En lisant ce titre, certains parmi vous ont peut-être pensé : « Ah ça y est, encore un prof qui va se plaindre ! ». Eh bien,  c’est mal me connaître : je ne me plains que rarement de mon métier (sans doute parce que je n’ai jamais enseigné dans des collèges vraiment difficiles).

Je ne me plains pas : je constate (c’est pas pareil).  Je constate, j’entends et parfois me désole. « Tout le monde » (expression couramment utilisée pour éviter «les gens» ) a son avis sur  l’Éducation Nationale, car « tout le monde » a côtoyé ce monde et  la plupart le côtoie encore une fois adulte par le biais de leurs enfants.

Minute Caliméro : C’est difficile d’entendre les critiques souvent dures à notre égard et la plupart du temps injustifiées.

Sur Internet par exemple, je lis beaucoup d’articles sur l’éducation, mais je ne regarde JAMAIS les commentaires liés (je l’ai fait un temps) (erreur fatale). Notamment si l’article en question est diffusé par Le Figaro ou Valeurs Actuelles car les commentateurs sont tellement haineux pour notre profession que j’en ressors avec une vague envie de vomir. Sans parler des raccourcis pré-digérés faits par les chaînes d’infos en continu.

Un parmi tant d’autres :

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 Hum, vivement ma retraite dorée … à 67 ans 😀

Aujourd’hui, je vais donc écrire un article sérieux.

dont call me Shirley gif Airplane I am serious Leslie Nielsen

 

Je vais revenir dans cet épisode sur les lieux communs couramment énoncés sur les profs tout en te donnant mon avis (forcément impartial , tu en conviendras).

 

*** GENERIQUE ***

Entre les murs …

***

 

Commençons par les plus courants :

1)      « Avec ton boulot, pour lequel tu ne travailles que 18h … »

J’ai souvent entendu ou lu cette phrase. Oui, nous avons 18h de cours à assurer devant les élèves, pas une de plus (même si techniquement nous avons souvent des heures sup) (et qu’il nous est interdit de refuser la première).

La première année où j’ai enseigné en collège, un élève de 6ème m’a fait la remarque que j’aurais dû avoir corriger son devoir pendant le week-end, vu que «d’après son père», je travaillais déjà pas beaucoup en semaine (sic). J’ai cru m’étouffer dans ma colère en lui répondant ( il faut savoir en plus, que je suis une prof qui ne supporte pas d’avoir un paquet de copies en souffrance) (avec comme rythme 1 DS et 2 DM par mois -pour chaque classe- plus des interros hebdomadaires -quotidiennes dans une de mes classes de 4ème- ou encore du calcul mental, on n’a pas vraiment intérêt à laisser traîner) (mais plus tu les rends vite, plus les collégiens – et leur parents – deviennent exigeants).

J’ai été particulièrement choquée, le jour où j’ai rencontré un  ancien ami de LdmJ dans un grand magasin. Il nous présente sa compagne, ils sont tous les deux ingénieurs. En discutant, elle comprend que nous sommes profs, et me demande combien d’heures de cours j’assure par semaine :

«  20 c’est ça ? »

Je lui réponds naïvement : « Non, 18h en fait » et là elle me répond en lançant sa tête à l’envers de manière tragique : « HAN, quand je pense que moi je bosse dans les 40 heures … »

Avant de la rencontrer, j’avais toujours pensé  que les personnes qui avait du mal à comprendre le concept des heures de cours étaient un peu neuneus, mais elle était gros n’ingénieur là quand même. Alors bon, puisque parfois il faut tout expliquer :

18 heures c’est la partie visible de l’iceberg, ce sont des heures incompressibles, des heures durant lesquelles nous sommes à 100% : durant ces dernières nous ne pouvons pas facebooker, aller faire pipi, jouer un sudoku ou putasser avec notre collègue de la salle d’à côté. Ensuite viennent des heures plus cools, à notre rythme, mais qui sont au moins aussi nombreuses : préparation, correction, harmonisation avec les collègues, photocopies, rencontres avec les parents, passage en vie scolaire pour parler des problèmes avec untel ou untel et j’en passe. Bref limiter notre travail à nos heures de cours, c’est comme si je disais :

«  Hein, non mais le mec qui présente le journal de TF1 tous les soirs, là … Je veux son taf, bordel, il ne bosse qu’une demi-heure par jour, ce branleur. Et c’est même pas lui le weekend ! Quelle feignasse » ( je n’ai aucune idée de qui présente le journal de TF1 en semaine, c’est peut-être une nana en fait ). Voilà, donc moi aussi, je peux nier le travail de préparation des journalistes (surtout chez TF1).

C’est le même principe. Après certains disent : «Haha, mais quand même les préparations de cours, tu réutilises les mêmes d’une année sur l’autre !» (le prof doit parfois se justifier pour tout et n’importe quoi).

Ouais encore faut-il avoir les mêmes niveaux d’une année sur l’autre, notamment si tu travailles en lycée ou le programme de 1ers ST2S n’est pas vraiment le même que celui de 1èreES, S, L option maths. Cependant, je l’avoue, je ne recommence pas tout au début. Oui pardon, mais je profite quand même du boulot que j’ai déjà fait. Devrais-je tout foutre au feu à la fin de chaque année et tout recommencer de zéro ? Ce serait dommage, car nos cours s’améliorent d’une année sur l’autre, et le temps libéré (délivréééé) (bordel j’enpeux plus de cette chanson) sur les préparations de base nous permet de pouvoir travailler sur d’autres choses : par exemple faire de la différenciation, adapter ses cours à des élèves souffrant de handicap (déficiences auditives ou visuelles dans notre établissement), préparer des séances informatiques, se former (TOUT SEUL !) à l’utilisation de nouveaux outils (informatiques principalement), s’occuper activement de l’orientation des élèves de 3ème … bref faire autre chose, mais … TRAVAILLER tout de même.

Et là je ne parle pas de mes héros absolus, j’ai nommé les professeurs des écoles, qui eux n’ont pas 18 mais 24 heures de cours à assurer, des matinées et des après-midis complètes sans pause ( parce que OUI, ils surveillent les gamins dans la cour ! ) et qui n’ont pas la possibilité d’avoir des heures supplémentaires contrairement à nous.

Car  pour un prof deux heures supplémentaires par semaine permet tout de même rajouter du gruyère sur les macaronis.

 Maintenant quand on me pose la question : « Mais tu travailles combien d’heures par semaine ? », je réponds :

« Je suis en charge de 5 classes sur trois niveaux différents » Et en général ils ferment leur … tronche.

2)      «  Bon ok, tu travailles peut-être 35 heures par semaine, mais franchement t’as plein de vacances, là aussi ».

En fait, on se rapproche plus de 40h que de 35 mais bon je passe (je le signale juste). Déjà les 8 semaines de vacances l’été ne nous sont pas payées. Notre salaire est comptabilisé sur dix mois répartis sur douze.

Mais souvent je lis sur des forums :

« OUAIS, mais c’est un faux débat, car vous avez un salaire toute l’année !!! » (certains « gens » sont très cons).

Oui, j’ai un salaire en juillet et en août (c’est dingue hein) le même que le reste de l’année : cela s’appelle de la répartition. Franchement : si tu travailles à mi-temps, tu ne vas pas être payé à temps-plein  jusqu’en juin et après queud ? Non ?  Essaie de comprendre Monsieur Hargneux, mais avec un Master 2 ( obligatoire aujourd’hui pour être prof ) si tu es embauché à temps complet, il est possible que tu débutes avec plus de 1600€ par mois. Je te le souhaite en tout cas (t’as vu je ne suis même pas rancunière). Pour ma part, n’ayant qu’une maîtrise de mathématiques et un putain-de-capes-de-merde (private joke) j’ai débuté avec 200€ de moins.

Sinon, c’est vrai, nous avons 8 semaines de congés soit 3 en trop ( mais vu qu’on travaille 5h de plus que 35 … et bien ça fait l’équivalent de 3 semaines de RTT … CQFD).
La plupart de mes collègues passent une partie de leurs vacances à travailler et nous ne pourrons jamais partir en basse saison.

Nous sommes en temps-partiel imposé. C’est une des caractéristiques de notre métier. Je ne vais pas engueuler ma caissière au Carrouf parce qu’elle ne bosse qu’à mi-temps, nan ? (Quelle faignasse tout de même !) (et en plus c’est la mère d’un de mes élèves) Ceci dit, je suis bien consciente que, pour la plupart, ce ne sont pas des mi-temps désirés.

 3 ) « De toute façon, vos cours, on vous les fournit , non ? »

Oui, certaines personnes le croient, je m’en suis rendue compte quand un parent d’élèves m’a dit :

–          Je ne comprends pas, elle n’a pas les même cours que son frère ! Et puis ce ne sont pas les mêmes devoirs non plus.

–          Gné ?

–          OUI, vos cours ce ne sont pas les mêmes que ceux de votre mari !!!

Bref, le gros LOL. J’ai dû expliquer à ce charmant Monsieur, que non, je n’avais pas les même cours que mon époux, que le ministère ne nous fournissait pas des cours et des devoirs tout prêts, et que cela s’appelait de la « liberté pédagogique » (et qu’il ne faut pas commencer à me lancer là-dessus). En plus, il avait l’air de penser que les cours de LdmJ étaient les seuls valables (ben oui, lui c’est un homme). Charmant.

(Au cas où tu le saurais pas encore ami lecteur, je travaille dans le même établissement que LdmJ) (je suis sûre que toi aussi, tu as déjà connu un couple d’enseignants dans ton « bahut » ~ expression vintage) (ben voilà nous c’est pareil, nous ne sommes qu’une unique entité : les BatMax).

 

4)      « Vous ne voulez jamais rien changer, pis vous faîtes grève tout le temps »

Les seules fois où j’ai fait grève ce fut pour défendre des postes, afin que les enfants soient mieux encadrés. Nous faisons rarement grève pour notre gueule en fait, nous râlons principalement pour qu’il existe une plus grande concertation avec la base (c’est à dire nous). Nous ne sommes pas les êtres immobilistes que l’on décrit si bien. Nous avons au contraire plein d’idées pour faire évoluer notre métier. Je le dis clairement : je n’ai pas peur de travailler plus, si c’est pour le bien de l’élève. Je sacrifierais sans problèmes deux semaines de vacances l’été si le projet en valait le coup si la finalité était d’aider et non de faire des économies. Mais lorsque chacune des réformes proposées est clairement dictée par des restrictions budgétaires ou quand ils veulent nous vendre un truc (qui a dit IDD ?) sans nous en révéler l’idéologie première (supprimer des heures par classe (sans allègement de programme) et donc in fine des postes) alors oui nous râlons.

Il faudrait tout réorganiser en profondeur, avoir de vrais concertations sur le collège unique, arrêter de vouloir absolument envoyer des enfants vers des voies générales afin de gonfler des statistiques, ne pas essayer de vouloir gérer un établissement scolaire comme une entreprise. Tout ce qu’il en ressort, ce sont des niveaux de classe en baisse et des gamins mal orientés.

5)      « Ils s’en foutent de nos gamins !!! Ils ne cherchent pas à les aider. »  «  C’est de la faute des profs s’ils ne réussissent pas »

Oui, bien sûr, j’ai décidé de faire ce métier, mais en fait je déteste les gosses. Je suis un peu maso sur les bords, c’est pour cela (pardon). Je m’en fous que mes élèves ne réussissent pas, je ne cherche jamais à les aider : je ne vais quand même pas passer mon temps à leur apprendre des choses, les écouter, leur parler, les gronder, essayer de comprendre le charabia de certains, faire la police dans mes cours, prendre rendez-vous avec leurs parents,  …  Ah ben si, tiens c’est ce que je fais tout le temps. Mais je m’en fous quand même. Et bien sûr, si je parle aussi beaucoup d’eux à la maison c’est parce qu’après 13 ans de vie commune avec LdmJ nous n’avons plus rien à nous dire.

Évidemment, je n’essaie pas non plus de comprendre leurs erreurs, tu te doutes. D’ailleurs, je m’en fous tellement que je ne perds pas du tout de temps à décrypter les messages codés que certains élèves m’envoient (ah si ) (j’en attrape quelques-uns au passage) :

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Heureusement certains parmi nous ont une vraie vocation. D’ailleurs, je tenais quand même à dire toute mon admiration pour la maîtresse de Fils Aîné qui s’occupe particulièrement bien de lui et grâce à laquelle il s’épanouit en classe. Elle a su très vite le cerner et différencier son enseignement. Je sais à quel point c’est difficile, d’autant plus qu’elle travaille en ZEP avec plusieurs élèves en très grande difficulté.

Ceci dit, ne nous voilons pas la face : même si une grande majorité de mes collègues sont des personnes attentives, il y a aussi des branleurs et des cons (comme dans tous les métiers, quoi). Et surtout, je crains que l’Éducation Nationale ne devienne une véritable machine à broyer. Tout est nivelé par le le bas (non, je ne parlerai pas du DNB – le Brevet) et même si dans ton coin tu essaies de ramer à contre-courant, tu ne peux pas faire grand-chose. Donc d’une certaine façon, c’est vrai que « nous » sommes responsables de l’échec scolaire (quand je dis « nous », je parle malheureusement du système dans son ensemble) (j’y inclus les parents).

D’où l’importance de vraies réformes. Mais bon, je ne me fais plus guère d’illusion.

*** COUPURE PUBLICITAIRE ***

L’Education Nationale recrute (J’en reparlerai à la fin du billet) !

Voilà une affiche pas du tout démago  qui « veut la réussite de tous. »

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– Moi, moi, moi !!!
– Fayotte, intello !

 

***

 

 

6)      « Comment tu peux faire confiance à des personnes qui ont passé toute leur vie dans une école, évidemment que leur vision est étriquée »

Je la lis régulièrement aussi ce reproche. OKAY, alors quoi ? Il faudrait que nous ayons une autre expérience professionnelle ? Que j’ai passé 10 ans dans une entreprise privée pour comprendre la VRAIE vie ? Que j’ai été GO au Club Med ? (ah tiens oui, pourquoi pas). Pour le coup, c’est vraiment nous prendre pour des imbéciles incapables d’ouverture.

7)      «  De toute façon, dans la salle des profs, ils passent leur temps à putasser sur les élèves ».

Bon là, je te répondrai JOKER  😉  Je ne peux pas livrer ce qu’il se dit dans une salle des professeurs, désolée. Nous sommes soumis à la loi du silence. Oui, c’est un espace pour décompresser, il est possible d’entendre des choses pas très sympathiques sur certains ados (et sur leur parents aussi) (tant qu’on y est), des trucs qui nous font rire et qui finalement nous rassurent. Nous sommes des êtres humains. Je t’assure que quand tu galères avec un élève, c’est vraiment déstressant d’en parler… même pas  du tout  du tout gentiment.

C’est aussi un endroit où l’on mange, l’on partage des anecdotes ( de boulot ou d’autres choses …) (mais principalement de boulot) (ceci dit on parle davantage de luc le jeudi midi), où l’on se concerte de manière informelle. J’aime bien la salle des profs, d’ailleurs j’apprécie la plupart de mes collègues, notamment ceux qui me lisent avant de s’endormir le jeudi soir ( spéciale dédicace à qui se reconnaitra ).

8) « Désolé, mon père ne  peut pas venir à votre rendez-vous parce que, lui, il a un travail »

SOUS- TITRAGE : « Contrairement à vous qui n’en branlez pas une [insérer ici une insulte de votre choix]. »

Pour te donner une anecdote récente, LdmJ a écrit dans le carnet d’un élève de 3ème dont il est professeur principal :

« Je souhaite vous rencontrer afin de discuter de l’orientation de votre fils, je suis disponible les lundis/mardis/jeudis/vendredis entre 16h15 et 18h30. »

Le père répond : « Je ne peux qu’après 19 heures et le mercredi matin. »    -_-      Le collège ferme vers 18h30 et le mercredi LdmJ s’occupe des enfants.

Et sinon, la réunion Parents-Profs de 17h à 22h sans pause (après plus de 9h de boulot un vendredi soir de la 6ème semaine de cours consécutive), y’a moyen ?

Pour ma part, je me suis fait convoquer (je pense que c’est le terme le plus adapté) par un parent d’élève de la classe dont je suis PP. Voici le mot en question :

« Je souhaite vous rencontrer ce jeudi 06 février à 14h » ( sachant qu’à 14h, j’ai la classe de son gamin en cours.)

J’ai répondu : « Désolée, je ne peux pas à cet horaire, mais je suis disponible entre 11h et 14h, ce même jour », voici la réponse du papa :

« Je ne peux pas, dans ce cas, pouvez-vous me faire un bilan par mail de l’attitude de mon fils et je voudrais l’avis des autres  professeurs ( et de la vie scolaire) ».  Mais à votre service Monsieur ! ( Je précise que je l’ai fait …) (on ne se refait pas).

En fait, le prof n’a pas un vrai travail (vous vous rappelez un certain président qui appelait à fêter le VRAI travail le 1er Mai ?) : il occupe ce métier en dilettante. Histoire de s’occuper la tête entre deux vacances. Finalement, c’est par pur altruisme qu’il accepte de dispenser son savoir. C’est beau.

Terminons par ma discipline chérie : les Mathématiques.

9) « Le prof de maths ?C’est le prof le plus strict, le plus sérieux et le moins drôle. »

[Ceci est l’avis d’une personne que je ne citerai pas mais qui se reconnaitra 😉 .]

« Ils sont moches aussi ».

ou encore :

« Kewoua ? Vous êtes prof de maths ? Bah on le dirait pas,  RAHHH je détestais les maths. »

Ouais. Nous souffrons. Notre discipline et les stéréotypes liés nous collent à la peau. Je rappelle que les maths c’est la langue douce et mélodieuse dans laquelle s’expriment toutes les autres matières scientifiques. Les Maths sont aux Sciences ce que le Solfège est à la Musique ou la Grammaire à la Littérature. C’est pour cela que tu trouves cette discipline chiantissime ? Pour moi, les maths c’est un jeu et des énigmes à résoudre.

En ce qui concerne le fait que nous ne soyons ni drôle, ni beau … Sincèrement,  je t’ai déjà fait rire parfois, non ? (mais bon je te rassure : dans la vraie vie je suis chiante) (of course). Et puis je ne suis pas si moche que ça (là il faudra que tu me croies sur parole).

10) « Vous vous plaignez tout le temps d’être confronté à des élèves difficiles, mais bon il faut juste les visser plus ces gamins , moi à votre place blablablabla … »

Je déteste le terme « visser ». Sérieux, faut arrêter avec ce mot et surtout le geste de la main qui va avec. Je fais de l’urticaire quand je l’entends.

Enseigner, c’est tout sauf cela. Bien sûr, il faut savoir se faire respecter et une grande partie de notre temps d’enseignement consiste à faire régner l’harmonie dans la salle. Donner la parole, écouter son copain, son prof. C’est positivement usant mais nécessaire. Avec certaines classes, c’est même éprouvant. C’est très déstabilisant de voir son autorité mise à mal par des gamins de 13 ans. Il faut posséder un certain self-control pour ne pas se laisser envahir par la colère. Mais gérer une classe ne nécessite pas forcément de leur faire peur.

Ce fut très difficile pour moi au début car je SAIS que beaucoup de personnes de mon entourage pensaient que je me faisais bordéliser (rapport au fait que je n’ai pas forcément le profil de la prof à grosse voix qui en impose d’emblée avec les gamins). Et oui, je me suis fait bordéliser par certaines classes, mais ce fut loin (très loin) d’être la majorité. Nous pouvons tout à fait enseigner tout en ayant un rapport agréable avec les adolescents. Il est évident que je ne leur fais pas peur. Tant mieux. A part avec quelques-uns, je n’ai pas besoin de m’énerver pour faire passer le message, et l’humour peut désamorcer pas mal de situations tendues.

Mais savoir se faire respecter par une bande d’ados ne s’improvise pas et demande de la pratique, donc quand certaines personnes expliquent ce qu’il feraient à notre place, voici ma réponse  :

EPILOGUE

Bon comme ce métier est si génial, pourquoi plus personne ne veut le faire ?

Je ne comprends pas. Malgré tous les avantages du métier ?

Quand j’ai passé le Capes (entre 2000 et … 2002), seulement 10 à 20 %  des candidats réussissaient ce concours. Inutile de te dire  que j’ai galéré. Aujourd’hui en maths notamment, le déficit est tel qu’on accepte tout le monde (et encore il manquera de professeurs à la prochaine rentrée). Les admissibles à l’agrégation auront d’office leur CAPES sans avoir jamais passé d’épreuves orales ( quand on sait que la transmission orale est tout de même l’essence de notre métier, c’est flippant).

2

Ce n’est guère rassurant pour l’avenir. La vocation a chuté de près de 70% ces dernières années.

Bref, le concours est ouvert à tout vent à tous. Ah non, merde il faut aussi un bac+5.

J’en profite, si certains parmi vous se sentent l’âme d’un futur professeur, si le contact avec des vacances des adolescents ne vous effraie pas. C’est le moment de se lancer … en pensant qu’à 66 ans vous serez toujours en train d’animer des heures avec les ados des ados des ados que vous aurez eu en début de carrière !

*** GENERIQUE de FIN ***

Un conseil de classe.

Je pense que le prof de maths de ce film (datant de 1985) a fait beaucoup de mal à notre profession 😉

***

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