~ Voix Niaise ~
La plus belle au chose, la naissance d’un enfant.
La joie qui vous inonde, le bonheur d’être maman.
La plus belle au chose au monde, la naissance d’un enfant.
La joie qui vous inonde, quel précieux moment.

~ Voix gutturale ~

Mais c’est ce que je fais, je pousse.

Rentrer à la maison, mon souhait quotidien durant deux mois et demi.

Après une année riche en émotions ( rappelées ici ou  ), l’annonce de la grossesse de Fils Aîné fut accueillie avec un mélange de soulagement et d’angoisse.

Ce fut une grossesse compliquée.
Moi aussi, à l’instar des cameramans de Baby Boom, j’ai pénétré deux mois complets dans les coulisses d’une maternité niveau 3, d’où le :

*** GENERIQUE ***

Ainsi Audrey Hepburn disait  :

« Le plus difficile dans la maternité, c’est cette inquiétude intérieure que l’on ne doit jamais montrer. »


Et bien aujourd’hui, je vous en raconte une partie.

La MAP pour les nuls :

Le sigle MAP signifie Menace d’Accouchement Prématuré.

Les MAPettes sont des jeunes femmes obligées de rester allongées pendant une certaine période de leur grossesse.

Tu peux être une MAPette à la maison (ce que j’ai vécu pour ma deuxième grossesse) ; mais dans ce cas nous parlerons plutôt de CANAPette ( aucun rapport avec une quelconque prime automobile car tu es plutôt à l’arrêt complet.)
Mais ton état de santé ou celui de ton bébé peut nécessiter d’être une MAPette à l’hôpital ( ce dont je vais te parler aujourd’hui ) ( grossesse de Fils Aîné inside.)

Il peut y avoir plusieurs facteurs qui rentrent en compte pour expliquer le pourquoi de cette situation : une grossesse à risque, un métier fatigant, du stress, ou simplement la faute à « pas de chance ».

Pour ma part, tu t’en doutes : ce n’est pas la fatigue de mon métier qui a provoqué cela ( mouarf) ( quoique ). Les facteurs déclenchants ont été de deux ordres : physiologiques ( mon col, ce boulet ) et  psychologiques ( mon moral, ce boulet.)

L’année écoulée n’avait été qu’une suite d’événements douloureux.

Le début de grossesse fut difficile : je me suis trouvée en arrêt de travail durant plus d’un mois, car le petit embryon refusait de s’accrocher correctement (je vous passe les détails, mais disons que l’environnement avait été fortement secoué). De quoi me rendre parfaitement zen et confiante sur le devenir de cette grossesse. Puis aussi soudainement qu’ils étaient apparus, les problèmes ont disparus vers la fin du deuxième mois.

Alors que j’entamais mon cinquième mois  de grossesse, j’ai perdu mon papa. Le fait d’être enceinte m’a permis de ne pas perdre pied mais ce fut une période très dure moralement.

Nous avions désespérément besoin d’entendre de bonnes nouvelles.

Ce fut le cas, fin août. La deuxième échographie nous a révélés que nous allions avoir un petit garçon. Nous étions soulagés de voir qu’il se portait bien, et je me suis pris à espérer une fin de grossesse certes triste, mais tout du moins sereine.

Tu auras compris qu’il n’en fut rien.

Nous redoutions un certain jour de septembre. Cette date anniversaire. Nous nous refusions à y penser, mais les mauvais souvenirs se réinvitaient d’eux-même dans notre esprit.

Ce jour-là, des sensations bizarres, un coup de fil à la maternité et une sage-femme de garde qui me demande de passer pour contrôler.
Je me suis donc retrouvée dans le même hôpital qu’un an auparavant, jour pour jour.
Après échographie, je me suis vue entourée de trois gynécologues dont le chef de service.

Ils m’ont parlé de col entrouvert, d’accouchement imminent. J’étais entrain de revivre le cauchemar de l’année passée, sauf que je ne ressentais rien de particulier ( à part un sentiment de profonde injustice et, dans une moindre mesure, d’irréalité ).
Mon monitoring n’indiquant pas de contractions, ils ont pris la décision de me transférer sur Nancy, dans une maternité de niveau trois, apte à prendre en charge un très grand prématuré. J’étais seulement enceinte de 5 mois et demi.

Le transfert a eu lieu le lendemain. La date anniversaire redoutée étant passée, bizarrement j’étais un peu soulagée. Arrivée sur place, s’en est suivi une batterie d’examens qui ont confirmé le premier diagnostic : mon col s’ouvrait, la poche des eaux était fortement descendue. Les clichés étaient éloquents … et peu encourageants. Le verdict devenait sans appel :  je ne devrais plus me lever jusqu’au début du neuvième mois. Mais il était clair pour les médecins, qu’avec une échographie de col comme la mienne, je ne tiendrais pas longtemps. Ils m’en ont parlé sans détour. Le seul point positif était le poids du foetus évalué à plus de 1 kg à l’écho, c’était déjà un « beau bébé » pour eux.

J’ai évidemment beaucoup pleuré. La culpabilité m’étouffait. J’étais incapable de protéger mon enfant durant 9 mois. Mon corps me lâchait, et mon esprit partait à la dérive. Ce furent des moments très difficiles ; d’ailleurs, je ne me rappelle plus des quelques jours qui ont suivi le verdict. Juste d’un brouillard confus.

Les médecins me serinaient : Il faut tenir AU MOINS jusqu’à 28 semaines. Mais COMMENT étais-je censée tenir ? Je restais couchée évidemment, mais  à part cela j’étais très démunie.

Oui, la maternité régionale de Nancy s’appelle Pinard … Un comble.

Une MAP à l’hôpital, concrètement cela se passe comment ?

Les médecins étaient donc pessimistes sur la durée de ma grossesse. Tels des coachs, il me fixaient des objectifs :
28 semaines : ce serait déjà super ;
30 semaines : peu de séquelles !
32 semaines : c’était la routine pour eux et je pourrais retourner à Winterfell, où le service de néonatalogie niveau 2 pourrait accueillir mon bébé. Et ainsi de suite …

Telle la prisonnière forcée que j’étais, j’ai réclamé un calendrier où je barrais les jours. Le staff me félicitait à chaque nouvelle journée de gagnée ( notamment au début, car si j’avais accouché à 5mois et demi , le bébé aurait eu peu de chance de survivre ou alors avec des séquelles conséquentes).

Donc chaque matin, on me répétait « C’est génial , youhou. » Sachant que la seule chose que j’avais fait de la journée était de rester allongée à regarder d’un œil morne l’écran de ma télé, je me demandais bien pourquoi on me félicitait… Mais  comme cela semblait leur tenir à cœur de  remonter mon moral en berne, je tentais de leur sourire en retour :  Ouééé.

Mon col, qui avait eu quelques démêlés avec des bistouris ( ici, ici et enfin  ici ) ne remplissait plus son office. Il s’effaçait sous le poids du bébé. Puis finalement, sans doute grâce au repos imposé, il s’est stabilisé.

Les jours passaient …
Une certaine routine s’est installée.

Inconvénients d’être à l’hôpital h/24 :

– Tu ne peux pas profiter de tes derniers mois de grossesse pour montrer ton joli bidon partout. Tu ne peux donc pas te pavaner dans la file « femme-enceinte-de-ton-carrouf ». Pourtant je l’attendais avec impatience ce sésame ! [ NDLR, pour Fils Cadet, alors enceinte de 8 mois, une nana à peine dans son deuxième trimestre a tenté de me passer devant … nan mais allo quoi ! oÔ en fait, c’est la jungle la file « femmes-en-cloque » ]

– Mon look était atroce. J’avais acheté des supers jolis vêtements de grossesse pour finalement me morfondre en pyjamas taille 42. L’un d’entre eux avait un nounours sur la poitrine. Je n’avais plus aucune dignité.

– Allongée, mon ventre semblait tout petit. Était-ce parce que je ne m’autorisais pas à profiter pleinement de cette grossesse ? En tout cas, on décelait difficilement que j’étais enceinte de 6 mois.

– Pendant 1 mois complet , je n’ai  pas eu le droit de me lever  -_-
* Même pour me laver : j’ai découvert les joies de me débarbouiller avec une bassine d’eau chaude et un gant. Les filles me lavaient les cheveux tous les deux jours. Je détestais. Si encore, j’avais eu droit comme chez mon coiffeur à un fauteuil massant …

* Même pour aller aux toilettes … C’est la seule règle à laquelle j’ai dérogé, je peux faire mon coming-out aujourd’hui. Une fois par semaine je me levais, car il y avait quelque-chose que mon corps se refusait de faire dans un plat bassin … un restant de dignité sans doute.

– Les préparatifs et derniers achats se sont faits sans moi. J’avais juste un statut de consultante : c’était très frustrant. En même temps, j’étais dans l’ambivalence, car je ne voulais rien acheter … par superstition. Heureusement LdmJ m’a convaincu d’accepter une très belle chambre qui était en solde sur une durée limitée (merci mamou et papou). Ceci dit, Fils Aîné a un peu taggué la commode et la bibliothèque depuis…

– Je n’avais aucune occupation intéressante. N’ayant ni smartphone (ni de compte fb d’ailleurs), ni de tablette à ma disposition, je me suis vraiment fait ch***.Je n’avais pour me distraire que peu d’occupations disponibles : quelques émissions télévisées et des bouquins qui m’intéressaient peu. Si seulement j’avais eu une liseuse, d’ailleurs. Cela ne prend pas de place et j’aurais eu un choix non exhaustif . J’étais tellement déprimée  que j’aurais pu  lire toutes les bouses intergalactiques, du moment que l’histoire se terminait BIEN ! (Et j’aurais pu affirmer aux infirmières le plus sérieusement du monde que je lisais le dernier prix Goncourt.)
Au lieu de cela, je n’avais que quelques livres policiers et des magazines… et en Novembre, on m’a offert le dernier Goncourt ^^ . Cadeau de ma maman (merci fallait pas) (je plaisante hein, je l’ai lu) (après).

– L’équipe médicale me serinait de ne pas stresser, que c’était mauvais pour le bébé. Ils sont gentils les gens, mais comment faire pour ne pas avoir des pensées noires après l’année pourrie qui venait de s’écouler ? C’était très culpabilisant comme discours et inefficace car je stressais de trop stresser : CQFD.

« OMG, je suis entrain d’avoir des pensées négatives, c’est mauvais pour le bébé, Rhaaaaaaaaaaaa ! » Cercle vicieux.

– Tu as droit à un monitoring tous les jours. Donc tu flippes dès que les bruits du cœur sont légèrement différents. Mention spéciale à la sage-femme qui un matin a eu du mal à trouver le cœur du bébé ( il s’était caché ). Sans oublier le jour, où la machine a déconné et m’a affiché un tracé plat après quelques minutes d’utilisation. De bons souvenirs.

– Tu as l’impression de foirer ton nouveau métier de maman avant même d’avoir commencé. C’est moche.

– Je n’ai aucune photo de moi enceinte de Fils Aîné ( rapport au pyjama nounours certainement. )

Ceci dit , plus les jours passaient , plus le moral remontait et plus j’étais fière de moi ( oui oui fière d’avoir réussi à ne rien faire ) ( c’est bien, tu suis ).

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Voilà encore un exemple de conseils bien culpabilisants : mais ouiiiiiiiiiiii il faut vivre une grossesse sans stress. Puisqu’on te le dit. C’est simple tout de même.
Maintenant, je sais pourquoi Fils Aîné a une rhinite allergique et développe régulièrement de l’eczéma -_-‘

***
Avantages d’être à l’hôpital h/24 :

– Le régime hospitalier te permet de ne pas prendre de poids. La bouffe est dégueulasse. Ma tante m’apportait en douce de supers gâteaux le dimanche, et ma maman me ramenaient plein de fruits.
A la pesée des 6 mois, j’affichais seulement + 3 kgs.

– J’étais chouchoutée. Il faut reconnaître que je n’étais pas une patiente difficile. J’ai horreur de déranger (mon côté petite souris) et je faisais bien tout ce qu’on me disait de faire … c’est à dire rien (à part le number two aux toilettes.) J’appuyais rarement sur la sonnette, et je souriais toujours avec politesse même si je touchais le fond psychologiquement. Du coup, j’ai obtenu plein de petites faveurs non désagréables. (sauf  de la bouffe en plus.)

– J’ai bénéficié de 3 préparations à l’accouchement différentes. Avant d’être hospitalisée, nous avions commencé l’haptonomie. Malheureusement, nous avons dû interrompre cette méthode. Cependant, avec nos quelques bases, nous nous faisions encore des séances à deux à l’hôpital.

Comme j’étais légèrement stressée, on m’a prescrit des séquences particulières de sophrologie. C’était planant, les seuls moments où je lâchais vraiment prise. Je recommande vivement.

Et enfin, j’ai eu droit à une préparation classique en individuel avec une sage femme super sympa, qui a réussi à me faire pleurer avec le fameux : « Vous pourrez attraper votre bébé quand il sera prêt à sortir ! »

– J’avais des massages complets tous les deux jours.

– C’est moi qui ai gagné le droit de choisir le prénom du bébé, j’explique tout d’ailleurs ici. Vu le contexte, LdmJ ne pouvait rien me refuser. Le prénom « Paul » est donc passé aux oubliettes pour mon plus grand bonheur.

– Puis quand j’ai recommencé à y croire, j’ai lu des livres parentaux et notamment ma cousine m’a passé un chouette bouquin   » L’allaitement » de Marie Thirion. Je suis devenue incollable sur le sujet, je pouvais te parler de colostrum sans en avoir jamais vu la moindre goutte. ( Je ne disposais pas de google image ).

– J’ai eu plusieurs conversations philosophiques avec les sages-femmes. Notamment concernant la date de mon hospitalisation. Cet anniversaire nous a beaucoup fait parler : coïncidence pure ou mon psychisme m’avait-il joué un sale tour ? Je préférais évidemment croire en la première hypothèse moins culpabilisante.

Quelques conseils si on doit passer une partie de sa grossesse à l’hôpital :

– Prévoir une liseuse, vraiment c’est vital. Et ne pas culpabiliser d’acheter des romans Harlequins (quoi ?).
– Profiter du fait que son chéri ne peut rien nous refuser pour réclamer le smartphone de ses rêves ou un iPad. Il faut bien tuer le temps. Et les petits esclaves qui les fabriquent.

– Prévoir un stock de provisions (genre des fruits pour ne pas trop grossir.)
– Faire un planning de visites avec ses proches. C’est sympa de voir au moins une personne par jour. C’était mon cas, j’étais chanceuse. Je remercie particulièrement ma sœur et la tante de LdmJ, toute deux nancéiennes, qui passaient me voir très souvent.

ET bien sûr : Ne pas stresser !!! 😉

Plus sérieusement, demander au personnel s’il est possible d’avoir des séances de sophrologie, et/ou de massages, car c’est très appréciable et utile d’apprendre à se détendre.

EPILOGUE

J’ai tenu bon. A la grande surprise des gynécologues de Nancy. L’un d’entre eux m’a affirmé que cela tenait du « miracle ».

A 30 semaines, on a arrêté de me médicamenter. Mon col « n’a pas bougé ».
A 31 semaines , j’ai eu le droit de me lever pour me doucher et  aller aux toilettes. Délivrance. Mon col « n’a pas bougé ».
A 33 semaines, je suis retournée à l’hôpital de Winterfell situé à 10 minutes à pied de ma maison.

Arrivée à Winterfell, j’ai encore tenu bon jusqu’à la fameuse 37ème semaine, qui devait me donner le ticket de sortie.
Le 21 novembre, j’avais 30 ans. J’étais censée accoucher le 21 décembre. J’ai demandé à mon gynécologue de me laisser fêter cet anniversaire à la maison. Il était grognon, il voulait me garder une semaine supplémentaire : pour être sûr. Il m’a expliqué qu’une fois rentrée, j’allais commettre des imprudences et que j’accoucherais dans la foulée soit à 36 semaines, et que c’était dommage.

Mon gynécologue me connaissait mal. Je n’avais pas fait tous ces efforts pour danser la gigue en rentrant chez moi.

Fils Aîné est venu au monde à la mi-décembre à plus de 39 semaines de grossesse, parfaitement parfait et parfaitement à terme. J’ai vécu un accouchement tout à fait normal :  j’ai ressenti les premières contractions dans mon salon devant ma télévision (« Maison à vendre ») + 10 heures de souffrance + 5 heures sous péridurale. Tous les gynécologues m’avaient pourtant prédit un accouchement rapide …

Notre fils est né quelques jours avant le plus joli Noël de  ma vie.

*** GENERIQUE de FIN ***

Comme générique final, j’ai choisi  » Perfect Day  » de Lou Reed (hommage) : titre qui illustre à merveille cette belle  journée que représente la naissance d’un premier enfant
(oui bon exceptées les 15 heures qui précèdent sa venue au monde).
Elle m’évoque les souvenirs d’un nouveau commencement : celui des jours heureux et apaisés.

( Sans oublier cette magnifique séquence du film  » Le premier jour du reste de ta vie » )

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