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Notre boucher donne une tranche de saucisson aux Mômes à chacune de leurs visites. Hors de question pour nos deux garçons de manquer ce point culminant de leur semaine.

Fils Cadet a su parler très tôt. Vers 16 mois, je le comprenais déjà parfaitement (ok, j’étais peut-être la seule à le comprendre) mais quand il entrait dans la boucherie et qu’il baragouinait assez fort :« a yeu u chauchiyon moua » je ne traduisais pas ces paroles impolies à mon boucher (« Je veux du saucisson moi »). Je me contentais de lever les yeux au ciel, en lui confiant : « Ahah, les enfants et leur charabia ».

Parce que mon boucher, aussi généreux avec le saucisson soit-il (aucune allusion), n’aime pas trop avoir des enfants pénibles dans sa boutique. Cela tombe bien : mes enfants sont pénibles dans sa boutique. Surtout quand il faut attendre plus de 2 minutes : nous patientons en moyenne un quart d’heure (parfois bien plus). Le différentiel correspond à la durée de notre honte hebdomadaire.

Fils Aîné court partout, lit à voix haute toutes les étiquettes placées devant lui puis s’étonne de l’affichette accrochée sur un frigo : un article du journal relatant une remise de distinction au commerçant présent :

– Oh pourquoi, c’est le boucher sur la photo, là ?

Nous lui expliquons qu’il a reçu une récompense. La semaine suivante, il re-demande (assez fort) :

– Mais pourquoi, l’article du journal est toujours accroché ???!!!  (nous notons mentalement d’apprendre à Fils Aîné que certaines choses ne se disent pas).

Mais ce ne serait rien si, dans le même temps, Fils Cadet n’arrêtait pas de réclamer sa tranche de saucisson :

– Mais ze veux du saucisson moi !!! (Oui, il redit la même phrase chaque semaine depuis plus de deux ans).

Ce n’est pas faute de lui expliquer qu’il ne faut pas réclamer.

Même les regards menaçants du Maître des Lieux ne l’impressionne pas (moi, si) : il veut sa tranche de saucisson ! Donc il la demande, dès le seuil du magasin franchi.

Un samedi matin, il en ont été privés : nous les trouvions tellement pénibles que nous avions demandé au boucher de ne pas leur en donner. Ce dernier a joué le jeu, en rajoutant qu’il ne distribuait ses tranches de saucisson qu’aux enfants sages. (Boucher/Père Noël : même combat).

Grosse crise de larmes sur le trottoir. C’est à ce moment précis, que nous avons croisé une élève dont LdmJ est le professeur principal, avec ses deux parents. Sourires gênés.

La semaine suivante, Fils Cadet est au taquet :

– Ze suis gentil, hein maman, hein, regarde , ze suis gentil ! (et ce en boucle depuis la porte franchie).

Arrive le moment tant convoité : la remise de la tranche de saucisson (à chacun ses récompenses). Je suis presque fière d’eux (si tant est que nous pouvons être fiers d’un enfant qui a simplement  réussi à ne rien réclamer pendant 10 minutes).

Fils Aîné prend sa tranche, il remercie poliment.

Fils Cadet prend sa tranche, l’inspecte, regarde le boucher, regarde sa tranche, regarde le boucher,  re-regarde sa tranche … et s’écrie :

– Mais mais mais : elle est toute petite !!! Z’en veux une GROSSE MOI !  

[On ne la fait pas à Fils Cadet : le boucher avait coupé des tranches légèrement plus fines que d’habitude].

Le boucher a fait semblant de rire.

J’ai fait semblant de rire.

LdmJ a fait semblant de rire.

Fils Cadet s’est mis à pleurer très fort.

Fils Aîné a mangé sa tranche de saucisson (indifférent au drame qui se jouait devant lui).

Le boucher a regardé LdmJ, LdmJ m’a regardé, j’ai regardé mes pieds.

 

Et depuis un mois, LdmJ se rend dans la boucherie seul. Mais aujourd’hui, nous avons décidé d’y retourner ensemble. J’angoisse.

 

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poke LdmJ

 

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Je te rappelle que pour le premier anniversaire du blog, tu peux répondre à mon sondage ICI, déjà une centaine de réponses, je me marre à tous vous lire !

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