Nous n’avions jamais emmené les Mômes au cirque, en dépit des multiples demandes de Fils Aîné. Il faut reconnaître que les campagnes de publicité des cirques « low-cost » dans les petites villes de Province sont très agressives : affichettes placardées à tous les coins de rue et notamment devant les écoles ; voitures publicitaires aux couleurs criardes et munies de hauts-parleurs dont les basses doivent être volontairement piratées (et qui trouvent toujours le moyen de passer devant les fenêtres de ta salle de classe lorsque tu expliques un point super important du chapitre) ; animaux exotiques broutant une grande surface d’herbe près de la grande surface où tu as tes habitudes hebdomadaires.

Bref, Tes Mômes ne peuvent ignorer qu’un cirque vient de s’installer dans ta ville.

Personnellement, tant que je pouvais retarder le moment, je n’étais pas contre (rapport aux animaux exotiques justement qui n’avaient pas l’air spécialement heureux sur le parking du supermarché).

 

Mais l’heure était venue de tester le Cirque Low-Cost de Province ! Autant t’en faire un résumé fidèle.

 

*** GÉNÉRIQUE ***

Rêvons un peu, un cirque où les animaux auraient pris le pouvoir :

 

***

Quelques semaines avant les vacances de Printemps, Fils Aîné avait été attiré, telle une luciole, par la lumière se dégageant de l’affichette placardée devant l’entrée de son école. Il m’avait demandé (comme à chaque fois) si nous les y emmènerions. J’avais éludé la question avec toute la finesse qui me caractérise (et grâce à mes lectures éclairées des best-seller de la littérature parentale) :

-Oui, bahhh … on verra.

Sauf que c’était tout vu.

Cependant, ce même jour, un ami nous a proposé 4 places gratuites obtenues par son CE.  D’ailleurs ce même copain a posté un peu plus tard dans la journée, la photo suivante sur mon mur Facebook :

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Avec le commentaire  : « Tu pourras dire à Fils Cadet que j’ai discuté ce matin avec les lamas du ****** et qu’ils attendent de pied ferme l’insolent qui voudrait les transformer en croque-monsieur ! »

Si tu n’as pas compris cette blague, c’est que tu n’as pas lu cet article, et c’est dommage car il est bien drôle. En tout cas ce commentaire nous a beaucoup amusés et il était évident que nous étions OBLIGÉS de relever ce défi. Nous avons donc accepté les places et nous sommes donc décidés pour la séance du vendredi soir à 18 h.

Un soir. Après une semaine d’école.

Nous sommes joueurs.

***

Ce soir-là, nous entrons donc dans l’arène (après avoir gratté tout le monde dans la file d’attente, parce qu’ayant des places, nous pensions être prioritaires)  (en fait non) (presque tout le monde avait des places gratuites).

Un gentil jeune homme nous installe dans les gradins tout en haut. Etant arrivés assez tôt, commence alors une longue attente …

Dans un premier temps, nous réussissons à ignorer superbement les vendeurs de chouchous. Les Mômes boudent. Nous leur faisons remarquer qu’ils viennent de prendre un copieux goûter.

Trois rangées plus bas, une famille veut prendre place. La planche de bois sur laquelle ils s’assoient, s’affaisse bruyamment. En observant bien, il s’agit de la fixation à la jointure de deux bancs qui a lâché. La famille va s’installer un peu plus loin. Avec LdmJ, on se regarde en masquant un fou rire (oui, c’est toujours rigolo de voir des gens se vautrer) (ils ne s’étaient pas fait mal de toute façon) … puis je me demande si notre banc est bien tenu : je prends alors conscience que nous sommes tout en haut (environ à 3 mètres du sol), et qu’en dessous de nos deux bancs se trouvent …  du vide et la structure métallique des gradins.

Gloups. S’il nous arrive la même mésaventure que la famille précédente, le résultat risque d’être beaucoup moins rigolo. C’est ce moment précis que choisit une famille de personnes un peu fortes pour s’asseoir à côté de moi et de Fils Cadet. Le banc s’incurve de façon très flippante (en fait, je suis limite terrorisée) (des images atroces m’arrivent à l’esprit) (remake de Furiani) (version cirque). Je place Fils Cadet sur le banc à côté de son frère et de son père : il m’a l’air plus stable (et moins chargé). Machinalement je croise mes jambes, je sens un truc glisser le long de mon pied et j’entends un bruit sourd sous la structure.

Merde.

Mon sac à main était à mes pieds.

Je regarde : il gît par terre, trois mètres plus bas. Comme il était ouvert ^^’ , toutes mes affaires sont réparties au sol, mon smartphone notamment.

Je regarde mon sac.

LdmJ regarde mon sac.

Je regarde LdmJ.

LdmJ me regarde … il semble furax. Aie.

Pendant une seconde je me dis que je peux peut-être tenter de me faufiler dans l’ouverture entre deux bancs et me laisser glisser jusqu’en bas (oui, j’ai souvent des idées complètement connes). J’essaie de glisser mes pieds … puis je panique. Coïncidence, Fils Cadet veut faire de même. Nous le rattrapons rapidement, LdmJ secoue la tête, se lève puis me dit qu’il vaut mieux faire le tour, se glisser derrière les gradins … puis ramper. Evidemment il a raison.

Au bout de quelques minutes je l’entends râler en dessous de nous. Là, je m’imagine à nouveau que les gradins s’affaissent et lui demande de se dépêcher. Il râle encore plus.

-MAIS, PUTAIN !!!! Y’en a partout, t’aurais pas pu le fermer, non ?

Les familles autour de moi me regardent d’un air désolé.

Pour ma part, j’imagine simplement que tous nos gros popotins vont s’écrouler sur mon mari, je suis en stress total.

Il revient (ouf) en se tenant les lombaires avec mon sac à main et des trucs qui n’étaient pas dedans à la base mais qui avaient dû être perdus par d’autres spectateurs lors des précédents spectacles. Notamment une boite complète d’œufs kinder écrasés par la chute (miam) ( je les ai jetés aussitôt rentrée à la maison).

Chaque grincement de la structure me donne des sueurs froides. Mais la longue attente prend fin : que le spectacle commence !

La sono se met à cracher des chansons de Dany Brillant à un niveau sonore au-delà de l’entendement (du mien en tout cas) (à la fin du spectacle, j’aurai l’impression d’avoir passé les deux heures précédentes en boîte de nuit) (et je suis trop vieille pour ces conneries).

La piste est assez petite, le premier numéro est celui des fauves. Certains paraissent moyennement commodes, notamment la lionne – si joliment baptisée Elsa – qui donne l’impression de vouloir bouffer son dompteur. Elle ne fait absolument rien de ce que son maître tente de lui demander (à grand renfort de claquements de fouet).

Monsieur Loyal hurle qu’il ne faut pas effrayer ses gros matous en faisant du bruit. Je peine à comprendre pourquoi Dany Brillant continue à nous hurler dans les oreilles (si tu tiens vraiment à être dans l’ambiance de ce cirque, clique sur ce lien à tes risques et périls auditifs)

Est-ce que le morceau « Quand je vois tes yeux … » a vraiment un effet apaisant sur Elsa ?

Je n’ai pas l’impression …

 

Enfin, il obtient que ses gros félins retournent dans leur (autre) cage. Les numéros suivants voient s’enchaîner les différents animaux qui peuplent ce cirque. Certains -comme les autruches- se contentent de faire des tours de piste d’un air affolé, cela me fait mal pour eux.

Fils Cadet me demande à intervalle régulier : C’est quand les Clowns ?

Je règle ma perception auditive pour ne plus entendre cette question, car je me doute que le spectacle clownesque est prévu à la toute fin du spectacle …

Sur la piste, les lamas font une tentative d’intimidation sur Fils Cadet, d’ailleurs je crois qu’ils le cherchent parmi les spectateurs :

 

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 Oui, j’ai fait de magnifiques photos zoomées (je t’épargne la série)

(contacte-moi si tu veux qu’on se fasse une soirée diapos).

Heureusement, les lamas n’entendent pas Fils Cadet :

– Ils vont nous cracher dessus ???

Car je ne sais pas s’ils auraient renoncé à l’invitation …

 

Le seul numéro avec des animaux que j’ai trouvé réussi est celui des chevaux qui malgré l’étroitesse de la piste ont réussi de très jolies figures cambrées. Pour le reste, ils ont l’air malheureux … (même si c’est une perception totalement subjective).

 

Le numéro d’acrobaties n’a rien de transcendant : nous verrons simplement une nana habillée comme Véronique et Davina (d’ailleurs accueillie avec des sifflets machos) faire le cochon pendu, le pied coincé dans une longe et se contorsionnant au rythme de « Music » de J. Miles. J’ai l’impression de voir un spectacle de pole dance mais à l’envers.

Les enfants ne sont guère impressionnés non plus. Ils attendent les clowns. D’ailleurs :

« C’EST QUAND LES CLOWNS ? » hurle Fils Cadet.

Remarque, j’aurais pu prétendre que l’acrobate  -au nom de panthère- était un clown (rapport au maquillage) mais je suis gentille. J’attends avec impatience les trapézistes : je suis toujours très impressionnée par leur corps musclé, athlétique leurs performances mais malheureusement, les trapèzes accrochés de chaque côté du chapiteau ne serviront pas :/

J’ai apprécié le numéro du jongleur, fraîchement sorti d’une école de cirque (Monsieur Loyal a insisté au moins dix fois sur ce point), qui malgré son inexpérience du public a su faire un spectacle très divertissant. Les Mômes ont apprécié également, même si :

« MAIS C’EST QUAND LES CLOWNS ? »

Justement, Monsieur Loyal nous indique que les copains préférés des enfants seront les prochains intervenants.

Enfin juste après CA :

*** COUPURE PUBLICITAIRE ***

Petit intermède avec « les artistes les plus nuls de toute la profession » (je connais les dialogues par cœur) :


***

 

En vérité, Monsieur Loyal nous propose véritablement une pause publicitaire ! Il nous informe que cela ne durera QUE 3 MINUTES, pas une de plus, afin de réaliser une petite tombola dont les bénéfices permettront de nourrir les animaux (oui, il nous l’a annoncé comme cela).

Plus il nous détaille le déroulement du jeu, plus je me dis que les 3 minutes annoncées me semblent bien ambitieuses (d’ailleurs cela fait 5 minutes qu’il a commencé son speech).

Je crains que Monsieur Loyal n’ait la même perception erronée du temps que notre agent immobilier quand il nous annonçait que cette « supeeerbe maison » n’était qu’à une petite dizaine de minutes du centre de Winterfell. En roulant à 30 km/h au dessus de la vitesse autorisée (nous suivions la voiture devenue folle de l’agent), les 10 minutes s’étaient transformées en 30. Bref, Monsieur Loyal et l’agent immobilier ne vivent dans le même espace-temps que nous, c’est moche (surtout pour nous).

N’ayant pas payé l’entrée, ni acheté les sucreries en début de spectacle, on se dit qu’on peut faire l’effort d’acheter des billets de tombola, afin que les animaux puissent avoir de quoi manger cet hiver quand la bise sera venue … J’en achète plusieurs, en priant pour avoir au moins deux cadeaux. Je reviens après une longue attente avec … un seul ballon. Mais attention un énorme ballon dont le diamètre correspond à deux fois la largeur de notre banc. Crise puissance 10 de Fils Cadet, quand il comprend que c’est un cadeau pour deux. Il tente de se jeter par terre : c’est à dire sur la planche de bois qui  fait office de repose pied et qui flirte avec le vide. Gloups… je l’avais oublié celui-là …

Pour les calmer, je demande à LdmJ de me passer son sac à dos, dans lequel se trouve … de l’eau.

Après avoir étanché notre soif, je me contorsionne afin de trouver une place pour l’énorme ballon. Je sens une résistance contre mon pied  puis j’entends un gros PLOF.

Je vérifie que mon sac à main est bien à sa place sur mon épaule, je respire. Jusqu’à ce que je comprenne …

 

LdmJ me regarde d’un air interrogatif.

Je regarde LdmJ d’un air étonné.

LdmJ me regarde d’un air suspicieux.

Je regarde LdmJ d’un air implorant.

 

Nous regardons sous la structure : son sac à dos gît … grand ouvert … à 3 mètres de nous.

 

Je pense sincèrement que mon mari a pensé au divorce en rampant pour la deuxième fois sous la structure et en ramassant le contenu éparpillé de ses affaires. Pendant ce temps, les garçons décryptent :

– Rhhooo papa, il dit plein de gros mots quand même …

Ouais, c’est vrai d’abord.

Nous coinçons tant bien que mal l’énorme ballon derrière nous (en priant pour qu’il ne tombe pas).

La pause tombola a duré 20 minutes, les clowns ne devraient plus tarder.

Sauf que …

Mr Loyal annonce que pour jouer avec le clown, ce serait bien d’avoir un espèce de truc lumineux. Il brandit l’objet (très moche) en question : il s’agit d’un bâton multicolore et phosphorescent (il brille dans le noir, quoi) : les yeux de tous les Mômes de la salle s’allument … D’autant plus que le bazar se décline aussi sous forme de diadème pour filles (<– Sheldon a raison, c’est un peu too much).

Quand la pole-danseuse passe devant nous en criant :

« QUI-N’EN-VEUT ? », Fils Cadet se lève et brandit très haut sa main en hurlant : « MOI ZE VEUX ZOUER AVEC LE CLOWN !!!! »

Nous lui expliquons que non … 5€, c’est un peu cher pour faire mumuse 2 minutes avec un clown. Alors évidemment il se remet à pleurer (bon, nous allons dire qu’il commençait à être vraiment fatigué, que la pause censée durer 3 minutes s’étire depuis une demi-heure et que nos amis les clowns n’ont toujours pas fait leur apparition …)

 

Enfin, Monsieur Loyal annonce avec beaucoup de solennité  :

« L’ouverture de la buvette !!!! »

OUAIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIS (bordel !)

Effectivement alors que ma mâchoire se décroche, une camionnette buvette s’ouvre sur le côté de la piste au son du très mélodieux « J’ai perdu la tête, depuis que j’ai vu Suzette ». Du coup, j’ai envie d’une crêpe. Ça tombe bien, ils en vendent. Mais je me contrôle.

Ce furent donc les 3 minutes les plus longues de notre vie.

Le papa d’une famille, pas très loin de nous, dont les gamins mangent des chouchous depuis le début du spectacle et qui est en possession de trois ballons, d’un bâton lumineux et d’un diadème phosphorescent, se lève avec enthousiasme et demande à ses enfants :

« Qui veut boire quelque-chose ? »

Je pense que cette famille à elle seule a permis de nourrir les animaux du cirque pour les 3 mois à venir.

Nos Mômes les regardent avec envie puis se tournent vers nous avec un regard accusateur. On tente l’humour :

– On a encore de l’eau si vous voulez …

Heureusement les clowns arrivent … enfin LE clown. Et Monsieur Loyal.

Leur numéro dure trèèèèèèèèèèès longtemps (genre 2 minutes en espace-temps-Monsieur-Loyal) et n’est absolument pas drôle (une histoire d’instruments de musique :  le clown veut faire du bruit, mais Monsieur Loyal ne veut pas). Cependant, les gamins sont tous morts de rire : cela fonctionne du tonnerre sur les moins de 10 ans. C’est sans doute le but recherché de toute façon.

Le spectacle s’achève donc sur ce numéro. Nous réalisons qu’à aucun moment il n’a été demandé aux enfants d’utiliser leurs trucs lumineux à 5€ pièce. Nous avons bien envie de faire les malins auprès de nos Mômes à grand renfort de : « Je te l’avais bien dit » mais – grands seigneurs, comme les Stark de Winterfell – nous n’en rajoutons pas.

 

Les Mômes sont ravis. LdmJ et moi sommes épuisés nerveusement. Et je suis bien soulagée de descendre du gradin.
Je ne suis pas particulièrement emballée par ce que j’ai vu.
Mais j’ai rayé « le cirque de base » de notre liste « les trucs à faire avec les Mômes ».

 

***

Très bientôt,  j’irai voir une représentation du Cirque Plume : un cirque issu de l’Easterosie, qui joue un vrai spectacle avec des comédiens et des danseurs :

« Tempus Fugit ? une ballade sur le chemin perdu ».

Un cirque sans lama (ou autre animal) mais avec des acrobates et de vrais musiciens. J’ai hâte. Par contre, les enfants sont encore trop petits pour un spectacle de cirque contemporain sans clown. Tant pis, j’irai sans eux et avec une amie (j’ai le sens du sacrifice).

*** GÉNÉRIQUE de FIN ***

 Un extrait du dernier spectacle du cirque Plume.

Parce que le cirque c’est aussi (et surtout) cela :

 

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