Des jouets issus d’œuf Kinder, des scoubidous tressés avec patience, de longues lettres écrites en langage SMS, des dizaines de balles rebondissantes :  la trousse et le sac des élèves est une véritable caverne d’Ali Baba regorgeant de trésors (dans le langage de Fils Aîné) insolites. LdmJ et moi-même  avons  confisqué de nombreux objets ces dix dernières années.

Entre nostalgie et énervement, je vous présente notre expo personnelle.

Les fameux « Skates à doigts » très à la mode il y a 5/6 ans.

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*** GENERIQUE ***

En hommage à tous les « skates à doigts » retenus en otage dans les bureaux des professeurs :

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LdmJ a gardé tous les objets, lettres, dessins confisqués (à part les joujous technologiques, bien évidemment), et les a placés dans une boite à chaussures originalement rebaptisée : BOÎTE à CONNERIES D’ÉLÈVES. Quand les collégiens lui demandent de leur restituer l’objet confisqué (s’il vous plait monsieur), il répond (de manière un peu sadique) :

–  Pas de souci, tu en parles à tes parents, ils prennent rendez-vous avec moi, et je leur rendrai.

Curieusement, l’objet en question n’est jamais réclamé. Pour ma part, j’adopte à peu près le même principe sauf que je jette les objets confisqués en fin d’année. Ils encombrent suffisamment mon placard pendant quelques mois.

 

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L’objet fait main :

Non, je te rassure, je n’ai pas encore confisqué de tricot à moitié terminé. Par contre, il y a quelques années est apparue une revival mode du scoubidou de notre enfance (pas le chien ho … le truc tressé). Nous en avons récupéré quelques-uns. Certains gamins n’hésitaient pas à les terminer sous leur table de classe (ils étaient devenus complètement accro) (remarque mieux vaut être drogué au scoubidou qu’à son téléphone portable). LdmJ avait coutume de dire quand il en choppait un :

–  Oh super, je vais le donner à mon chat, il va pouvoir jouer avec .

Techniquement c’était vrai, à cette époque, nous avions un chat fou à la maison. Il suffisait de balancer légèrement un scoubidou devant ses yeux, pour que ses pupilles se dilatent et qu’il se jette sur l’objet en question.

En fin d’année, une élève « meugnonne » (de 5ème de LdmJ) est venu lui apporter un sac rempli de scoubidous, en ajoutant : « C’est pour votre chat, vous n’aurez qu’à lui offrir à son anniversaire. »

 

Le fan d’origami :

Le traditionnel avion en papier …

Celui que les gamins cachent jusqu’à la dernière minute dans leur sac et balancent dès que la prof a le dos tourné. Le must étant d’arriver à viser la fenêtre ouverte, ou un autre élève (certains parmi vous chuchotent que le must est d’atteindre la prof   -_-   ). Aucun avion n’est encore venu me heurter l’épaule, donc soit mes élèves sont très maladroits (c’est possible), soit ils n’ont pas encore osé …  Il y a quelques années de cela, alors que j’écrivais au tableau, j’en ai vu un atterrir directement dans ma poubelle à deux mètres de l’estrade. J’ai salué l’exploit comme il se doit.

En réalité, l’avion en papier relève plus du mythe que de la réalité. Même si nous en interceptons quelques-uns, c’est assez rare : ils fleurissent surtout en début d’été. L’été d’ailleurs,  je me retrouve plutôt avec 2/3 éventails en papier par heure sur mon bureau. Ma salle se transforme en four dès que la température extérieure dépasse les 25°. Certains collégiens n’hésitent pas à sortir de leur sac des éventails bricolés.  Tu me diras, les éventails ne risquent de traverser la salle en volant, car leurs propriétaires les agitent plutôt nerveusement près de leur visage. Je peux comprendre, mais je ne peux pas accepter (ils n’ont qu’à secouer leur tête plutôt) (cela fera peut-être venir les idées plus vite).

Enfin dans la catégorie origami, LdmJ a choppé une étoile de ninja  (plus originale !) mais bon, nous pourrions presque la classer parmi les objets dangereux. Mouhaha.

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Les objets dangereux :

Ces derniers, je les remets directement à la principale-adjointe … qui convoque les parents.

C’est  toujours sur délation que j’ai confisqué ces objets. Il faut le savoir : le collégien balance ses congénères.

–  MADAME !!! Djordy, il a un coupe-papier dans sa trousse, c’est interdit, hein ?

Vu que le coupe-papier en question était  très émoussé (il aurait à peine réussi à étaler du beurre sur une tartine) je ne pense pas qu’il ait été très dangereux … mais par principe de précaution, j’ai confisqué.

D’ailleurs, on devrait aussi leur interdire l’utilisation des ciseaux : j’ai un élève qui a trouvé le moyen de lever le doigt en tenant dans sa main sa paire de ciseau (oui, je sais : pourquoi ?). Ciseau qui a heurté les doigts de son voisin de table (gaucher) (Theon Greyjoy) qui levait la main de son côté. J’ai dû rédiger un rapport d’accident (pour un bout de peau enlevé) (un Ramsay Snow Bolton en devenir).

L’équerre aussi peut être une véritable arme de destruction massive. J’hésite à te raconter la mésaventure qui est arrivée à l’un des élèves de LdmJ, car tu risques de serrer frénétiquement les fesses en criant : «  AHHHHHHHH, NON !!! ». Sache simplement que cette histoire s’est terminée aux urgences médicales traumatologiques et que l’élève a dû être opéré le soir même. (Préviens tout de même tes enfants qu’il ne faut jamais qu’ils se balancent sur leur chaise avec une équerre en ferraille dans la main) (D’ailleurs oublie les équerres en ferraille, elles font un bruit épouvantable en tombant au sol)…

Dans la catégorie « objet dangereux », je classerais bien aussi les téléphones portables. Je suis enfermée chaque jour dans une pièce avec 27 smartphone allumés (« mais il est sur silencieux madammmmmme ! »). Je  n’imagine pas comment je suis en train de me griller le cerveau. D’ailleurs à ce sujet, certains élèves sont tellement accros, qu’ils se jettent dessus dès la porte de la salle franchie. C’est compréhensible : ils n’ont pas pu le checker pendant 50 longues minutes … Car, ils le savent : s’ils se font chopper à le consulter en classe ou pire à pianoter un SMS (cela m’est déjà arrivé), le portable finit sur la table de la principale adjointe, et elle ne le remet qu’aux parents en personne. Autant dire qu’ils vont devoir attendre longtemps avant de le récupérer.

 

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 Un professeur des écoles anglais Guy Tarrant a fait une vraie expo avec les objets confisqués dans ses classes de la banlieue londonienne durant 30 années, c’est ICI.

Les jouets.

Catégorie : déchets non recyclables de la bande-annonce.

Je crois que nous aussi nous aurions pu réaliser une exposition rien qu’avec les jouets confisqués : par exemple nous avons des baballes de toutes sortes (balle de ping-pong, boule de billard, baballe rebondissante, billes, cochonnet … ) Ne manque que les boules de pétanque pour compléter la collection. Nous avons choppé un nombre incalculable de surprises Kinder. Les plus moches. J’ai toujours cru que ces cochonneries-là finissaient dans les poubelles parentales. En fait non : elles atterrissent dans les trousses d’écolier, … puis dans la boîte à conneries de LdmJ.

 

Le matériel scolaire.

J’ai déjà évoqué les cas des équerres et de la paire de ciseaux – et dans le même ordre d’idée du compas – qui pourraient être considérés comme objets dangereux dans les mains maladroites d’adolescents. Dans ma grande indulgence, je choisis de leur faire confiance en les leur laissant. De toute façon, ils n’ont jamais leur équerre (à part pour la faire tomber par terre, ou pour se la planter dans la main). Et quand par miracle, ils ont tout à leur disposition : ils font joujou avec.

Je m’explique : la règle en plastique mou par exemple. Les parents l’achètent en pensant faire une bonne affaire : enfin une règle incassable. Il faut savoir que le Môme, qu’il soit à l’école primaire ou au collège, ne va pas arrêter de s’amuser avec en l’entortillant  autour de sa main par exemple … Au bout de deux semaines elle sera inutilisable car impossible à aplatir.

Le pot aux crayons de 10 000 couleurs fait fureur auprès des adolescents (plutôt chez les filles) ( ceci est une précision complètement inutile mais Christine Boutin serait contente de l’apprendre) … Cependant, elles sont tout le temps le nez dedans (alors qu’elles n’ont besoin que de trois couleurs en maths) (mais ce n’est pas grave). En plus elles se les prêtent :

–   Hey psst, tu me me passer le violet pailleté, oui !!! Han non, finalement j’hésite avec le rose à rayures.

Dilemme. Dans ce cas, finalement, la prof permet de régler le problème, en confisquant le pot jusqu’à la sonnerie.

Ensuite, nous avons les élèves qui sont bourrés d’imagination et qui se créent un monde avec leur tube de colle et leurs stylos pailletés (ils ont dû trop jouer aux lego étant petits). Ainsi LdmJ se rappelle fort bien d’une élève, que nous nommerons Adelidelo pour son anonymat.

Adelidelo joue avec une règle et un stylo (oui, cela rime, c’est exprès). Elle a fabriqué un avion : le capuchon du stylo étant coincé dans la règle. Pour que ses voisins comprennent bien l’œuvre qu’elle vient de construire, elle la passe au-dessus de sa tête en mimant le bruit de l’engin : « Viouuuum » ( pardon pour les bruitages, celui-ci ressemble plutôt à celui d’un sabre laser …). Ldmj choppe la règle au vol (mouhaha) et lui dit :

– Voilà tu n’as plus d‘aile à ton avion …

Adelidelo de se démonte pas, alors que mon chéri retourne à son tableau, elle pose le stylo à plat sur sa table, et démarre une folle série de virages en épingle à cheveux « Braouuuuum » (le bruitage est toujours aussi nul). Pour la défense de cette jeune demoiselle, nous soupçonnions à cette époque qu’elle n’était pas toute seule dans sa tête. D’ailleurs, elle parlait à la grenouille de son livre (oui, il y avait une grenouille dans le livre de maths de 5ème) (no comment).

Sinon, parfois les élèves construisent de jolies structures à base de tubes de colle et de matériel de géométrie. Structure que nous prenons un plaisir sadique à démolir, tel Fils Cadet avec les tours en kapla de son frère. Si je n’étais pas si sérieuse dans ma fonction, je rajouterais bien le « Badaboum » qui va avec, mais je me retiens.

Et comment ne pas parler de la gomme, qui peut subir le plus cruel des sorts : se faire découper en morceaux. Dès que je vois des morceaux de gomme dans une trousse : je confisque. Parfois j’ai des réponses surprenantes :

–          Mais Madame ce n’était pas pour les lancer dans votre salle.

–          Oh pardon, je les remets dans ta trousse, et tu pourras aller polluer la salle de mon Mr Untel. Cela tombe bien : je ne l’aime pas.

–          OH Madame, c’est vrai ?

(l’enseignement du sarcasme n’est pas au programme des classes de 5ème) (c’est dommage).

Ou encore :

–          Non, mais je ne comptais pas les lancer, je m’en sers moi de ces morceaux de gomme.

–          Ah oui, je n’avais pas remarqué que tu avais des tous petits doigts. Ce ne doit pas être pratique pour écrire des messages sur ton téléphone.

 

De la bouffe.

Nous croisons  de temps en temps d’anciens élèves. LdmJ aime bien discuter avec eux, moi bof. Sans plus. Certains oui, d’autres non. Quand je croise l’un d’entre eux, qui doit avoir 20 ans maintenant, il se plaint encore :

-Madame BatMax, vous savez que vous me devez toujours une bouteille de coca ?

Ouais, je sais :  je lui ai vidé sa bouteille de soda dans l’évier de ma salle. En 2008. Certains anciens élèves ont une mémoire sélective.

Je ne me souviens pas combien de paquets de bonbons j’ai vidé dans la poubelle. Sur ce terrain, ma réponse est sans appel : on ne distribue pas des bonbons pendant mes cours (à moins de me le demander gentiment) (et de m’en proposer un auparavant) (on peut m’acheter) (surtout avec des fraises tagadas). Quand j’en arrive à l’extrémité poubelle, les  gamins pleurnichent : « Je vais le dire à ma maman». Maman, dont je n’ai bien évidemment aucune nouvelle par la suite.

Nous vidons les restes de paquets dans la poubelle, mais quand ils ne sont pas encore ouverts : nous les gardons … ben quoi : c’est bon les bonbons. S’ils laissent les paquets dans leur sac, je n’y toucherai pas mais s’ils commencent à piocher dedans, je prends tout, les paquets fermés et les paquets ouverts. Tant pis. Que ce soit dit.

LdmJ fait pareil. Nous sommes vilains et gourmands.

 

Des mots doux.

Ahhh les petits mots d’élèves. Ceux qui sont griffonnés à la hâte entre  le cahier d’exercices et celui de cours, et lancés discrètement à la tronche de leur camarde. Que celui parmi vous qui n’a jamais envoyé un petit papier plié en quatre à l’un de ses camarades, me jette sa première copie. Bien sûr, si j’intercepte un petit mot :  je le détourne. Je ne le lis à voix haute que s’il est inoffensif (certains sont de véritables bombes à retardement).

Oui, je les lis.

Il faut bien que les élèves sachent que dès l’instant où ils écrivent un petit mot en classe et qu’ils utilisent d’autres élèves comme intermédiaires ALORS ce message passe dans le domaine public. Tout le monde est susceptible de le lire, même la prof … à voix haute. Et que ce n’est pas injuste : c’est  une métaphore des réseaux sociaux. Mais quand j’essaie de leur expliquer, ils ne comprennent pas.

Pour certains petits mots,  je passe mon tour :

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Dans ce cas précis, je me contente de mettre une punition et un mot dans le carnet.

Certains élèves n’hésitent pas à écrire des lettres pendant les cours (oui, des lettres …) c’est dingue hein, cela existe encore. Tu repères rapidement l’intrus car c’est le seul, qui écrit avec application, alors que tu es en train d’expliquer un truc rébarbatif  au tableau. Comme je suis joueuse, j’attends un peu (il y a aura plus de lecture). LdmJ a piqué plusieurs de ces spécimens il y a quelques années et les a gardés (c’est collector). Moi, je les ai jetés ( je regrette maintenant).

De temps en temps, on relit ceux de LdmJ et on se bidonne. Ce mélange de langage parlé et de langage SMS sera peut-être considéré comme de la grande littérature dans quelques centaines d’années. Enfin, n’est pas Madame de Sévigné qui le veut.

 

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Heureusement, nous avons aussi gardé d’autres souvenirs de nos élèves : des cartes de vœux, des lettres, des petits cadeaux, des caricatures sympas. C’est toujours avec plaisir que nous recevons des marques d’attention.

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 Oui, quoi que tu en penses, le prof a un cœur, lui aussi.  😉

*** GÉNÉRIQUE de FIN ***

Déjà parce que cette chanson pour moi symbolise l’adolescence, et qu’en plus le clip (truffé de références et DIY) est fait à partir de skates à doigts, youhou :

D’ailleurs, nous pourrions peut-être créer un clip à partir des objets de la boîte à connerie :

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