Je suis professeur de Mathématiques. ( oui, bah , il  en faut bien ! )
J’ai longtemps pensé que ma vocation était apparue durant mes années collège.
Puis un jour, j’ai retrouvé une rédaction de CM2 qui parlait de mon futur métier et dont voici le sujet :
Et oui une dissert argumentée en CM2

*** GÉNÉRIQUE ***

***

A 10 ans tu voulais sans doute être astronaute,  archéologue, extra–terrestre, ou encore dresseur d’éléphant de poche comme l’oncle de Sam Sam.
 Que nenni, moi et mon imagination débordante voulions devenir …

 

Reprenons point par point :


 

«Plus tard je serai professeur de mathématiques.»

Bingo ! Trop forte quand même. Je crois que j’ai surtout raté une carrière de médium.


«Je voulais le devenir d’abord parce que j’aime les mathématiques»

Passons sur la syntaxe quelque peu simpliste de ma phrase ( je te rappelle que j’ai 10 ans ), l’essence de ma vocation vient donc de mon amour pour cette matière si palpitante. C’est beau.


« Et la marraine de papa l’était. Elle disait que c’était un très beau métier ».
Holà, arrêtons-nous 5 minutes …. Parce que la « marraine de mon papa » me faisait franchement peur. Elle piquait du menton, et voulait toujours voir mon bulletin de note quand elle passait à la maison (oui, je sais : c’était le cliché complet de la prof de maths). Voulais-je vraiment lui ressembler dans ma vie future ?
Après réflexion,  si l’on excepte son côté rigide et son inintérêt pour une épilation visage, elle a fini sa carrière comme inspectrice générale de sa région en  mathématiques. Pour une femme dans les années 70, c’était un beau tour de force.

En fait j’étais une féministe, voilà !


« Et puis j’ai décidé de le devenir quand mon cousin est allé faire un deug A. Ma sœur m’a dit qu’en continuant, on peut devenir professeur de mathématiques et ça m’a plu tout de suite. »
Mouhaha, cela faisait des années que je n’avais pas entendu parler du deug A. Moi j’ai fait un Deug MIAS : Mathématiques et Informatique Appliqués aux Sciences. Ça claque, non ? Oui bon le DEUG est has been en fait. Vous passez directement à la case licence maintenant. En tout cas,  pour cette partie de ma rédaction, je comprends mieux l’identification, j’adorais ma sœur et mon cousin qui avaient respectivement 7 et 8 ans de plus que moi.
Jusque là mon argumentaire est certes simpliste ( oh çà va : J’AI 10 ANS, hein ), mais il se tient : je suis une jeune fille visionnaire, féministe qui adore les mathématiques, et je veux faire des études supérieures comme son cousin. C’est plutôt prometteur.
Le reste est moins politiquement correct.

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( avec décryptage inside )


La phrase qui fait mal ( et hurler de rire mes parents à l’époque ) :

«  Et puis, on est au chaud et aussi on a beaucoup de vacances. »
Bien, bien, bien. Il semblerait que je voulais devenir une feignasse de prof. Finalement, mes aspirations n’étaient pas si nobles que ne le laissaient supposer les premières phrases. Je ne développerai pas mon envie de vacances, mon père était artisan et s’octroyait une semaine de congé dans l’année. Je suppose que je voulais faire ma rebelle en choisissant un métier moins prenant (j’ai appris plus tard que  le métier d’enseignant tient plus du temps partiel imposé, que des 16 semaines de congés payés).
Quand à « être au chaud » ???  Pour info, et les collègues qui me liront pourront le confirmer, depuis que mon établissement est passé à une chaudière bois, je ne peux pas prétendre avoir chaud en hiver. Certes, le conseil général fait des économies, en même temps c’est normal : ON GÈLE P%%%AIN !!!! Certains lundi de janvier, la température matinale des salles était de 11° ! (la chaudière est coupée le week-end) (économies toujours).

Sinon, quand viennent les beaux jours, il est vrai que LdmJ et ses élèves ont chaud ! En disposant d’une salle orientée plein sud SANS rideau, tu peux voir cuire le bras droit et une partie du tee-shirt des gamins, ce serait presque amusant si tu n’étouffais pas à moitié toi-même …


Passons à la partie inconvénients de ma dissertation ( n’ayons pas peur des mots ).

«  Mais il y a au début des difficultés : minimum 5 à 6 ans d’études »
En fait à l’époque, c’était plutôt 4 ans : une licence puis une année de concours : le CAPES . Ouais bon quand t’es une buse comme moi qui décide finalement de se la péter un peu en passant une maîtrise … pour échouer ensuite lamentablement deux années de suite à ce fameux concours, on arrive plutôt à 7 années (et c’est long) (surtout sur la fin).

« Et puis il faut avoir une classe calme. Si elle ne m’écoute pas ce n’est pas amusant. »
TU M’ÉTONNES ! Non ce n’est pas drôle du tout même. Quand les élèves bordélisent tes cours, c’est franchement déstabilisant. L’estime de soi en prend un sacré coup. Cela me rappelle la première année après mon stage, j’en ai pleuré plusieurs fois. Et aujourd’hui, même si mes classes sont plutôt calmes, je ne saurais dire si mes élèves m’écoutent vraiment.  De toute façon je ne pense pas que le mot « amusant » soit ce qui caractérise le mieux le fait d’enseigner ! Enfin parfois, lire des copies peut se révéler très funny tout de même, quelques morceaux choisis :
Chez moi : à la question « Où Marcel partira en vacances cet été ?  »  cet élève a une réponse très pertinente : « Le Troquet ».
Chez LdmJ : Miam !
Elle tourne pas mal sur internet en ce moment, mais c’est trop bon

 

Et en bonus track : d’autres travaux d’élèves sur le site copie double.

Revenons à ma rédaction, et à sa conclusion digne d’une copie de terminale :

«Bien sûr, il n’y a pas que des inconvénients d’être professeur de mathématiques, mais l’important c’est que ça me plaise»
Mais non, il n’y a pas que des inconvénients  : et les VACANCES et le fait D’ETRE AU CHAUD !!!! J’avais manifestement une mémoire de poisson rouge à 10 ans.
Je pense pouvoir  rassurer la petite fille que j’étais à l’époque, ce métier me plait (et pas uniquement pour les vacances) (mais c’est bien quand même). Les rapports humains avec mes collègues,et mes élèves , le fait d’animer un cours, de construire des séquences de travail, me stimulent. Evidemment  devoir  appliquer une discipline rigoureuse, corriger des copies, c’est moins drôle … Et parfois même, je regrette de n’avoir pas fait preuve d’un peu plus d’imagination.
Je laisse le mot de la fin à mes parents, qui ont signé mon cahier du jour juste après cette rédaction :
                       J’ai  sans doute voulu tester le côté obscur …

*** GÉNÉRIQUE DE FIN  ***

Bonus track : Ne manquez pas l’avis de  LdmJ sur sa page FB, c’est -> ici 
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