“C’est pas d’ma faute” : je l’entends régulièrement. Que ce soit sur mon lieu de travail ou à la maison.  Je te livre ici  une petite compilation d’excuses pourries que j’ai pu entendre de la bouche d’enfants (les miens)  ou d’ados (mes élèves).catndog-fault

*** GÉNÉRIQUE ***

Le classique « J’ai rien fait » par Bart Simpson :

 
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Quand un Môme commet une bêtise, son angle de défense est varié selon l’inspiration du moment. Par exemple à la maison, Fils Aîné emploie beaucoup le classique :

C’est pas de ma faute !

Ben voyons. Leur jeu super “cool” du moment est d’imiter “Indestructiboy” et “Monsieur Indestructible”. Je n’ai pas vraiment saisi les règles (une vague histoire de “sauver le monde”), mais tout ce que je constate, c’est que les enfants se courent après en grognant. De la chambre vers le salon, Fils Aîné poursuit Fils Cadet. Et du salon vers la chambre,c’est l’inverse. Passionnant.

Lors de leur dernière course poursuite, Fils Aîné a poussé son frère dans le dos. Ce dernier s’est donc bien évidemment vautré dans le couloir. J’arrive sur les lieux de l’accident (guidée par des cris).

Ayant vu la bourrade de l’aîné, je ne suis pas particulièrement ravie, mais tout de suite le grand me dit :

“C’est pas de ma faute !”

“ Mais non, voyons, ce doit être moi qui, depuis la cuisine, ai utilisé la Force afin de faire basculer ton frère ! (depuis qu’il a vu des parties de Star Wars, j’utilise des références culturelles communes). Tu L’AS POUSSÉ avec tes mains (pas avec ton esprit), donc SI c’est de ta faute !”

“ Non, c’est vrai hein, c’est pas de ma faute, il a glissé sur un majokit, regarde !”

Effectivement, par terre, gît une portion de trottoir esseulée … En même temps, le sol de la maison est jonché de jouets que les Mômes sèment comme les cailloux du Petit Poucet (sauf que c’est moi qui les ramasse et que, pour retrouver mes Mômes, il me suffit de suivre les cris). Bref, cela m’énerve encore plus.

“ ET QUI a laissé traîné ce Majokit ?”

“ Bof, ce doit être Fils Cadet.”

Ce genre de scène se reproduit régulièrement et se termine par une séparation en règles des Mômes : “ CHACUN DANS SA CHAMBRE !”  (je t’ai déjà expliqué ma tendance à hurler quand je suis gavée)

 

Mais à bien y réfléchir le “C’est pas d’ma faute” le plus énervant est celui que me servent régulièrement les collégiens.

« J’ai pas mon cahier de leçons, mais c’est pas de ma faute … »

Dans ce cas précis,  LdmJ répond en pointant la fenêtre :

“Non, tu as raison, tu vois l’immeuble en face ?” Le gamin regarde le doigt l’immeuble.

“Je pense que c’est la faute de la personne qui travaille dans le bureau au deuxième étage à gauche …” (coucou Audrey !)

“Ben non, hein” (les réparties du collégien sont toujours percutantes). Mais c’est quand même pas de ma faute, je croyais qu’on était en semaine A, alors j’ai pris mes affaires de techno”

Là tu pourrais argumenter pendant des heures : “et QUI s’est trompé de semaine ?” que le gamin considérerait toujours que ce n’est pas de sa faute, parce qu’il a quand même apporté ses affaires de techno, donc on pourrait saluer l’exploit (et même l’applaudir).

Pour ma part, je conclus en disant : “Tu as raison, c’est de la faute de tes parents qui devraient vérifier ton sac tous les matins comme les élèves de CP.”

Mes élèves deviennent de plus en plus assistés. Je ne suis peut-être qu’une vieille conne mais, à l’heure où les réseaux sociaux et le téléphone portable devraient leur simplifier la vie et permettre une plus grande facilité d’échange entre eux, ils n’arrivent toujours pas à contacter leurs copains pour récupérer les cours lorsqu’ils sont absents (et leurs parents non plus d’ailleurs). Sinon, les devoirs sont écrits sur un site en ligne auquel ils ont accès de façon illimitée (en plus de leur cahier de textes) , j’y rajoute même les énoncés de devoirs à la maison, mais non, ils ne sont pas foutus d’aller chercher les informations. Le mot de passe de ProNote (le site en question) est régulièrement perdu, par contre, ils n’ont jamais oublié comment se connecter sur leur réseau social préféré.

L’élève Djon-Pol n’a pas  son matériel de géométrie, mais ce n’est pas de sa faute vu que son équerre s’est cassée dans son sac, le mois dernier (ou en janvier). Il demanderait bien à ses parents d’en acheter une nouvelle mais “c’est cher une équerre”.      -__-   Certes … environ 1/100 du prix de sa paire de pompes (cela m’arrive de lui dire parfois d’ailleurs) (enfin souvent) (je compare aussi par rapport au prix de son iPhone).

Sinon, une anecdote qui m’a fait bien rire  d’une collègue qui se reconnaîtra (coucou) : cette dernière ramasse les feuilles de dialogue pour le passage dans la classe supérieure, dont une partie doit être remplie par la famille. L’un de ses élèves lui rend un torchon (je rappelle que c’est une fiche nominative importante). Elle s’étonne :

– C’est quoi ÇA ?   

Sans se démonter, son élève lui répond :

– OH ben, ça va encore être de ma faute !!!

– Non, tu as raison, ce doit être de la mienne !

Enfin, bien évidemment, nous avons la mauvaise note qui n’est JAMAIS de la faute du collègien (non, non, non) ; d’ailleurs c’est bien connu : c’est souvent celle du prof correcteur : soit parce qu’il n’a pas su correctement expliqué, soit parce qu’il a sacqué la copie. Dernière petite anecdote en date sur le sujet :  je rends un devoir à un élève de quatrième qui a le mérite de porter le même prénom que Fils Cadet. Il a eu 1,5 (sur 20) (comme quoi je ne le favorise pas malgré son joli prénom). En voyant sa note, il s’exclame aussitôt :

Ah, c’est pas de ma faute !

– Allons bon …

– Oui, Madame je vous promets ; j’ai révisé comme un fou !

Et là, je n’ai pas pu m’empêcher de lui répondre :

Attends, j’ai compris :  c’était les maths qu’il fallait réviser, pas ta leçon d’histoire.

La classe était pliée de rire et même le garçon au joli prénom a daigné baisser la tête en souriant. Parce que pour obtenir 1,5 à mes devoirs, il faut quand même un peu le faire exprès …

 

JUSTEMENT, nous avons aussi le :

 

J’ai pas fait exprès …

L’enfant (ou l’ado) reconnaît son erreur mais, ce n’est pas grave (de son point de vue) parce qu’il n’y avait pas eu préméditation. Pour lui, une VRAIE bêtise est celle faite avec l’intention de nuire. Là, ben, c’est juste pas de chance …

Quand mes deux Mômes chahutent bruyamment et que le petit se fait mal (au hasard parce qu’il a été bousculé par son frère), Fils Aîné va aussitôt  lui faire un bisou et lui demander pardon (surtout si je suis là).  Puis il rajoute :  “J’ai pas fait exprès” dans le sens où “Je ne voulais pas te faire mal”. C’est une démarche logique quand j’y songe à tête reposée, mais dans le feu de l’action me semble complètement pourri comme excuse.

Un autre exemple : Fils Aîné se lave les dents, boit de l’eau pour se rincer la bouche, fait glouglou puis la recrache … à côté du lavabo … C’est vrai que cracher correctement dans un trou de 30 cm de diamètre à moins de 10 cm de sa bouche, c’est peut-être un défi un peu ambitieux à 6 ans. En général la moitié du crachat finit sur le miroir. Mais bien sûr : il ne l’a pas fait exprès, il visait VRAIMENT le lavabo.

Le même phénomène étrange se produit quand mes Mômes veulent atteindre leur bouche avec une cuillère remplie de yaourt. Ils n’ont bien évidemment pas fait exprès d’en mettre partout à côté : sur la table, sur le pantalon, et sur le pull EN-DESSOUS de leur serviette (encore un autre phénomène bizarre). Ce n’est donc pas la peine que nous nous agacions, puisqu’ils n’ont pas fait exprès de remplir leur cuillère à ras bord.

Au collège, nous entendons régulièrement cette rengaine. Tu sépares deux gamins en train de se maraver la tronche dans la cour. L’un deux a l’air bien sonné et se tient le dos, mais l’autre n’a pas fait exprès de le balancer contre le rebord en pierre d’une fenêtre. Ben non : ils jouaient, hein. Oui, comme des enfants de 3 et 6 ans.

Dernièrement, un de nos collègues de français a affiché en salle des profs la lettres d’excuse suivante écrite par un gamin de 4ème (attention collector ) (j’ai juste changé le prénom) :

“Je m’excuse auprès de vous pour ma bagarre avec Pol-Arthur, je n’ai pas fait exprès de faire un geste violent envers vous. Veuillez me pardonner. Merci de votre compréhension.”

Ben justement, nous avons du mal à comprendre (on est des vieux cons, hein) … : comment ne pas faire exprès d’avoir un geste violent envers quelqu’un ? Mystère.

Bon, il arrive que certains n’aient vraiment pas fait exprès. Cette année, il m’est arrivé de pourrir un gamin qui n’avait pas fait son travail. Le Môme baisse la tête et me répond : 

– Bah, ma mémé est morte ce week-end.

Oops  … C’était vrai (bad teacher).

 

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Les parents d’élèves ont aussi des excuses bien pourries à proposer 😉

Un petit florilège ICI.

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C’est pas moi ! (C’est l’autre)

Je n’ai pas encore beaucoup expérimenté le “C’est pas moi” à la maison. Les Mômes sont sans doute encore trop jeunes pour être de bons menteurs. Surtout Fils Aîné : il devient pivoine quand son nez s’allonge. Mais je crains que Fils Cadet n’ait un bon potentiel.

Il n’empêche qu’utiliser l’autre (notamment son frère ou sa sœur) comme bouc-émissaire peut se révéler très pratique, notamment quand ce dernier est tout petit et ne peut pas encore s’exprimer pour se défendre.

J’ai une anecdote issue de notre légende familiale à vous raconter (j’ai dû entendre cette histoire 15000 fois) (et ma sœur probablement encore plus). Alors qu’elle était âgée d’environ 8/9 ans, cette dernière a renversé un vase de fleurs sur le buffet (ciré) du salon. Quand notre mère a découvert la catastrophe, sa grande fille m’a désigné comme coupable. J’avais moins de deux ans (dans le cas inverse, j’aurais probablement fait de même 😉 ).

Cependant, certains détails n’étaient pas au point dans son système de défense :

– Fille Cadette, a argumenté notre mère, comment expliques-tu que Fille Benjamine ait pu renverser un vase distant de 50 cm du haut de son crâne.

– …

Et surtout aurait-elle vraiment pensé à redresser le vase et remettre les fleurs dedans ?

Ma sœur avait réparé son forfait … mais à moitié : elle avait laissé l’eau des fleurs imprégner le buffet tout autour du vase. 😀

 

Au collège, le “C’est pas moi!” est couramment utilisé. Même si tu as vu (de tes yeux vu) ton élève balancer un bout de gomme au travers de la salle, en fait : ce n’était pas lui (le collégien pense toujours que tu bluffes). J’ai déjà eu des conversations délirantes avec des collégiens qui refusaient de reconnaître que c’étaient eux les coupables.

Idem quand je reproche à Tidjy de bavarder :

C’est pas moi qui discute, c’est lui qui me parle.  (« Lui » étant, bien entendu, son voisin)

– Ah et qu’as tu fait ?

– Bah, je lui ai répondu …

Il lui a donc répondu sans parler. Mes élèves sont très forts.

Dans le même genre, certains collégiens n’arrivent pas à reconnaître qu’ils se sont trompés. Ce ne sont donc pas eux qui ont commis une erreur mais leur professeur. Ainsi cette semaine, un de mes élèves a soutenu à son prof de français qu’un “colosse” était un chien. Cette dernière lui a fait remarquer qu’il confondait avec un “molosse”. Mais il n’a pas voulu la croire (il a dû chercher le mot – difficilement – dans le dictionnaire pour admettre son erreur).

Moi aussi, régulièrement, en voulant corriger une faute d’un élève sur son cahier, je m’entends répondre :

“Ben non, hein …c’est juste.”

Maintenant, je réponds ceci (Copyright LdmJ) :

Ouais, alors Moi : Bac + 4 Toi : Bac – 4 ; donc quand je te fais remarquer (gentiment) que tu t’es trompé, tu peux essayer de comprendre et pourquoi, plutôt que de mettre en doute ma parole …

Okay , c’est bien qu’ils développent leur esprit critique, mais certains le font n’importe comment. 

 

Pour terminer cet article, je t’ai fait une compilation de quelques excuses de mes élèves …

“Je peux pas vous rendre votre DM, ma sœur a cru que c’était un brouillon, elle l’a donc jeté à la poubelle.” – Là j’imagine juste la tronche du truc qu’il devait me rendre, pour que sa sœur s’imagine que c’était juste bon à jeter, je devrais peut-être la remercier …

“Mes parents ne veulent pas racheter un cahier pour terminer l’année, ils disent que cela sert plus à rien” – Oui certains parents refusent d’investir dans un cahier à 50 centimes pour deux mois de cours. Je suis parfois obligée de mettre un mot (pas trop méchant) dans le carnet pour supplier demander de racheter du matériel au Môme. Et deux mois, cela fait tout de même 8 semaines sans cahier … normal.

“Je m’en rappelle plus, j’ai dormi depuis.” – C’est également ce que je me dis avant toute nouvelle saison d’une de mes séries préférées. 

“Mon chien a déchiqueté une partie de la copie, tenez, voici les deux morceaux” – Oui, même pas un morceau de scotch pour faire tenir le bazar. Inutile de t’expliquer que j’ai refusé de corriger (vilaine que je suis).

“Ma sœur de 2 ans a gribouillé sur mon cahier.” – Remarque, je peux comprendre :  il est déjà arrivé que Fils Cadet dessine gribouille sur des copies laissées négligemment sur la table du salon (pas bien). Le pire ce furent les traces de pattes de chat que j’ai retrouvé sur un de mes paquets. J’ai donc pu leur servir un joli « C’est pas moi, c’est le chat … » (poke Karya).

 ***

Finalement, je pourrais moi aussi utiliser mes enfants et écrire “C’est vraiment caca-prout !!!” comme appréciation de certaines copies de 4ème.

En rendant les copies, je n’aurais qu’à rajouter :

“Oh je suis désolée, c’est vraiment pas de ma faute, en effet ce n’est pas moi qui ait écrit vos appréciations : c’est mon fils de 6 ans mais soyez indulgents car il  n’a pas fait exprès

Cela peut marcher, non ?
Ah oui, je suis censée me comporter en adulte responsable   …    😉

*** GÉNÉRIQUE de FIN ***

Non, ce n’est pas de ta faute Julien. Je te pardonne tout <3.

 

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Le prochain épisode sera publié le jeudi 15 mai.
Trêve printanière des scénaristes 😉
Plusieurs articles sont tout de même programmés !
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