élèves m’apprécient (mouhaha) : LA grosse blague ! Evidemment, c’est impossible. Et d’ailleurs il ne faut surtout pas essayer de ménager la susceptibilité des adolescents, elle finit toujours par se retourner contre toi. Donc, le seul endroit où j’ai appris à me comporter de façon directive, c’est dans mon métier. Là, je fais comme bon me semble …(mais attention, il ne faut pas être trop directif non plus, car sinon nos inspecteurs et les parents d’élèves ne sont pas contents … )

 

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-MINUTE SERIEUSE-

Heureusement, il existe de VRAIS rebelles !

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Un « super » rebelle

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Les rebelles d’une galaxie lointaine, très lointaine …

 

***

Ils ne traitent personne de minable, ne s’agacent pas dans leur voiture

Si ! Je m’agace en voiture. Je m’agace même souvent. Parce que les gens-pas-raisonnables en voiture sont dangereux. Pour certains tout leur est dû.

Quand j’emmenais Fils Cadet à la crèche, les places disponibles sur le parking devant la porte étaient en nombre très limité. Mais nous pouvions nous garer dans la rue un peu plus bas (genre à 50 mètres maxi). Comme je suis une personne raisonnable, si les places du parking de la crèche n’étaient plus disponibles, j’allais naturellement me garer plus loin. Mais fatalement, certains se garaient systématiquement sur le trottoir devant la porte d’entrée. Car c’est compliqué de marcher 50 mètres … et surtout très fatigant. Par contre se garer sur un trottoir devant une porte d’où risquent de sortir des petits bouts de 2 ans pas très à l’aise sur les pattes ou des poussettes, c’est très intelligent.

J’ai dû pourrir (mentalement) nombreuses de ces personnes feignasses.

Evidemment, mon côté raisonnable-cruche m’a empêché d’aller leur dire directement. C’est bien dommage.

Une autre anecdote : alors que j’étais en compagnie d’une personne dont l’avis m’importait, elle et une amie se gargarisaient du nombre de points qu’avaient perdus leurs mecs sur leur permis de conduire. C’est simple, ils avaient déjà fait chacun plusieurs stages pour en récupérer (tu peux imaginer alors le nombre d’amendes qu’ils avaient déjà dû récolter). Elles gloussaient en évoquant leurs faits d’armes.

Déjà là, je me sentais déconnectée. J’avais l’impression d’être Rachel quand elle se force à fumer pour pouvoir bavarder avec sa chef et une collègue . En même temps, je n’avais jamais vu LdmJ faire un excès de vitesse. Je me suis donc tue et contentée d’écouter.

Le mec de l’une d’elles avait été arrêté par les flics pour un excès de vitesse et s’était plaint à ces derniers qu’il était le troisième d’une file de voitures qui roulaient toutes à la même vitesse. Il ne voulaient pas sortir ses papiers tant que les deux autres automobilistes n’avaient pas été eux-même pris en chasse et arrêtés. Un comportement de sale gosse quoi.

Genre, cela m’a fait pensé direct au gamin de 14 ans à qui tu as pris le carnet car il bavardait, et qui se plaint que « C’est pas juuuuuste » car il n’était pas le seul à papoter. A 14 ans, c’est vrai : Caliméro ne sait pas encore à quel point la vie peut être injuste et surtout il lui est difficile de reconnaître ses torts. A 50 ans c’est moins pardonnable.

Et puis il fallait le comprendre le pauvre chéri : « LUI qui roule de nombreuses heures toute l’année pour pouvoir travailler, aurait dû avoir des limitations de vitesse différentes du commun des mortels ». Je n’ai rien dit car la répartie ne m’est arrivée que deux heures plus tard (très pratique), mais j’aurais pu agrémenter cette conversation surréaliste de mon expérience personnelle  : « Etant donné que je me coltine les réflexions idiotes d’une centaines d’adolescents chaque jour, je réclame le droit de pouvoir en tarter un ou deux. Parce que bon, le commun des mortels n’ayant que 2 ou 3 des Mômes  à s’occuper (en moyenne) il lui est  plus facile de se contrôler. »

Il est bien dommage que les personnes raisonnables tournent 7 fois la langue dans leur bouche avant de parler, cela les empêche de se révéler mordantes.

Et si jamais quelqu’un les blâment même s’ils savent qu’ils ont raison, pour ne pas risquer l’incartade ils s’excusent ou bien ils s’en vont.

J’avoue que c’est un souci pour moi : arriver à imposer mon avis. Ce n’est pas évident. Avec mes proches, c’est facile. Avec les autres, c’est un vrai travail sur moi.

En même temps, dans notre métier (comme dans beaucoup d’autres)  nous sommes souvent obligés de composer avec certaines situations totalement ubuesques. Et nous sommes parfois contraints de fermer notre gueule  nous taire.

Il faut ménager les parents d’élèves, il faut ménager notre hiérarchie, il faut suivre les directives (parfois contradictoires) des inspecteurs, il ne faut pas surcharger les élèves de travail, et puis de toute façon, si cela va mal : c’est de notre faute.

Si cet enfant ne réussit pas, ce n’est pas parce qu’il  joue aux jeux vidéos jusqu’à 23h chaque soir, c’est parce qu’il se sent dépassé par ses difficultés scolaires : il a donc préféré renoncer à travailler pour ne pas le vivre comme un sentiment d’échec. Il faut maintenant chercher à l’aider, mais ATTENTION : sans le faire redoubler (cela ne sert à rien), sans lui mettre d’avertissement de travail (trop stigmatisant), sans trop le secouer (il n’a pas assez dormi). Il ne fait rien en aide personnalisée ? C’est parce que nous ne parvenons pas à l’intéresser.

Et puis il faut tout le temps composer avec certaines familles. Par exemple, Princess Soso évoquait la semaine passée le cas d’un de ses élèves de troisième qui n’avait pas pu passer son épreuve d’Histoire des Arts (épreuve orale désormais obligatoire pour l’obtention du Brevet des Collèges). Le jour où il était convoqué, il était en séjour aux Baléares avec ses parents (je précise que l’épreuve avait lieu fin mai). Les parents n’avaient pas jugé utile de prévenir le collège de « ce contretemps ». Que croyez-vous qu’il arrivera à cet élève ? Devra-t-il repasser son épreuve en septembre ? Mais noooooooooon, une séance spéciale de rattrapage sera organisée spécialement pour sa pomme, parce que bon il faut bien qu’il l’obtienne son brevet. Ne surtout pas faire de vague. Dans le même genre, dans mon collège, les parents appellent régulièrement pour faire « sauter » les retenues de leur gamin : « Désolé, mais il a cours de clarinette chilienne à cette heure là, vous pourriez changer l’horaire ? ». « D’accord, nous pouvons placer sa retenue jeudi entre 14h et 15h (au lieu d’aller en étude) cela vous conviendra ? » rendant ainsi cette sanction complètement inutile.

Il est sûr que nous adoptons ce comportement dit « raisonnable » dans beaucoup d’autres situations professionnelles. Mais je voulais tout de même pointer du clavier une contraction : dans ma vie personnelle, je cherche souvent à arrondir les angles, mais au travail j’en ai de moins en moins envie car malgré notre bonne volonté, on nous demande toujours de nous écraser davantage.

Et oui , Mickey 3D a raison :

Ils font toujours tout dans les règles et quand les règles sont injustes

Ils frappent du poing sur la table et se rassoient pour se calmer …

Je me rassois donc.

La chanson se termine ainsi :

 Les gens raisonnables ont plein de doutes, trop de soucis, donc moins de souvenirs dans leur sac à la fin de leur vie.

 

Whaaaaaaaat ? Je n’aurai rien dans mon sac à souvenirs quand je serai une encore plus vieille conne dame ? (C’est quoi ce sac d’abord ?) (si c’est un sac de vieille non merci).

Il est certain que je me prends souvent la tête pour pas grand-chose, que je dépense beaucoup d’énergie à ménager tout le monde et que parfois je m’oublie (je suis tête-en-l’air).

Cela signifierait-il que j’en oublie de … vivre tout simplement ?

Bon, okay, à force de m’inquiéter pour des futilités, et à me montrer trop sérieuse, je manque sans doute des opportunités.

A ne pas prendre de risques, on vit forcément moins de choses, donc effectivement, j’aurai moins de souvenirs à chérir quand je voudrai me replonger dans ma Pensine personnelle. Cela fait un peu mal de le reconnaître.

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Une Pensine vaut bien à sac, non ?

Malgré tout, vivre une vie apaisée en complète adéquation avec ce que je suis, me convient. Le fait que LdmJ soit comme moi, n’est pas non plus un hasard. Peut-être que dans quelques années, nous vivrons un « terrible 40  » : nous ferons des choses totalement folles et complètement incompréhensibles pour nos proches.

Peut-être que nous réussirons à remplir notre sac à souvenirs ? (mais il faudra déjà que j’arrive à mettre la main sur ce sac).

Mais en vérité, je ne crois pas que je changerai. Ce ne serait pas … raisonnable.

 

*** GENERIQUE de FIN ***


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