Je suis de celles qui s’inquiètent dès que le nez de leur Môme se met à couler.

Je suis de celles qui sont derrière leurs enfants au parc de jeux (sous la structure) au lieu de checker tranquillement leur smartphone sur un banc.

Je suis de celles qui ne dorment pas de la nuit parce que leur gamin est tombé sur le nez, et que bon… on ne sait jamais (hein) .

Je suis de celles qui ont constamment cette crainte de ne plus être là pour voir grandir leurs enfants.

Bref je suis une mère flippée, à tendance chiante (ascendant pot de colle).

Je souhaitais proposer un épisode « rigolo », mais pendant son écriture j’ai pris conscience qu’il s’agissait plutôt d’un billet-thérapie (oups) (I did it again).

Te voilà prévenu 😉   :  « Tu vas pas mourir de rire », mais j’ai placé deux titres de Mickey3d (oui, encore)  en générique pour me faire pardonner.

 

*** GENERIQUE ***

Moi, j’ai rencontré la Peur, … en devenant Maman (hum) (faut écouter la chanson pour comprendre).

Au commencement …

Avant ma naissance, mes parents ont eu la douleur de perdre un bébé à 7 semaines de la MSN (mort subite du nourrisson).  Je suis née une année et demi plus tard. Dire que j’ai été couvée est un euphémisme. J’ai dormi jusqu’à mon premier anniversaire dans la chambre parentale (en 1978, ce n’était pas très bien vu) (Laurence Pernoud aurait poussé des “Tss Tss” dégoutés). Ma mère se réveillait plusieurs fois par nuit … juste pour vérifier si je respirais.

Nous avons grandi, mais elle est toujours restée soucieuse et angoissée pour chacun de ses enfants. Par exemple, le moindre retard en voiture peut prendre des proportions disproportionnées dans son esprit. Quand j’étais lycéenne, elle me refusait toute sortie d’emblée (pourtant, je n’avais que très peu d’invitation).

 Je me disais que je ne serais jamais comme elle, que moi je saurais me raisonner.

 Finalement, si je réfléchis, aujourd’hui, je crois que je suis bien pire qu’elle (et encore, les Mômes n’ont pas le permis).

 

A 28 ans, je n’avais que très peu été confrontée à la mort d’un proche, si l’on excepte mes deux grands-mères.

Puis tout a changé. En 2006, j’ai “subi” une fausse-couche traumatisante, et en août 2007 j’ai perdu mon papa, alors enceinte de 4 mois. Un mois plus tard, j’ai failli perdre le bébé et j’ai dû être hospitalisée d’urgence jusqu’à la fin ma grossesse.

Durant ce séjour à l’hôpital, je me suis convaincue que j’étais déjà une mère désastreuse alors que je n’avais encore tenu aucun bébé dans mes bras : j’étais incapable de prendre soin d’eux alors qu’ils étaient dans mon ventre.

Aujourd’hui, je sais que j’avais totalement tort de m’auto-persuader ainsi. C’était même complètement stupide. Mais j’ai gardé de cette période de ma vie un profond sentiment de culpabilité. Il m’est difficile de m’en détacher complètement. Encore aujourd’hui. C’est très frustrant.

La lumière est revenue dans ma vie ( sous la forme d’une grosse veilleuse Titi) un après-midi de Décembre 2007, quand j’ai pu enfin tenir Fils Aîné dans mes bras. Mais quelque-chose en moi avait résolument changé. Mes certitudes, ma foi (en Dieu notamment) avaient été fortement ébranlés.

Les peurs des débuts.

 J’ai toujours été hypocondriaque, je l’ai déjà raconté d’ailleurs mais je ne pensais jamais à la Mort en tant que telle. Je me voyais mourir mais dans un futur très lointain (genre vers 100 ans quoi) (cela me semblait raisonnable).

Le décès de mon père et ma première fausse-couche ont modifié cette perception des choses. Quand je suis rentrée avec mon bébé, c’est comme si le tapis sous lequel j’avais placé mes angoisses morbides s’était définitivement soulevé (et je n’arrivais plus à le remettre en place correctement). J’ai commencé à penser à la Mort bien trop souvent : la mienne mais aussi celle de mon enfant (bizarrement, je n’ai jamais pensé à celle de LdmJ). J’ai eu l’impression qu’une épée de Damoclès se trouvait en permanence au-dessus de notre tête. La moindre sensation de bonheur était gâchée par un sentiment de désastre imminent.

 Je marchais dans la rue avec la poussette, une voiture arrivait en sens inverse et je l’imaginais changer de direction et venir nous percuter. Je ne sais pas combien de fois, j’ai mis la poussette de travers pour parer un choc imaginaire … dès qu’une voiture arrivait un peu vite : hop, je me positionnais devant la poussette. Je devais offrir un spectacle assez divertissant pour les autres passants.

Si j’étais seule avec mon bébé, j’avais peur qu’il ne m’arrive quelque chose  (n’étant pas certaine qu’il eut pu composer tout seul le 999). Je sortais de la douche, je me voyais glisser et m’évanouir (honnêtement, se frapper la tête contre le lavabo en glissant sur un savon, cela n’arrive que dans les films, non ?) (en plus, je n’ai pas de savon). Mais dans le doute, je sortais donc tout dou…ce…ment.

J’avais peur de faire tomber mon enfant quand je le portais, alors que je n’aurais pas pu l’agripper plus fort (mes bras n’étaient pas du tout physiologiques).

J’étais, bien sûr, terrorisée à l’idée de perdre mon bébé de la MSN et je me relevais plusieurs fois par nuit pour vérifier sa respiration, comme ma maman 30 années plus tôt. Je me suis sentie beaucoup plus proche d’elle durant ces moments-là.

 Le sentiment de culpabilité que je nourrissais depuis mes deux grossesses avait eu d’autres conséquences. J’avais peur qu’il ne lui arrive quelque chose SOUS ma surveillance. Je n’ai eu aucun souci pour laisser Fils Aîné à la crèche, car je savais qu’il serait sous la garde de plusieurs professionnelles. Ils avaient toute ma confiance. Curieusement, c’était sous ma garde, que je craignais un éventuel incident. Comme si … je n’en étais pas capable. Cela me fait un peu mal de l’écrire d’ailleurs.

 Avec le recul, le fait de devenir mère pour la première fois, de prendre conscience de toute les responsabilités que cela impliquait, de voir le fragilité de ce tout petit être, a sans doute été le déclencheur principal de ces sentiments exacerbés. Mais l’année qui a précédé sa naissance m’a également profondément marquée.

 Puis petit à petit, j’ai évolué. Je me suis sentie plus forte. J’ai vécu une fausse-couche précoce en 2009, et je ne me suis pas sentie responsable. Plusieurs amies étant aussi passées par là, je me suis dit que c’était simplement … pas de chance. Je suis vite passée à autre chose, et j’ai eu la chance d’être de nouveau enceinte trois mois plus tard.

 La grossesse de Fils Cadet fut plus facile, et je n’ai pas ressenti les même craintes à sa naissance. J’étais plus détendue, je me sentais plus légitime dans mon rôle de mère. Je pouvais enfin passer des nuits complètes sans aller vérifier que mes enfants respiraient. L’idée d’être seule avec le bébé ne m’effrayait plus. Ce fut un grand soulagement.

Mes peurs aujourd’hui.

Même si j’ai fait de réels progrès, ce problème de culpabilité ne m’a jamais vraiment quitté. Il est latent.

Par exemple, si Fils Cadet tombe d’un toboggan à l’école : c’est moi qui rassure la maîtresse, lui assurant que ce n’est pas grave (je sais bien que cela peut arriver) (surtout avec Fils Cadet), je lui dis  que je vais le surveiller et je le fais mais raisonnablement :  je vois bien qu’il a l’air en pleine forme. Je me réveille une fois dans la nuit pour vérifier si tout va bien et le lendemain, je n’y pense plus.

Si le même scénario se réalise sous ma surveillance, je passe alors les quatre heures suivantes à le scruter. Le moindre petit changement de comportement finit de me convaincre qu’il a probablement un traumatisme crânien. Je ne dors pas de la nuit bien (évidemment). Et je continue la surveillance pendant 72 heures ( c’est ce que m’a conseillé SOS médecins).

Le fait de me sentir responsable d’un incident le rend 10 fois plus angoissant, et m’empêche de réagir raisonnablement. Alors que concrètement, s’il s’étale par terre en courant alors que je suis à côté de lui, je ne suis pas fautive. Je ne vais pas le tenir en laisse non plus (certains le font ceci-dit).

J’ai beaucoup de mal à ne pas être derrière eux en permanence.

Comme je l’annonçais dans le prologue je suis du genre pot de colle. Toujours à côté d’eux. Surtout à l’extérieur, j’ai du mal à lâcher leurs mains prise. Par exemple au parc. Je n’arrive pas à rester sur un banc. Je suis à côté de la structure (au cas où). Pourtant notre Aîné commence à être plutôt à l’aise avec son corps. Mais je ne peux pas m’empêcher d’être en-dessous (histoire d’amortir sa chute éventuelle) (si ce n’est pas moi, j’envoie LdmJ) (mais franchement, il l’amortirait moins bien 😉 )(je suis plus « moelleuse »).

LdmJ a tendance a être un peu comme moi, donc il ne me trouve pas trop relou avec les enfants. Par contre, eux, finiront par se rendre compte que nous sommes un peu plus flippés que la moyenne. Il faut toujours que j’aie les deux en ligne de mire, dès que l’un d’eux sort de mon champs de vision, je panique le recherche immédiatement. J’étais toute fière dimanche dernier, d’avoir accepté que Fils Aîné aille jouer sur une (petite) toile d’araignée à une cinquantaine de mètres, alors que je préparais le pique nique. Bon : je le voyais très bien et je n’arrêtais pas de relever la tête pour le surveiller. Mais quand même, pour moi c’était un effort.

Il m’arrive de frissonner toute seule en imaginant un truc qui aurait pu se passer si …

Un exemple concret, arrivé la semaine dernière :

Fils Cadet me tient la main en sortant de l’école. Soudain, il voit une fleur de pissenlit en bordure de trottoir. Une des premières fleurs de pissenlit de la saison. Sans préavis, il tire fort sur ma main pour aller la cueillir, surprise je le lâche presque (mais le retiens à la dernière minute). Il est déséquilibré mais arrive cueillir sa fleur (il se met à la respirer à plein nez breathe-me et affirme qu’elle sent trop bon) (oui, je te parle d’un pissenlit)(ce Môme a un odorat particulier). Au moment où il s’est penché pour la cueillir, une voiture est passée à côté de nous. Au lieu de profiter du moment et de savourer l’image adorable que m’offre Fils Cadet le nez dans sa fleur de pissenlit : JE NE PEUX PAS M’EMPÊCHER de m’imaginer ce qui serait arrivé si je l’avais lâché une minute plus tôt et que déséquilibré il ne soit tombé en bord de route. J’ai donc un violent frisson.

Quand mon imagination morbide s’emballe, il m’arrive même de gémir légèrement et de fermer les yeux pour enlever les images de mon esprit. Souvent les Mômes me regardent et demandent :

“Ben qu’est-ce que t’a maman ?” Je les rassure d’un sourire en affirmant que tout va bien, ou je raconte un bon vieux mytho : « Ouh là, j’ai eu froid d’un coup » (20°C c’est frisquet).

 Je précise pour ceux d’entre vous qui me trouveraient un peu névrosée ( 😉 ), que ces pensées, fréquentes il y a 6 ans, s’espacent tout doucement.

 D’ailleurs, j’en ai parlé à plusieurs amies, et quelques-unes m’ont assurée qu’elles aussi avaient parfois ce genre d’idées délirantes et flippantes, et cela m’a beaucoup rassurée.

Enfin, ma dernière crainte et non la moindre : la maladie de mes enfants.

Je ne supporte pas de les voir malades. Regarder Dr House ne m’aide pas à rationaliser (dans cette série, les scénaristes se permettent de tuer des bébés, je le rappelle !) (et dans une maternité).

Je me suis déjà imaginée un lupus une maladie grave parce que Fils Aîné avait un ganglion du cou très enflé. Le diagnostic du docteur Ross ? Une angine.

L’année dernière, alors qu’il était dans le bain et que nous chantions à tue tête, j’ai aperçu au fond  de sa gorge deux ÉNORMES boules, que je n’avais jamais remarquées auparavant. Le lendemain après une nuit blanche, nous sommes chez le médecin, qui me dit simplement : “Ouh là, oui, il a de grosses amygdales, nous n’en avions jamais parlé ?” Putain, c’était juste ses amygdales. Je me suis rarement sentie aussi conne.

J’ai longtemps été contrariée parce que Fils Cadet avait une légère dissymétrie au niveau de ses yeux,  jusqu’au jour où j’ai remarqué que pour ma part j’avais une dissymétrie au niveau de la bouche. Je voyais bien que je souriais de travers sur les photos mais je ne m’étais pas rendu compte que c’était parce que je ne pouvais pas faire autrement 🙂 . LdmJ en a une au niveau du nez. Bref nous ne sommes pas des modèles de symétrie axiale faciale … (le comble pour une famille de matheux).

 

Et demain ?

 

Je l’évoquerai à peine aujourd’hui, mais ce qui m’effraie le plus, c’est leur avenir. Environnement, travail, politique … Que leur réserve le futur ? Trouveront-ils leur place ? Seront-ils épanouis dans leur vie ?

Parfois je suis optimiste, parfois cela me semble bien sombre … et ce n’est pas le bilan des dernières élections municipales qui est là pour me rassurer.

 

*** GÉNÉRIQUE de FIN ***

Allez Florence, pour l’instant tout va bien, il faut que tu respires.

Parce que ….

***

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