Ce billet, j’ai longtemps hésité à l’écrire : il n’est pas dans le ton habituel des épisodes du blog.
Certains sujets ne peuvent être tournés en dérision.

Je n’ai pas voulu écrire un article tire-larmes. Je pense surtout avoir besoin d’en parler, mais quand j’évoque le sujet, je me sens gênée, mes interlocuteurs également : cela ne me soulage aucunement.

Ce blog me semble donc un lieu d’échange idéal pour évoquer cet épisode de ma vie : pour moi, il est plus facile d’exprimer des émotions derrière un écran.

*** GENERIQUE ***

 Quand les nuages arrivent sur un ciel d’été :

 ***

Quand nous avons décidé d’avoir un enfant en 2006, nous pensions qu’éventuellement je pourrais avoir des difficultés pour « tomber » enceinte. Par contre nous n’envisagions pas une suite de grossesse compliquée. Je n’avais que rarement entendu parler de fausse couche, très peu de personnes de mon entourage avaient été confrontés à cette épreuve. Je ne connaissais pas grand chose aux mystères de la grossesse. Et à vrai dire, tout cela ne m’avait jamais vraiment intéressé. Pour moi la grossesse était un passage obligé afin d’avoir notre petit bébé. Les 3 premiers mois se sont bien passés et la première échographie fut magique : je me rappelle que nous avons été fascinés par ses petits doigts et que LdmJ s’imaginait déjà en train de lui apprendre à jouer de la guitare.

Les soucis ont commencé peu de temps après. Nous avons fait les tests sanguins afin de déterminer la probabilité que le fœtus soit atteint de trisomie 21. J’étais confiante, j’avais 28 ans et la clarté nucale était parfaite. Je savais également que ces foutus tests donnaient beaucoup de faux positifs ou de faux négatifs ( environ 25 % : ce qui est ÉNORME ) et que ce n’était qu’une probabilité au final. Et pourtant, nous nous sommes laissés convaincre de les réaliser …

Après 3 jours passés à Paris, durant lesquels nous avons beaucoup marché : musées, balades … j’avais eu quelques crampes et de légères pertes de sang. Je suis donc retournée voir ma gynécologue, et ce fut là qu’elle m’appris la mauvaise nouvelle :  nous avions 1 risque sur 90 de mettre au monde un enfant trisomique. De plus, les pertes de sang étaient liées à un placenta bas inséré. Elle m’a expliqué que compte-tenu de ces symptômes et du calcul aléatoire de risque, il serait préférable de faire une amniocentèse. Je me rappelle avoir beaucoup pleuré en sortant de son cabinet …

Le risque de fausse-couche suite à cet examen est élévé : 1 risque sur 100 ( si on compare au 1/90 d’avoir un enfant trisomique, c’était au final bien proche ). Nous en avons parlé avec des médecins et de la famille, et aucune personne ne nous a vraiment mis en garde. « Le risque existe mais c’est tellement rare ».

Notre décision fut prise rapidement. J’étais alors enceinte de 18 semaines. L’examen s’est bien passé et fut très rapide : il s’agit de prélever un petit peu de liquide amniotique directement dans l’utérus. Ce fut fait à l’hôpital dans des conditions d’hygiène qui m’ont semblé parfaites.

Et pourtant …

3 jours plus tard, le 14 septembre 2006, j’ai débuté une grave infection de la paroi utérine qui n’a laissé aucune chance à notre futur enfant. En arrivant à l’hôpital fiévreuse, elle s’était déjà envolée : car oui, c’était une fille. Le reste est très douloureux et n’appartient évidemment qu’à nous.

J’ai refusé de suivre une psychothérapie par la suite, et je sais que j’aurais dû. Mais j’ai arrêté après un seul rendez-vous. Evidemment les résultats de l’amniocentèse n’ont révélé aucune anomalie sur le foetus et m’ont plongé dans un profond sentiment de détresse et de culpabilité.

Je n’ai pas eu confiance en cette enfant. Ce qui était arrivé me semblait être uniquement de ma faute : étant enceinte je me devais de la protéger et au contraire j’ai autorisé un geste chirurgical invasif et inutile qui ne lui a laissé aucune chance de vivre. Que de reproches je me suis fait, et je me fais encore.


Un jour, petite fille, j’ai demandé à ma maman si elle aurait souhaité que mon frère ( mort à 7 semaines de la MSN ) soit toujours là. Elle m’a expliqué simplement et en me prenant dans ses bras, que s’il avait vécu, je ne serais pas née. Et qu’elle était heureuse que je sois là. On ne peut réécrire le passé : mes deux garçons ne seraient pas venus au monde si nous avions fait un autre choix ce jour là. J’aurais certainement d’autres enfants mais ce ne seraient pas EUX. Peut-on alors parler de destin ?

 

 


Si j’écris cet article, ce n’est pas que pour soulager ma conscience, ni pour effrayer des futurs parents. Je veux juste dire qu’au cours de notre vie  nous avons tous des choix à faire et que certains peuvent se révéler lourd de conséquences.

Une décision de ce genre doit être prise après un temps non négligeable de réflexion personnelle.

Nous ne l’avons pas fait : nous étions sur une route déjà tracée et  nous avons suivi en toute confiance le mouvement insufflé par d’autres …  On dit oui aux médecins pour des examens, puis à d’autres et tout s’enchaîne naturellement … Nous sommes dans une société où le principe de précaution prévaut. Je ne rends personne responsable de ce qui est arrivé : je me sens seule fautive car je connaissais les risques et n’ai pas voulu les voir. J’étais juste égoïstement effrayée à l’idée de mettre au monde un enfant différent.

Bien évidemment, nous n’avons pas souhaité faire de tests sanguins pour nos deux garçons, et nous avons la chance qu’ils soient en parfaite santé.
Mais il est vrai qu’à chaque visite prénatale, j’angoissais énormément que l’on découvre une pathologie nécessitant des examens supplémentaires : quelle décision aurions dû nous prendre alors ?


EDIT du 1er Août

~ ÉPILOGUE ~

Je voulais  vous remercier pour tous les messages que vous m’avez écrit suite à la publication de cet article. Je me sens beaucoup mieux ce matin. Vous m’avez donné énormément de pistes de réflexion.
Premièrement, j’ai changé le titre de l’épisode car je n’en supportais plus l’original  : « Ceux qui ont pris la mauvaise décision ». Effectivement, il n’y a pas de bonne ou mauvaise décision, il y a un choix que nous avons fait.
Ce choix fut difficile à assumer, encore aujourd’hui.
Mais je vais tenter de me montrer plus indulgente envers moi-même.
Deux personnes parmi vous m’ont écrit que porter cette culpabilité en moi est peut-être un moyen de continuer à  faire vivre ma fille indirectement. J’ai pleuré en lisant ces mots. Parce qu’ils sont vrais.
Je n’ai pas envie de l’oublier. Mais je peux m’autoriser à penser à elle positivement.
Le jour venu, j’espère pouvoir parler d’elle à ses frères sans culpabilité .
MERCI <3.

*** GÉNÉRIQUE ***

Pour notre Lili ( ~ Angéline ~ ), avec tous nos regrets  ♥

 

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