Oui, aujourd’hui j’ai envie de parler accouchement. En tant que multipare, j’adore les raconter en long, en large et en travers. Comme cela ennuie profondément mes interlocuteurs (mais ils sont civilisés, et ne se sont jamais plaints), je vais pouvoir les raconter ici, quelle joie (pour moi).

En fait je vais raconter celui de Fils Cadet, car celui de Fils Aîné fut plus traditionnel. [ Si on excepte ce putain d’anesthésiste, qui n’a pas souhaité bouger son cul se déplacer la nuit sous prétexte que mon taux de plaquettes était trop bas ] [ Dommage pour sa pomme, je sais pertinemment que 120 000 est supérieur à 90 000 ] [ Connard ].

Oui l’accouchement révèle une facette non négligeable de notre personnalité : la vulgarité.

*** GENERIQUE DE DEBUT ***

 

 

Nous sommes le 29 Septembre 2010.

10h00

J’ai rendez-vous à la maternité.

Je suis en menace d’accouchement prématuré depuis le troisième mois de grossesse.

J’ai été cerclée au quatrième mois.

Je suis suivie par une sage femme à domicile depuis le sixième mois : j’ai droit à un monito tous les deux jours.

J’ai été décerclée au début du neuvième mois. Mon gynécologue m’a alors dit que  je devrais accoucher dans la semaine. Il a même rajouté : « essayez de tenir encore 7 ou 8 jours ». Ahah, très drôle, je suis rentrée chez moi ( en serrant les jambes ) .

Trois semaines plus tard, toujours aucune contraction. J’avais trop bien serré, Fils Cadet ne voulait plus sortir.

Une sage femme de la maternité m’a affirmé :  « Pas de souci » avec sa méthode « miracle » dans 3 jours maxi j’aurais accouché, elle m’a fait des massages bizarres sur le ventre et de l’acupuncture.Une semaine après, rien n’avait changé. ( « C’est bien la première fois que cela arrive » m’a dit mon acupunctrice ) ( c’est ballot ).

Il y a deux jours, le jour du terme théorique, la sage-femme qui me suit à domicile m’a fait un décollement de la poche des eaux. Putain, si un jour un membre du personnel médical vous propose de le faire : dites NON ! C’est ultra douloureux et, pour mon cas, complètement inefficace. Depuis je marche en canard. Et les quelques petites contractions sporadiques que je ressens ne font que raviver cette douleur.

Aujourd’hui donc, je suis à J + 2 et je VEUX accoucher MAINTENANT. Tu vois la fille dans Babyboom ? [ Comment cela tu n’as pas regardé cette « excellente » émission de TF1 ??? ] Celle qui raconte des craques au personnel soignant pour qu’on la déclenche, et bien c’est moi ( en pire ). Je suis prête à tout. Comme Nicole Kidman.

Après avoir lu des tas de livres sur les risques de la prématurité, je viens de passer deux jours sur le net à lire des trucs sur les risques de l’hyper-maturité. ( Je m’adapte ).

 

 

Après ces lectures, j’imagine que mon bébé a des cheveux plein la tête, des griffes crochues au bout de ses petits doigts et qu’il baigne dans son méconium (si tu ne sais pas ce que c’est, ne regarde surtout pas sur google images !!!) (Juste oublie). Et qu’il pèle aussi.
Après auscultation, la gynécologue m’annonce que je suis à 2 cm (comme les derniers 6 mois donc). Mon bébé semblant bien se porter, elle me donne rendez vous dans 2 jours. Je craque. (Enfin, je pleure quoi). Heureusement, la Sage-Femme de garde, avec laquelle j’ai sympathisé durant ma grossesse, réussit à la convaincre de me garder. Je vais donc être déclenchée. J’ai le droit de passer à l’étape suivante et d’appeler LdmJ qui est encore au travail.

10h30 Pendant que l’on me pose un monito, la sage-femme discute avec une stagiaire. Elle lui explique tout ce qui peut mal tourner durant un accouchement. Manifestement elles ont oublié un petit détail : JE SUIS LA  :$ et accessoirement, je vais accoucher.  En plus je ne peux plus me barrer, je suis attachée à une machine.

D’ailleurs si tu es enceinte, ne lis pas ce qui va suivre (gros SPOILER insaïde)

La SF lui explique qu’un jour elle a percé la poche des eaux d’une femme sur le point d’accoucher (geste  très fréquent), et quand tout fut terminé elle s’est rendu  compte que des veines courraient le long de la poche (phénomène très peu fréquent) et qu’elle avait failli en percer une. La stagiaire pousse des cris d’orfraie.

Inquiète, je leur demande ce qui aurait pu se passer si cela avait été le cas … Grave hémorragie, la future maman aurait dû être césarisée immédiatement. Je suis sidérée et passablement paniquée : car elles ne le savent pas, mais j’ai eu malheureusement une expérience gynécologique de ce genre passablement traumatisante.

 

J’hésite à me mettre à chanter très fort en me bouchant les oreilles.

Je suis prise en charge par une autre sage-femme en salle d’accouchement, soulagée de quitter mes deux tortionnaires précédentes, qui me donnait l’impression d’être dans l’intro d’Au delà de Réel ( version années 60 ).

11h00 LdmJ arrive, il n’a pas eu le temps de passer à la maison déposer ses affaires et demande à la sage femme s’il peut s’éclipser 30 minutes. Elle passe le produit qui est censé provoquer les contractions, en nous expliquant que cela peut mettre un peu de temps avant que les premières contractions commencent réellement. Ensuite, elle me fait une prise de sang pour l’anesthésiste, afin que je puisse bénéficier d’une péridurale le plus tôt possible.
11h02 
 Moi au moment où LdmJ rentre à la maison chercher un bouquin.

11h05 Putain, c’est quoi CAAAAA !!!!

Après auscultation, la sage femme approche de moi un grand truc pointu ( un genre de crochet ) et m’explique qu’elle va me percer la poche des eaux afin d’accélérer le travail. Les paroles des deux autres sont encore bien présentes dans mon esprit :  « Au delà de réel, l’aventure continue ». Je n’ai pas le temps de décliner son offre qu’elle a déjà déjà réalisé l’opération. En même temps je n’étais guère en position ( gynécologique) de pouvoir refuser quoi que ce soit.
Je perds les eaux.
Je m’écrie : « Oh mon Dieu , je saigne ».
La sage femme qui me prend manifestement  pour une demeurée, me dit patiemment :
« Non, il s’agit du liquide amniotique, Madame ».

Je rouvre les yeux, je suis donc toujours en vie. Je note mentalement de placer la précédente sage-femme sur ma killing-list.

11h07 Mais c’est quoi, cette horrible douleur qui me prend au tripes, je ne me rappelais plus que cela faisais aussi mal.

J’ai mal, très mal. La sage-femme s’étonne :

– Et bien c’est rapide chez vous : elle était belle celle-là …  dit-elle en matant le monitoring.

Effectivement je viens de gravir une montagne.

J’étais prévenue que les déclenchements provoquaient des contractions non-naturelles donc plus douloureuses, mais je n’imaginais pas à quel point. Elles surviennent toutes les deux minutes SANS pause. Je n’arrive plus à parler, j’ai l’impression que si je perds le rythme de mes respirations, je vais mourir dans la minute qui suit ( ce qui me semble presque souhaitable ).

11h30 LdmJ revient. Il comprend à mon visage qu’il n’a pas intérêt à ouvrir son livre, et me tend sa main afin que je la broie en rythme.

12h00 Je profite d’une demi-seconde de pause entre deux contractions, pour hurler demander à la sage femme, quand viendra l’anesthésiste. Elle m’explique que les résultats de ma prise de sang ne sont toujours pas revenus du labo.

12h15 La sage-femme revient, un peu gênée.

« Vous allez rire, figurez vous que je n’avais pas pris assez de sang . Le labo me demande de refaire une prise de sang. »

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Effectivement, je suis morte de rire …

 

Cette femme vient de réussir le tour de force de passer direct Number One de ma killing-list.

 

***COUPURE PUBLICITAIRE ***

 

( C’est le moment idéal pour placer une pub pour la contraception  )

 

 

13h00 Les résultats reviennent ENFIN du labo. Elle appelle l’anesthésiste… qui mange.

Les personnes autour de moi ont de la chance que je ne puisse pas parler, et que je me contente de respirer comme un bouledogue en les fusillant des yeux. Je pense sinon, que je les aurais passablement insultés.

13h15 L’anesthésiste arrive, on me prépare pour la piqûre.

 

LdmJ s’éclipse à la vue de l’aiguille. ( Enfin on lui demande de le faire )

 

La sage femme ne songe pas à vérifier mon col. L’anesthésiste soupire me demande d’arrêter de m’agiter. Et attend la pause entre les contractions, mais il n’y en a pas :$. Il ronchonne et me fait quand même la péridurale ( comme il peut ).

13h20 Il part. Le fait d’avoir changé de position me fait prendre conscience que quelque chose n’est plus pareil. J’ai toujours aussi mal ( mais plus que d’un côté) ( danse de la péri ratée ). Et surtout … Fils Cadet semble dans les starts.
La sage-femme vérifie : « Ah ben oui, tiens, vous êtes à 10, la péri était inutile. »

Cette femme aurait dû monter son propre spectacle comique. MERDE. Et comble de la drôlerie, j’apprendrai quelque années plus tard, qu’elle fait effectivement partie d’une troupe théâtrale.

La phase de poussée est un peu longue et très douloureuse ( avec ma péri latéralisée, j’ai l’impression d’accoucher d’un demi-bébé).

13h40 Enfin la dernière contraction, Fils Cadet arrive, il pleure très fort, on me le met directement dans les bras, il est juste magnifique. Les douleurs ont miraculeusement disparu. Je suis shootée aux endorphines.

Je n’en veux plus à la sage femme et lui murmure :

« Et je n’ai même pas eu d’épisiotomie .. »

« Ah ben si , je ne vous l’ai pas dit ?  Je l’ai fait »

-_-
Non, elle ne m’avait pas prévenu. C’était donc çà la vive douleur juste avant la naissance …
Heureusement pour elle, ma jambe droite ne répond plus, sinon elle serait peut-être partie toute seule.

Elle expliquera à la sage-femme qui la relaie que oui, on aurait pu éviter la péridurale, mais :  « Bah la petite dame la réclamait tellement, alors …. ».

Sachant que ma seule façon de communiquer pendant ces trois dernières heures, a été de hocher la tête et de faire les gros yeux, je trouve qu’elle comprend drôlement bien mon langage corporel.

En conclusion, l’accouchement a été ultra rapide (Bien) mais très douloureux (Pas Bien). J’aurais peut-être dû prendre mon mal en patience et attendre que les contractions démarrent naturellement un ou deux jours de plus. (Je n’étais plus à deux nuits d’insomnie près). Avec le recul, je ne recommanderais pas ce choix sauf en cas de nécessité médicale.

Pour terminer mon histoire, Fils Cadet est resté en peau à peau contre moi durant 3 heures (dont deux heures complètes de tétée). Le soir même, après avoir récupéré l’usage de ma jambe droite, j’ai pu me lever pour m’occuper de lui, j’ai même fait les changes nocturnes. Ce dont j’avais été incapable pour le premier.

J’ai cependant passé une nuit d’insomnie (alors que le petit dormait comme un bienheureux) : je devais encore être un peu shootée, impossible de fermer l’œil  Je me vois encore le couver du regard avec un sentiment de profond bien-être.

(Je ne te l’ai pas dit ? Mais j’aime quand les histoires se finissent bien !)

*** GENERIQUE DE FIN ***

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