Le travail c’est la santé,
Rien faire c’est la conserver.
 
 
Je pratique le compromis : j’ai choisi un métier où il est bien connu que nous ne foutons rien : je suis prof ( de maths en plus ). Voilà.
Dans le troisième épisode de la saison 1, j’explique les origines de ma vocation, notamment grâce à une dissertation collector ( pour moi ).
Nous allons aujourd’hui faire un bond d’une quinzaine d’années dans le temps, pour pouvoir évoquer mes débuts dans cette profession.
En toute modestie, une représentation de moi …

*** GENERIQUE  ***


Il y a douze ans, j’ai débarqué au pays des Secondes …
Le choc fut rude quand j’ai découvert celui des Sixièmes :

 



***

Mon année de stage.

 
Pendant de nombreuses années, je ne me suis jamais posée de question : je voulais devenir prof de maths. Une fois étudiante, j’ai commencé à douter.
J’étais très timide, et même si cela allait ( un peu ) mieux, je commençais à me demander si ce trait de caractère était compatible avec le fait d’enseigner. Oui, il m’a fallu un peu de temps pour réaliser ce qui peut sembler évident à n’importe qui.
De plus, la Fac de Sciences était située à proximité d’un collège. Je regardais régulièrement les gamins aller et venir, et je me demandais si j’avais vraiment envie de me retrouver face à des classes d’élèves adolescents, parfois insolents, sans doute peu volontaires et boutonneux.
Arrivée en fin de Maîtrise (ouais, le diplôme BAC+4 qui n’existe plus donc qui n’a aucun intérêt) de Mathématiques, je n’étais plus vraiment sûre de mon choix de départ. Je suis donc allée demander un dossier d’inscription pour un DEA tourné vers l’ingénierie. Ce dernier m’aurait permis de devenir ingénieur mathématicien. A cette époque, à chaque fois que j’entendais ces mots, je pensais à cette chanson atroce ( pardon ). Tu remplaces juste informaticien par mathématicien. Je ne sais pas si c’est la faute de ce tube bien pénible mais j’ai laissé tomber l’idée. J’ai préféré passer les concours pour devenir enseignante ( 3 fois ) ( après mon deuxième échec, j’ai regretté ce choix ).
Nous avons beaucoup parlé, ces dernières années, du problème de la formation des jeunes enseignants. En 2001, ce n’était pas le top mais nous étions tout de même formés. Le vrai problème c’est que toute la première partie de notre formation ( avant d’obtenir le concours ) était purement théorique.
Nous avions seulement droit à 2 semaines de stage d’observation dans un collège et dans un lycée. Durant celui-ci, tu te retrouvais assis au fond d’une salle de classe et tu observais un prof faire cours à des élèves de 6ème ou de terminale : particulièrement formateur donc.
True Story : Lors de ce fameux stage d’observation,  LdmJ avec deux autres futurs collègues étaient en retard pour assister à un cours, ils ont donc couru dans le collège pour se rendre dans la salle de classe. Il se sont fait arrêter par le CPE qui les a pris pour des élèves en retard ( je rappelle que ce stage se déroulait dans un COLLÈGE, mouhaha ).
Pour ma part, j’avais toutefois donné quelques cours. L’année précédent l’obtention de mon concours,  j’étais assistante d’un professeur de maths malvoyant dans un lycée ( oui, après deux échecs consécutifs au CAPES, j’ai dû me trouver un travail très mal payé). Quand il était absent, il me laissait ses préparations et je prenais sa place. Je corrigeais également certains de ses paquets de copies. Je me rappelle d’ailleurs très bien de l’une de ses collègues de maths qui, en me voyant en train de corriger des devoirs de 1ère STI, s’est exclamé d’un ton angoissé :  » et on vous laisse corriger des copies ? !!! «  ( toujours sympathique comme réflexion, j’avais juste une maîtrise de maths, hein … ).
En juillet de cette même année, j’ai enfin réussi à obtenir le CAPES. J’allais pouvoir corriger des copies en toute légalité et ne plus les jeter sur les marches d’un escalier.
Fin août, j’ai reçu l’affectation pour mon année de stage : Winterfell. Comble du drôle : j’ai été muté dans le lycée où LdmJ venait de finir son stage ( ce lâcheur avait réussi son CAPES une année avant moi ) et j’ai donc eu la même tutrice. Bizarre.
Cette année là, j’avais donc une classe de seconde en responsabilité soit 6 heures de cours (LA FEIGNASSE quand même ), et je suivais une formation, deux jours par semaine à Nancy.
Aujourd’hui, les nouveaux jeunes collègues ont directement un service de 18h. Je dois avouer que je me demande comment il font. Personnellement avec mon unique classe, je bossais H24 ( ouiiiiii , je fais ma marseillaise : on va dire H12 voilà ).
Lors du premier jour de formation, on nous a expliqué  COMMENT ne pas foirer sa première heure de cours. Vous voyez le livre sur l’éducation des enfants :  » Tout se joue avant 6 ans  » ( que dans un moment de faiblesse, j’ai acheté ) et bien cette journée de formation aurait pu s’intituler  » Tout se joue dans les premières minutes de ta première heure de cours « .Histoire de ne pas se rajouter de la pression supplémentaire.
Déjà, que nous étions tous des cocottes minutes sur le point d’imploser …De plus, certains parmi nous avaient déjà eu leur première heure de cours la veille et ils se sont rendus compte au fur et à mesure de cette journée, qu’ils avaient effectivement tout foiré lors de ces fameuses 10 premières minutes, c’était donc ballot : Next Job !
Moi je ne voyais ma classe que le lendemain. Chanceuse donc. Comme c’était une classe de seconde et que je faisais très jeune, j’avais décidé de les vouvoyer, histoire de mettre une distance entre eux et moi, tu vois.
10h – vendredi matin : les 30 élèves rentrent dans la classe.
10h05 – J’interroge le premier d’entre eux.
Je le tutoie.
GAME OVER.
Je n’ai jamais vouvoyé un seul élève ( en même temps par la suite, je n’ai enseigné qu’en collège, où là pour le coup, cela aurait été vraiment bizarre :
– Djoey s’il vous plait, pourriez vous me donner votre carnet que j’écrive  à votre môman qu’il ne faut pas dire  » Ferme ta gueule  » à son voisin . Oui merci Djoey, trop aimable.


Ceci dit, je rigole mais certains de mes collègues le faisaient dans le petit collège de V. perdu dans la campagne easterosienne. C’était un peu surréaliste d’ailleurs.

Nos formateurs nous ont expliqué qu’être prof équivalait à donner chaque jour une représentation théâtrale, qu’il faudrait nous montrer sous un jour différent de ce que nous étions en réalité.
J’aurais voulu être … un artiiiiiiiiiiiiiiiiiste ! Pour pouvoir faire mon numéroooooooooooo !
Ce passage de How I Met Your Mother où Ted qui débute en tant que prof d’architecture à la fac, sonne juste ( même si, évidemment, c’est exagéré ). Quand tu te retrouves devant ta classe le premier jour, il faut que tu décides si tu vas te montrer naturelle ( et somme toute assez cool ) où si tu vas forcer ta nature et être dès le début très sèche afin d’établir une distance raisonnable et nécessaire avec tes élèves.
Puis finalement, tu fais une sorte de mix des deux qui ne ressemble à rien du tout. C’est normal, tu débutes.

 

Mais je peux rassurer les jeunes profs, tout ne se joue pas durant la première heure de cours. On peut toujours changer de cap ( la phase d’ajustement peut être longue d’ailleurs).
J’avais décidé de ne pas parler de mon statut de prof stagiaire à mes nouveaux élèves.
Mais j’ai commis un gros Fail, à la sortie de la salle des profs, le jour de la prérentrée. J’ai été interrogée par le journal local, qui cherchait des ressentis de stagiaires. Et j’ai accepté ( l’appel de la gloire sans doute ).
Six stagiaires de Winterfell ont ainsi rempli une page complète du journal. Inutile de te dire que l’encart avec ma tronche et mon nom était suffisamment gros, pour qu’au moins un élève de ma classe le repère et s’empresse d’en parler à tous ses camarades. Le deuxième jour, ils étaient donc tous au courant. J’aurais dû leur en parler moi-même dès la première heure de cours. Ma tutrice venant m’observer tous les lundis après midi, autant expliquer pourquoi.
Les premières semaines ont été tendues mais je pensais m’en sortir à peu près correctement, certes je trouvais mes élèves un peu bavards, mais ma tutrice m’avait expliqué que lors des séances d’exercices, on pouvait avoir un peu plus de bruit.Cependant au bout de deux mois, elle m’a expliqué qu’il fallait recadrer … sans dramatiser la situation ( du tout ) :
– Si tu continues comme cela, la semaine prochaine ils danseront sur les tables …

Le cauchemar absolu de prérentrée de chaque enseignant. Gloups.
Elle m’a aussi expliqué que je disais tout le temps :
– Mais ça suffit maintenant ! ... afin de les calmer et que, bizarrement, cela ne se révélait que peu efficace.
Elle m’a imité en prenant une voix pincharde, j’étais mortifiée ( LdmJ était mort de rire quand je lui ai raconté ) ( aucune empathie, ce mec ) ( et pendant des années, il l’a utilisé comme gimmick, quand il me voyait fâchée ou boudeuse : Oh ça suffit maintenant ).
J’avais également d’autres tics de langage. Je m’excusais tout le temps, dès que j’écrivais trop vite au tableau, je ne pouvais m’empêcher de rajouter « oh pardon », j’oubliais le prénom d’un élève : « Excuse moi »
J’ai gardé longtemps ce tic (on ne se refait pas) mais aujourd’hui, il a complètement disparu et heureusement, car on sentait l’angoisse dans le ton que j’employais. Et le manque d’assurance dans ce métier ne pardonne pas.
 
Bref, j’ai dû redresser le cap dès le début, avec plus ou moins de réussite. Heureusement mes élèves n’étaient pas du genre à se mettre debout sur les tables, ils n’étaient pas insolents mais simplement bavards et lors de mes deux inspections par des formateurs de l’IUFM, ils se sont même révélés très agréables. Ma tutrice, qui les observaient en condition normale d’utilisation, était scotchée de leur changement d’attitude.
Cette année-là a également été marquée par le mémoire professionnel que nous devions rendre et présenter en juin devant un jury. Voici le sujet du notre : S’appuyer sur la diversité des élèves.
Avec ma collègue stagiaire dans le même lycée, nous devions donc écrire une bafouille de 30 pages s’appuyant sur notre vécu en classe (et sur la diversité des élèves, donc.) Entre autres choses, nous avons préparé des séances de cours et d’exercices particulières, que nous avons testé avec les élèves en aide ou en demi-groupes (les modules).
La plupart des résultats que nous avons écrit ont été pipotés, car dans la réalité vraie (pas celle des bouquins de pédagogie) il est difficile de mettre en place des expérimentations compliquées avec des élèves ( surtout quand tu débutes ) et que tout se passe comme prévu. Il y a avait toujours des impondérables qui faussent les résultats ( et qui t’énervent grave. )
La rédaction du mémoire a été longue et fastidieuse également. Il faut savoir, qu’à l’IUFM, il existe un langage particulier pédagogique.L’élève devient un apprenant. Nous ne faisons plus des devoirs mais des évaluations diagnostiques, ou sommatives ( il y en a une 3ème mais j’ai oublié ) ( tant pis ). Ton stylo rouge est un outil scripteur … Chaque mot simple est remplacé par un autre plus compliqué et à la limite de la compréhension. La palme revient à mes collègues PE ( profs des écoles), dont le ballon devient un référentiel bondissant. On s’est bien marré avec cela.
Bref , il fallait utiliser ce jargon pour écrire notre mémoire, ouéééé.

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Le pédago-loto.
Des copains stagiaires, nous avaient distribué cette fiche avec des mots utilisés fréquemment par nos formateurs IUFM. Nous devions cocher les mots entendus durant leurs monologues ultra-ennuyeux.
Et si nous complétions une ligne ou une colonne, nous devions nous lever et crier  » FOUTAISES ! »
Evidemment personne ne l’a jamais fait mais nous nous souriions avec connivence et notre capacité d’écoute avait fortement augmenté.
Dans notre mémoire, clairement axé pédagogie différenciée et remédiation, nous pouvions rajouter FOUTAISES sur chaque page, et même chanter « Paroles, paroles » de Dalida.
***
J’ai fait également un stage en école primaire ( dans le cadre de la liaison CM2/6ème ), ce ne fut pas inintéressant et c’était marrant de voir des gamins se poser des questions sur le métier de prof. Un des stagiaires a eu la question suivante : « OHHH, c’est toi le maître des Maths ? » … plutôt choupi, non ?
Je me suis moquée de LdmJ qui s’était fait prendre pour un élève dans les couloirs d’un collège ( certes de dos, parce que de face il avait quand même une barbichette, nanméo ). En attendant, ce ne fut pas mieux pour moi : durant toute mon année de stage, j’ai été prise pour une lycéenne. Le plus drôle, ce fut certainement le jour où je suis allée donner mon sang dans un fourgon mobile sur le parking du lycée. Seuls les élèves de plus de 18 ans pouvaient s’y rendre. Tout le monde m’a tutoyé, j’ai sympathisé avec une élève de terminale qui fut mortifiée d’apprendre que j’étais prof ( bon, je n’avais que quelques années de plus qu’elle ).
Au début de l’année, cela me vexait et puis sur la fin, j’en avais pris mon parti. Autant ressembler à une jeune et jolie lycéenne plutôt qu’à une vieille conne de prof de maths.

J’ai été titularisée assez facilement. Notre mémoire d’ailleurs a fait un tabac ( hein, Caro ^^ ).J’ai donc réussi à échapper à la visite de Mr l’inspecteur en fin d’année, ce dernier visitait un stagiaire de maths sur deux et c’était un peu au petit bonheur la chance. L’année précédente, il était venu inspecter LdmJ en juin (en juin, en lycée, ouais) car sur un de ses rapports de stage était écrit le mot  » stressé « . HAHA, oui quand nous nous faisions visiter par nos formateurs, nous étions légèrement sous tension, avec une voix qui part en sucette et les mains qui tremblent. Bref, ce fut pas de chance pour  LdmJ, mais depuis il a pris l’habitude : c’est devenu le spécialiste des inspections en juin. ( Même si elles se sont toujours bien passées, ce n’est VRAIMENT pas la meilleure période pour se faire visiter ).J’ai donc eu le droit de faire des vœux pour obtenir un poste fixe en Easteros. Notre région étant vaste, il était possible que je me retrouve très loin de notre point de départ. L’année précédente, LdmJ avait contre toute attente obtenu un poste dans un collège winterfellien ( pour un rookie, c’était déjà du bol d’avoir obtenu un poste fixe et non une zone de remplacement ).En juillet, mon syndicat m’a appelé :

Mme Batmax ? ( non, mais en vrai je ne m’appelais pas encore Batmax, nous n’étions pas marié ). Vous allez être ravie, vous avez obtenu un poste dans un collège de Winterfell !

OK, il y a 3 collèges à Winterfell, on croise les doigts :

– Attendez … le collège X

MERDE, le même que LdmJ.

Silence de ma part.

– Oh , vous n’avez pas l’air contente ? C’est drôlement bien comme première affectation pourtant ?

Oui JE SAIS, on avait dit la même chose à LdmJ l’année précédente : un collège de centre ville, prosternez vous !  ( En même temps, nous allions être H24 ensemble, c’était un peu flippant quand même ).

Au final, ( à part deux années, où mon poste ayant été supprimé, j’ai dû aller travailler dans une petite ville à 40 km de là ) nous avons toujours travaillé au même endroit. Ce n’est pas l’idéal en théorie, mais cela se révèle très pratique avec les Mômes ; et surtout nous pouvons nous y rendre à pied depuis la maison.

Par contre, mon poste est toujours sur la corde raide et il est fort probable que j’aille faire un complément de service dans un autre établissement l’année prochaine, et à terme il y aura sans doute une suppression pure et simple.

Mon année T1 ( titulaire première année ) ( jargon toujours )

L’année, qui a suivi le stage fut tout simplement HORRIBLE. N’ayons pas peur des mots. J’avais  5 classes, dont deux quatrièmes, et l’une d’entre elles était très difficile ( enfin, pour moi ). Aujourd’hui , je peux l’avouer : j’ai été complètement bordélisée.

– Bonjour, je m’appelle Madame Batmax et en 2003, des élèves de 13 ans m’ont bordélisé et m’ont fait perdre l’estime de moi.
– Bonjour Florence !

Je me souviens en particulier de l’heure de 16h à 17h du vendredi soir, qui ne ressemblait à rien, et grâce à laquelle je commençais mes week-ends en chialant.

J’avais pourtant des élèves gentils notamment dans la classe de 5ème dont j’étais PP ( prof principale ), mais cela ne suffisait pas pour contrebalancer mon impression de gâchis avec cette classe de 4ème. Je ne me suis jamais sentie autant  nulle dans mon métier que cette année là. J’ai vraiment pensé que je n’étais pas faite pour cela.

Si tu n’arrives pas à être Maître des maths  de ta classe, il est très difficile de leur enseigner quoi que ce soit. La majorité des élèves de cette classe se montraient insolents et désagréables avec moi.

Quand j’ai regardé le film Entre les Murs de François Bégaudeau, qui a été Palme d’Or à Cannes, je me suis fait la réflexion que beaucoup de situations de classes sonnaient très justes ! EVIDEMMENT, c’était vraiment exagéré (car condensé sur 1h30) par rapport à ce que nous pouvions vivre.

Ce film montre le quotidien d’une classe de 4ème dans un collège parisien difficile ( très difficile. )

Nos élèves sont des anges par rapport à eux. Mais cette classe me faisait clairement penser à ces fameux 4ème7. Le trait était grossi, mais je reconnaissais les situations.

Je pense notamment à une scène où le prof de français convoque une gamine en fin d’heure, et exige qu’elle lui fasse des excuses. Cette dernière commence par refuser ( ses copines l’attendent dans le couloir , et c’est trop la te-hon ), mais pour récupérer son carnet elle finit par les lui cracher ( il n’y a pas d’autres mots possibles ). Une fois le carnet entre ses mains, elles se tournent vers ses amies et ajoute triomphante : « Je ne le pensais pas, hein … »
Bah c’est exactement cela. Ne jamais demander des excuses orales à un adolescent, il ne le fera jamais sincèrement, par contre le dissuader de recommencer reste encore la meilleure option. Mais je n’ai pas de recette miracle ( c’est au cas par cas. )

Un extrait du film Entre les Murs, ou comment une situation de classe peut dégénérer :

Le prof  a une parole malheureuse (qu’il regrettera par la suite) et pourtant … Pour un élève si tu lui dis que son comportement est stupide, il comprend : tu es stupide.
Le choix des mots est très important. D’autant plus que les ados déforment tout …

Quand tu débutes, on ne peut pas dire que ta hiérarchie joue la pom-pom girl d’encouragement derrière toi, c’est même plutôt l’inverse. Si tu viens leur confier un problème, tes chefs préféreront lever les yeux aux ciel. Histoire que tu te sentes encore plus minable.

Un collègue que je connais (très) intimement, se rappelle très bien comment, lors de cette fameuse année T1, après avoir viré un élève de son cours, il a vu sa chef-adjointe ramener le gamin dans sa classe en lui intimant :
 » Mr L**J (il tient à son anonymat ), j’aimerais que l’on parle après votre heure de cours, car cela ne va pas du tout ».

Les élèves se sont tout de suite mis à pépier : « Rhooo, comme il va se faire engueuler ! »

Putain, mais quelle conne cette principale-adjointe quand même. T’imagines aisément le défaut d’autorité vis-à-vis de ta classe, après une intervention aussi inutile qu’insultante.
Au fait, le gamin avait été exclu car il essayait de s’étrangler avec son manteau à plusieurs reprises  pendant l’heure de cours. Elle avait raison : cela n’allait pas du tout … mais surtout dans la tête du gamin, malheureusement.

Revenons sur mon année. Oui, on parle de moi à la base.
Un beau matin de mars, un papier anodin dans mon casier m’apprend que je vais me faire inspecter un vendredi soir à 16h avec ma classe honnie.  Je me souviens m’être mise à trembler puis  avoir couru presque en larmes dans la bureau de la Principale. J’étais persuadée que des parents s’étaient plaint et que c’était un visite pour prendre mesure de l’importance des dégâts. En fait pas du tout, tous les T1 étaient inspectés cette année là. Cette visite n’aboutissait pas à une note, donc elle se révélait de plus complètement inutile pour notre avancement de carrière.

Mes collègues m’ont réconforté, mais j’ai passé deux jours complètement hagarde ( c’est dingue de se mettre dans des états pareils pour une inspection, aujourd’hui je suis beaucoup plus zen ). Finalement l’heure de cours en question ne s’est pas révélée pire que d’habitude mais pas beaucoup mieux non plus. A 17 h, j’ai dû présider le conseil de classe dont j’étais PP ( à moitié absente mentalement ) et ensuite j’ai eu droit à une heure d’entretien avec la chargée de mission. Elle ne m’a pas descendue particulièrement mais il était évident que je ne m’étais pas montrée à la hauteur. Finalement je suis rentrée à 19h , me suis couchée et j’ai dormi 12 heures d’affilée ( heureusement, je n’avais pas de Mômes ).

Son rapport ne fut pas si négatif, et je n’ai pas eu la contre-visite d’un inspecteur ( contrairement à d’autres T1). Alors je ne dois pas trop me plaindre.

Cette année-là  fut également la seule de ma carrière où j’ai réussi à chopper un petit mot parlant de ma personne. J’avais confisqué la photo de classe d’une élève car elle la faisait passer pendant mon cours (c’est vrai que c’est super discret d’écrire sur une photo de classe de 20*30cm , hein ).

Je cite le petit mot (il est resté gravé dans ma mémoire) :

« Mais quelle chienne de pute de sa mère celle-là, je te jure qu’elle va me la rendre, ma photo !!! »

Super sympathique comme description, n’est-ce pas ?

Evidemment, « l’affaire du petit mot » s’est terminée dans le bureau de la CPE. Et vous savez ce qu’a obtenu la gamine comme punition : des remontrances ! C’est tout. Comme je vous l’expliquais plus haut, quand tu débutes, tu te sens rarement soutenue. Il se trouve que cette élève ne posait pas de problème particulier, … à part  en mathématiques ( donc en gros c’était moi qui faisait chier tout le monde, quoi ). Donc, ils ont mis ce mot sur le compte d’une  » folie passagère  » de la part de l’élève. Je dois avouer qu’à ce moment précis, la mienne de folie menaçait de devenir permanente.

Sinon, cette insulte est devenue un gimmick-blague entre LdmJ et moi.
Ouais, nous avons des bonheurs simples ( et étranges ).

Puis l’été est venu. Et les années ont passé.

J’ai appris à gérer de plus en plus de situations. Les collégiens ne sont pas plus faciles, mais maintenant que je suis une vieille dame de la profession, c’est quand même beaucoup plus aisé.

Je ne fais pas de représentations théâtrales devant les élèves, je reste naturelle, je leur souris beaucoup parce que c’est dans ma nature et que je n’ai pas envie de ressembler à un dragon. Mais j’essaie tout de même de maintenir une certaine distance. Avec certaines classes, c’est génial, avec d’autres beaucoup moins. Mais j’arrive à faire mes cours convenablement. Et je n’ai jamais eu de plaintes ( ou alors, on me l’a caché ) ( ce qui est possible également ). Dans l’ensemble, cela va bien.

Si mon poste est supprimé dans un futur proche , il est possible que je me retrouve dans des collèges nettement plus difficiles. Je viendrai donc m’en plaindre ici ( avec un peu de chance, nous pourrons en rire ensemble ).

*** GENERIQUE de FIN  ***

Pour clôturer cet article, voici une chanson de Mademoiselle K que j’adore.
Elle aussi, a tenté le CAPES ( en musique évidemment ) et elle l’a raté.
Finalement, elle vit sa passion autrement !
En plus, il y a une spéciale dédicace à « tous les gros bouffeurs de glace », donc pour moi fatalepicardment !
Ça sent l’été , le CAPES que j’ai raté …

Si cet épisode t’a plu , n’hésite pas à le commenter, l’aimer ou même le  partager.

( Soyons fou ) (  Merci

Si tu t’es dit en le lisant : « pff encore un enseignant qui se plaint » , bah ce n’est même pas vrai.
J’ai bien fait attention.
( Et je te fais des bisous quand même pour avoir lu le générique jusqu’au bout. )

 

***
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